L'Oiseau de feu

Oiseau de feu, créature du folklore (Russie), illustration

Dans les contes de Russie, un oiseau au plumage de flamme traverse la nuit comme une torche vivante. Une seule de ses plumes suffit à éclairer une salle entière. Mais malheur à qui la ramasse : la Jar-ptitsa, l'oiseau de feu, est à la fois une bénédiction et une malédiction pour celui qui cherche à la posséder.

La légende

La Jar-ptitsa (littéralement « oiseau de chaleur » ou « oiseau brûlant ») est un oiseau merveilleux du folklore des pays slaves. Son plumage irradie une lumière rouge, orange et jaune, comme la flamme turbulente d'un feu, et il luit dans les ténèbres. Ses plumes gardent leur éclat même détachées du corps : une seule plume, disent les contes, illumine une pièce mieux que des dizaines de bougies, et lorsqu'elle refroidit enfin, elle se change en or.

Les récits la font venir d'un autre royaume, très lointain et prodigieusement riche, ce qui explique son corps couvert d'or. Certains contes en font aussi la gardienne de la fleur de fougère, ce trésor introuvable du folklore slave censé fleurir une seule nuit par an. L'imagerie moderne lui donne l'allure d'un paon de feu, crête dressée et yeux lumineux au bout des plumes de la queue.

Le schéma des contes est presque toujours le même : quelqu'un trouve une plume et, ébloui, veut l'oiseau tout entier. Commence alors une quête démesurée, faite d'épreuves en cascade, où la plume ramassée se révèle autant un porte-malheur qu'un porte-bonheur. L'oiseau de feu est un rêve qui brûle les doigts : c'est toute sa morale.

Origines et histoire

L'oiseau de feu appartient au vieux fonds des contes merveilleux slaves, transmis de bouche à oreille bien avant d'être écrit. Si on le lit aujourd'hui, c'est grâce à Alexandre Nikolaïévitch Afanassiev (1826-1871), qui réunit près de six cents contes russes et commence à les publier en 1855 sous le titre « Narodnye russkie skazki », les Contes populaires russes. Il conserve les tournures régionales et note les variantes de chaque récit, ce qui fait aujourd'hui le prix de son recueil. La première traduction française substantielle est très tardive : on la doit à la slaviste Lise Gruel-Apert, chez Maisonneuve et Larose, en 1988.

Les folkloristes voient dans la Jar-ptitsa une figure de l'inaccessible plutôt que le souvenir d'un animal réel : elle vient d'un ailleurs prospère, ne se laisse pas prendre, et sa capture apporte plus de tourments que de bonheurs.

Dans les contes recueillis

Le récit de référence s'appelle « Ivan Tsarévitch, l'Oiseau de feu et le Loup gris ». Il s'ouvre sur un verger. Chaque nuit, quelqu'un vole les pommes d'or du tsar ; le voleur est l'oiseau de feu, et il ne laisse derrière lui qu'une plume. Le tsar envoie ses trois fils la rapporter. Seul le cadet, Ivan Tsarévitch, ira jusqu'au bout, guidé par un loup gris qui devient son allié après avoir dévoré son cheval.

Tout le conte tient ensuite dans une règle sans cesse enfreinte. Le loup mène Ivan jusqu'à l'oiseau et l'avertit : prends l'oiseau, ne touche pas à la cage. Ivan la trouve trop belle, sertie de pierres précieuses, et la saisit. Alarme, capture, nouvelle épreuve. Le même piège se répète avec le cheval à la crinière d'or, puis avec la belle Hélène. La leçon est cousue dans la structure du récit : ce n'est pas la convoitise de la merveille qui perd le héros, c'est celle de son écrin.

Variantes et cousins

Dans le répertoire russe, l'oiseau de feu partage l'affiche avec les grandes figures du merveilleux : Kochtcheï l'Immortel, son geôlier dans le ballet de Stravinsky, et Baba Yaga, l'autre puissance de la forêt. Face à eux, la Jar-ptitsa fait figure d'exception : elle n'est ni bonne ni mauvaise, simplement trop belle pour le monde des hommes.

On la compare souvent au phénix, mais les deux légendes diffèrent : le phénix meurt et renaît de ses cendres, quand la Jar-ptitsa est une proie merveilleuse qu'on poursuit. Les commentateurs évoquent aussi des parentés plus incertaines, du Garuda indien au simorgh persan, sans filiation démontrée. Le parallèle le plus solide est en fait occidental : « L'Oiseau d'or » des frères Grimm reprend exactement le même canevas, pommes volées, trois fils, animal auxiliaire, mais son oiseau est d'or et non de flamme.

Dans la culture

C'est la musique qui l'a rendu universel. En 1909, l'impresario Serge de Diaghilev cherche un compositeur pour un grand ballet russe à créer à Paris ; il pense d'abord à Anatoli Liadov, puis confie la partition à un inconnu de vingt-sept ans, élève de Rimski-Korsakov : Igor Stravinsky. Le jeune homme travaille tout l'hiver avec le chorégraphe Michel Fokine, assiste aux répétitions et façonne sa musique sur le mouvement.

« L'Oiseau de feu » est créé le 25 juin 1910 au palais Garnier par les Ballets russes, sous la direction de Gabriel Pierné, dans des décors et des costumes d'Alexandre Golovine et Léon Bakst. Tamara Karsavina danse l'oiseau. C'est un triomphe, qui fait de Stravinsky une célébrité du jour au lendemain et ouvre la trilogie que complèteront « Petrouchka » (1911) et « Le Sacre du printemps » (1913). L'argument condense les contes : le prince Ivan capture l'oiseau de feu, lui rend la liberté contre une plume, puis affronte le sorcier Kachtcheï dont il brise l'œuf qui contient l'âme.

L'œuvre a doublé sa vie au concert : Stravinsky en a tiré trois suites d'orchestre, en 1911, en 1919 pour une formation réduite, et en 1945. Le ballet, régulièrement remonté, reste l'une des partitions les plus jouées du XXe siècle, et sa berceuse finale compte parmi les pages les plus célèbres de la musique russe.

L'image, elle, doit presque tout à un homme : Ivan Bilibine, qui publie ses illustrations de contes russes à partir de 1899 et fixe pour des générations la silhouette de l'oiseau, cernée de noir dans un encadrement d'ornements. Viktor Vasnetsov avait ouvert la voie dès 1889 avec « Ivan Tsarévitch chevauchant le loup gris », grande toile aujourd'hui à la galerie Tretiakov, où le héros et Hélène la Belle fuient à travers la forêt sombre sur le dos du loup. Depuis, la figure a essaimé bien au-delà de la Russie, dans l'animation, la fantasy et le jeu vidéo, partout où un oiseau lumineux annonce à la fois le trésor et l'épreuve. La leçon des contes, elle, n'a pas bougé : ce qui brille dans la nuit vaut parfois mieux admiré que possédé.

Ce que la légende raconte

La Jar-ptitsa est la figure de l'inaccessible : un éclat d'ailleurs qui traverse la nuit et met le feu au désir. Tout part d'un fragment, la plume ramassée, et les contes sont unanimes : ce morceau de merveille pousse à vouloir le tout, et la quête qui s'ensuit coûte plus qu'elle ne rapporte. Les folkloristes y lisent l'image d'un ailleurs prospère qui ne se laisse pas posséder.

La morale est une mise en garde contre la convoitise, et le conte du Loup gris la formule avec une précision remarquable : le héros ne se perd jamais en voulant l'oiseau, il se perd en voulant la cage, puis la bride du cheval, puis les atours de la princesse. La faute n'est pas de désirer la merveille, mais de vouloir emporter aussi ce qui l'enferme. Le geste du prince Ivan dans le ballet, qui rend sa liberté à l'oiseau contre une seule plume, en est la version heureuse : c'est l'alliance, non la capture, qui sauve.

On peut enfin y voir le rêve d'abondance d'un monde paysan. L'oiseau vient d'un royaume lointain et prodigieusement riche, il vole des pommes d'or, et sa plume refroidie se change en or à son tour. Le merveilleux russe loge la fortune hors du monde des hommes : elle traverse le verger une nuit, laisse une lueur, et repart.

L'Oiseau de feu existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Oiseau merveilleux des contes slaves, jamais observé ; figure de l'inaccessible plutôt que souvenir d'un animal réel.

  • Les folkloristes y lisent une figure de l'inaccessible : l'oiseau vient d'un ailleurs prospère, ne se laisse pas prendre, et sa capture déclenche plus de tourments que de bonheurs.
  • Le canevas du conte n'est pas propre à la Russie : « L'Oiseau d'or » des frères Grimm reprend le même schéma (fruits volés la nuit, trois fils, animal auxiliaire) avec un oiseau d'or à la place de l'oiseau de flamme.
  • Souvent comparé au phénix, il s'en distingue nettement : pas de mort ni de renaissance dans les cendres, mais une proie merveilleuse qu'on poursuit sans jamais l'apprivoiser.

Dans les archives

Illustration d'Ivan Bilibine pour « Ivan Tsarévitch, l'Oiseau de feu et le Loup gris », 1899.
Illustration d'Ivan Bilibine pour « Ivan Tsarévitch, l'Oiseau de feu et le Loup gris », 1899. Ivan Bilibine, domaine public
Ivan-Tsarévitch et l'Oiseau de feu, illustration d'Ivan Bilibine, 1901 : le prince surprend l'oiseau dans le verger aux pommes d'or.
Ivan-Tsarévitch et l'Oiseau de feu, illustration d'Ivan Bilibine, 1901 : le prince surprend l'oiseau dans le verger aux pommes d'or. Ivan Bilibine, domaine public
Maquette de costume de Léon Bakst pour Tamara Karsavina en Oiseau de feu, Ballets russes.
Maquette de costume de Léon Bakst pour Tamara Karsavina en Oiseau de feu, Ballets russes. Léon Bakst, domaine public

Sur les traces de Oiseau de feu

  • LieuPalais Garnier, ParisC'est là que les Ballets russes de Serge de Diaghilev ont créé « L'Oiseau de feu » le 25 juin 1910, sous la direction de Gabriel Pierné ; la salle se visite.
  • MuséeGalerie Tretiakov, MoscouElle conserve « Ivan Tsarévitch chevauchant le loup gris » de Viktor Vasnetsov (1889, 249 sur 187 centimètres), la scène de fuite du conte de l'Oiseau de feu.

Questions fréquentes

L'oiseau de feu est-il un phénix ?

Non, même si on les compare souvent. Le phénix des traditions méditerranéennes meurt embrasé et renaît de ses cendres. La Jar-ptitsa des contes slaves est un oiseau bien vivant au plumage de flamme, venu d'un royaume lointain, que les héros cherchent à capturer : sa légende est celle d'une quête, pas d'une résurrection.

Que se passe-t-il quand on trouve une plume de l'oiseau de feu ?

Les contes sont unanimes : la plume, qui luit dans les ténèbres et éclaire une pièce mieux que des dizaines de bougies, pousse son détenteur à vouloir l'oiseau tout entier. Commence alors une quête pleine d'épreuves. Refroidie, la plume se change en or.

Dans quel conte apparaît l'oiseau de feu ?

Le plus connu est « Ivan Tsarévitch, l'Oiseau de feu et le Loup gris », recueilli par Alexandre Afanassiev dans ses Contes populaires russes publiés à partir de 1855. L'oiseau y vole chaque nuit les pommes d'or du tsar, et le fils cadet part le chercher avec l'aide d'un loup gris.

Qui a composé L'Oiseau de feu ?

Igor Stravinsky, sur une commande de Serge de Diaghilev pour les Ballets russes, après que Liadov a été pressenti. Créé le 25 juin 1910 au palais Garnier sous la direction de Gabriel Pierné, avec une chorégraphie de Michel Fokine et Tamara Karsavina dans le rôle-titre, le ballet a rendu Stravinsky célèbre du jour au lendemain.

Ses cousins dans le monde

  • PhénixÉgypte et GrèceIl meurt embrasé et renaît de ses cendres, quand la Jar-ptitsa est une proie merveilleuse bien vivante qu'on poursuit.
  • L'Oiseau d'orAllemagneMême canevas chez les frères Grimm (fruits volés la nuit, trois fils, animal auxiliaire), mais un oiseau d'or qui ne brûle ni n'éclaire.
  • Kochtcheï l'ImmortelRussieSon geôlier dans le ballet de Stravinsky : lui accapare et enferme, quand l'oiseau se contente de se dérober.
  • DahuAlpesAutre bête fabuleuse qu'on traque sans jamais la prendre, mais née de la farce de chasse, sans lumière ni royaume lointain.
  • KelpieÉcosseCréature qu'on croise et qu'on ne possède pas, mais piège mortel des lochs, quand l'oiseau de feu se contente de fuir.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Oiseau de feu
  2. Russie virtuelle : la Jar-ptitsa
  3. Académie de Nantes : texte du conte « Ivan Tsarévitch, l'Oiseau-de-feu et le Loup-gris » d'après Afanassiev (PDF)
  4. Ruth Schatzman, compte rendu d'Afanassiev, Les Contes populaires russes t. I (trad. Lise Gruel-Apert), Revue des études slaves, 1990 (Persée)
  5. Ircam, base Brahms : L'Oiseau de feu d'Igor Stravinsky (composition, création, suites)
  6. Larousse, encyclopédie : L'Oiseau de feu
  7. Philharmonie de Paris : Les Clés du classique, L'Oiseau de feu de Stravinski
  8. Wikipédia : Ivan Tsarévitch chevauchant le loup gris, Viktor Vasnetsov, 1889 (galerie Tretiakov)

Oiseau de feu dans Crie au loup

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La carte parmi les 252

Coût 5, puissance 7 : Oiseau de feu frappe plus fort que 78 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Oiseau de feu : Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, SimorghOiseau de feu