Le Dahu

Sur les pentes du Jura vivrait un animal que personne n'a jamais attrapé : le dahu, sorte de chamois dont les pattes sont plus courtes d'un côté que de l'autre. Idéal pour marcher à flanc de montagne, à condition de toujours tourner dans le même sens. Le dahu est la plus joyeuse des créatures du folklore : une légende inventée pour rire, et d'abord aux dépens des crédules.
La légende
Le dahu ressemblerait à un chamois ou à une chèvre sauvage, avec une fourrure d'une grande finesse et une anatomie unique au monde : ses pattes sont inégales, plus courtes d'un côté que de l'autre. Non pas devant et derrière, mais à gauche et à droite. Grâce à quoi il se tient parfaitement droit sur les pentes, là où tout autre animal marche de travers.
Les connaisseurs distinguent deux variétés : le dahu dextrogyre, aux pattes droites plus courtes, qui fait le tour de la montagne dans le sens des aiguilles d'une montre, et le dahu lévogyre, son symétrique, qui tourne dans l'autre sens. Détail capital : avec de telles pattes, le dahu ne peut jamais faire demi-tour. Il est condamné à tourner autour de sa montagne toujours dans le même sens, ce qui est à la fois sa force et sa perte.
Sa perte, car c'est là-dessus que repose la fameuse chasse au dahu. On y part de nuit, en battue, dans une forêt bien sombre. Le nouveau venu, à qui l'on a fait apprendre le cri de la bête, reste seul au bas de la pente avec un sac ouvert et parfois un gourdin, tandis que les rabatteurs, armés de casseroles et de trompettes, montent faire du bruit. Une variante veut qu'il suffise de siffler : le dahu se retourne, perd l'équilibre à cause de ses pattes inégales et déboule la pente tout droit dans le sac. Les rabatteurs, eux, sont rentrés boire un coup depuis longtemps : le chasseur attendra jusqu'à l'aube.
Origines et histoire
Le dahu appartient au folklore de toutes les montagnes françaises et suisses : Alpes, Jura, Vosges, Pyrénées. Chaque massif a son nom pour lui : dairi dans le Jura, darou dans les Vosges, darhut en Bourgogne, tamarou en Aveyron et sur l'Aubrac, tahu jusqu'en Boulonnais, tamarro en Catalogne. Cette dispersion des noms suggère une farce ancienne et bien voyageuse, née dans le monde des chasseurs et des veillées.
Car le dahu n'a jamais été une croyance sérieuse : c'est un canular initiatique. La chasse au dahu servait de rite d'intégration dans les villages de montagne : on y envoyait le naïf, le nouveau venu, le citadin de passage, et sa longue nuit au pied de la pente valait admission dans la communauté, une fois la moquerie digérée. Les colonies de vacances et les classes vertes ont ensuite repris le flambeau, faisant du dahu un patrimoine ludique transmis de génération en génération.
La créature a même ses reliques officielles : le Musée d'histoire naturelle de La Chaux-de-Fonds, en Suisse, conserve un dahu naturalisé et son squelette, présentés au public depuis 1995 sous le nom savant de Dahutus montanus. Son ancien conservateur Marcel Jacquat lui a consacré une monographie la même année, et le spécimen voyage d'exposition en exposition, passant notamment par le château de Champlitte, en Haute-Saône. Quand les musées s'y mettent, c'est que la blague est devenue culture.
Variantes et cousins
Le dahu a des cousins partout où l'on aime piéger les crédules : le wolpertinger bavarois, lièvre cornu et ailé des tavernes de Bavière, le jackalope américain, lapin à bois de cerf des cartes postales du Wyoming, ou le drop bear australien, koala carnivore censé tomber des arbres sur les touristes. Partout, le même mécanisme : une bête impossible, racontée le plus sérieusement du monde à ceux qui ne sont pas d'ici.
Dans les montagnes de Crie au loup, le dahu partage la Franche-Comté et le Jura avec des créatures autrement plus sérieuses : la vouivre à l'escarboucle, le dragon des cavernes et le croque-mitaine des ruelles. Il est le seul dont on rit, et c'est précisément son rôle : dans une veillée bien menée, il faut une histoire pour frissonner et une pour se moquer du voisin qui y a cru.
Dans la culture
La chasse au dahu est passée dans la langue : envoyer quelqu'un « chasser le dahu », c'est l'expédier sur une mission sans issue. La bête a inspiré des mascottes sportives, des produits du terroir, des sentiers touristiques et d'innombrables animations pour enfants dans les stations de montagne. Le dahu fait vendre, ce qui est une belle revanche pour un animal qui n'existe pas.
Dans Crie au loup, le Dahu est une bête du Jura, coût 2 pour une puissance 5 : un rapport qualité-prix insolent, tempéré par son infirmité légendaire. Ses pattes inégales décident pour vous du seul terrain où il peut aller.
Ce que la légende raconte
Le dahu est le seul monstre dont la fonction est de faire rire, et cette fonction est sérieuse. La chasse au dahu est un rite d'intégration : elle trace la frontière entre ceux d'ici et les autres, et la longue nuit du naïf au pied de la pente vaut examen de passage. L'humiliation reste douce, la moquerie se digère, et le lendemain le nouveau venu rit avec les autres : il est entré dans la communauté par la porte de la farce.
On peut aussi y lire l'hygiène mentale de la veillée : à côté des récits qui font frissonner, il en faut un pour se moquer du voisin qui y a cru. Le dahu est le folklore conscient de lui-même, celui qui joue avec la crédulité que les autres légendes exploitent ; à sa manière, la chasse au dahu est une école de scepticisme, où l'on apprend une fois pour toutes qu'un récit bien raconté peut être entièrement faux.
Sa consécration muséale achève le retournement : dahu naturalisé de La Chaux-de-Fonds, monographie savante, mascottes et sentiers touristiques. Quand une communauté expose sa propre blague sous vitrine, elle ne piège plus les crédules : elle se célèbre elle-même, et le canular devient patrimoine.
Le Dahu existe-t-il vraiment ?
Canular documenté Farce assumée : la chasse au dahu est un rite d'intégration, et les musées exposent de faux spécimens naturalisés.
- Le dahu n'a jamais été une croyance sérieuse : c'est un canular initiatique, la chasse servant à tester les nouveaux venus et les citadins crédules.
- L'essor de la farce accompagne le tourisme alpin de la fin du XIXe siècle, quand guides et villageois s'amusaient des visiteurs fortunés.
Dans les archives

Sur les traces de Dahu
- MuséeMusée d'histoire naturelle de La Chaux-de-Fonds (Suisse)Conserve depuis 1995 un dahu naturalisé et son squelette, présentés au public sous le nom savant de Dahutus montanus.
Questions fréquentes
Le dahu existe-t-il vraiment ?
Non : aucun animal n'a les pattes plus courtes d'un côté que de l'autre. Le dahu est une créature imaginaire du folklore des montagnes françaises et suisses, entretenue comme une farce : on l'évoque sérieusement devant les crédules pour les envoyer à la fameuse chasse au dahu. Certains musées exposent même, pour rire, de faux dahus naturalisés.
Comment se passe une chasse au dahu ?
La victime, à qui l'on a appris le cri de l'animal, attend de nuit au bas d'une pente avec un sac ouvert, pendant que des rabatteurs complices partent faire du bruit dans la montagne pour rabattre la bête. Variante : siffler pour que le dahu se retourne, perde l'équilibre à cause de ses pattes inégales et déboule dans le sac. Les rabatteurs, eux, rentrent au chaud et laissent le chasseur attendre.
Quelle est la différence entre un dahu dextrogyre et lévogyre ?
Le dextrogyre a les pattes plus courtes du côté droit et tourne autour de la montagne dans un sens ; le lévogyre a les pattes courtes à gauche et tourne dans l'autre. La tradition ajoute qu'un dahu ne peut jamais faire demi-tour, sous peine de dévaler la pente : c'est toute l'astuce de la chasse au sifflet.
D'où vient la légende du dahu ?
Du folklore des montagnes (Alpes, Jura, Vosges, Pyrénées), où la bête porte des noms régionaux variés : dairi dans le Jura, darou dans les Vosges, tamarou en Aveyron. C'est une blague de veillée et un rite d'intégration villageois plus qu'une croyance : la chasse au dahu servait à tester les nouveaux venus et les citadins crédules.
Ses cousins dans le monde
- JackalopeWyoming, États-UnisLe lapin cornu américain relève du même canular, mais fabriqué en taxidermie et vendu en carte postale plutôt que chassé de nuit.
- WolpertingerBavièreChimère de taverne bavaroise exposée empaillée pour épater le visiteur, sans rite de chasse initiatique.
- Drop bearAustralieLe koala carnivore australien piège aussi les étrangers, mais par le frisson : on effraie le touriste au lieu de l'envoyer tenir le sac.
- Cerf blancForêt d'OrléansAutre bête introuvable des veillées, mais bien réelle et tenue pour un signe, quand le dahu n'est qu'une farce.
Légendes voisines
Sources
Dahu dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Dahu y coûte 2 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « Ses pattes sont plus courtes d'un côté : jouable uniquement sur le lieu de gauche. » Le Dahu n'est jouable que sur le lieu de gauche : avec ses pattes plus courtes d'un côté, l'animal du Jura ne va que là où sa pente le porte, et aucun joueur n'a jamais réussi à lui faire faire demi-tour.
La carte parmi les 252
Coût 2, puissance 5 : Dahu frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.