Les légendes d'Europe de l'Est et des mondes slaves
Des isbas russes aux cols des Carpates, les mondes slaves ont bâti l'un des folklores les plus denses d'Europe. Chaque maison y a son esprit, chaque forêt son maître, chaque rivière ses noyées, et à la lisière du monde se dresse une cabane montée sur des pattes de poule.
Tout commence au foyer. Derrière le poêle de chaque maison russe vit le Domovoï, petit aïeul barbu et velu qui protège la famille, gémit avant les malheurs et déménage avec les siens si on l'invite correctement. Sa voisine la Kikimora est moins commode : fileuse nocturne au corps d'oiseau ou de vieille femme selon les récits, elle embrouille les quenouilles, tourmente les dormeurs et signale, par ses apparitions, que la maison est mal tenue ou mal protégée.
Dehors, la nature a ses souverains. Le Léchi est le maître de la forêt : capable d'être plus haut que les arbres ou plus petit que l'herbe, il égare les promeneurs en imitant les voix familières ; les paysans retournaient leurs vêtements pour lui échapper. Les rivières appartiennent aux Rusalki : la Rusalka est l'âme d'une noyée, jeune femme aux longs cheveux verts qui chante sur les rives et entraîne les hommes sous l'eau. Au début de l'été, la « semaine des rusalki » imposait des interdits de baignade que l'on respectait scrupuleusement.
Puis viennent les grandes figures des contes merveilleux, celles que les folkloristes russes ont collectées au XIXe siècle. Baba Yaga, l'ogresse des lisières, vole dans un mortier, efface ses traces avec un balai et habite une isba juchée sur des pattes de poule : terrible dévoreuse dans certains contes, donatrice d'objets magiques dans d'autres, elle est la gardienne ambiguë du passage vers l'autre monde. Son pendant masculin, Kochtcheï l'Immortel, cache sa mort hors de son corps, dans une aiguille, dans un oeuf, dans un canard, dans un lièvre, dans un coffre : le héros doit remonter toute la chaîne pour l'abattre. Et au sommet de cet imaginaire brille l'Oiseau de feu, dont une seule plume éclaire une chambre entière et dont la quête lance les plus beaux contes russes, jusqu'au ballet de Stravinsky en 1910.
Reste la nuit des Carpates. Le Strigoï roumain est le mort qui revient : sorti de sa tombe pour tourmenter les siens, il a nourri toutes les enquêtes sur le vampirisme d'Europe centrale et orientale. C'est de ce fonds que sortira Nosferatu, nom popularisé par le roman Dracula puis par le film muet de Murnau en 1922, qui a donné au vampire son visage le plus terrifiant : crâne nu, doigts en serres, ombre qui monte l'escalier. Entre le lutin du poêle et le mort qui gratte à la porte, les veillées slaves offraient le grand écart complet du frisson.
Les créatures (9)
Questions fréquentes
Baba Yaga est-elle bonne ou mauvaise ?
Les deux, selon les contes : tantôt ogresse qui menace de dévorer le héros, tantôt donatrice qui lui remet objets magiques et conseils après l'avoir mis à l'épreuve. Les folkloristes y voient une gardienne du passage entre le monde des vivants et l'autre monde.
Quelle différence entre strigoï et vampire ?
Le strigoï est la version roumaine du mort qui revient tourmenter les vivants, attestée dans les croyances populaires bien avant la littérature. Le vampire littéraire, de Dracula à Nosferatu, s'est largement nourri de ce folklore des Carpates.
Régions voisines
Pays Catalan, Irlande, Écosse, Angleterre et Cornouailles, Allemagne, Autriche et Rhin et Scandinavie.