La Rusalka

Rusalka, créature du folklore (Ukraine), illustration

Au bord des rivières d'Ukraine, sous les saules, on racontait qu'il ne fallait jamais suivre une belle inconnue aux longs cheveux verts. La rusalka (roussalka en transcription française) est l'esprit d'une noyée revenue hanter les eaux : elle séduit, enlace, puis entraîne vers le fond. Et une semaine par an, elle sort de l'eau.

La légende

Les roussalki ne naissent pas : elles meurent d'abord. La tradition slave en fait les esprits de jeunes filles noyées, accidentellement ou volontairement, de suicidées, de jeunes femmes maudites par leurs parents ou d'enfants morts sans baptême. Restées entre deux mondes, elles hantent les rivières et les lacs qui les ont prises, et parfois les forêts qui les bordent.

On les décrit le plus souvent comme des jeunes filles d'une beauté sublime, à la peau pâle et aux longs cheveux épais, verts ou roux, qu'elles peignent sans fin sur les berges. Contrairement aux sirènes, elles n'ont pas de queue de poisson : ce sont des femmes, en apparence du moins. D'autres récits, selon les régions, leur prêtent au contraire des formes hideuses de vieilles.

Leur douceur est un piège mortel. La roussalka attire l'homme par sa beauté ou son chant, l'enlace et l'entraîne au fond de l'eau, ou le chatouille jusqu'à ce qu'il périsse dans les convulsions du rire. La nuit, elles dansent en rond sur les berges ; le jour, pendant leur saison, elles se cachent dans les blés et nichent dans les creux des saules et des bouleaux.

Origines et histoire

Son nom raconte déjà quelque chose. Le mot vient du slavon rusalija, emprunté au grec byzantin rousalia, lui-même issu du latin Rosalia, la fête des roses, qui a fini par désigner la Pentecôte : le nom de la fête a donné celui de la créature, et non l'inverse. Les campagnes lui donnaient du reste quantité d'autres noms selon les régions, vodianitsa, koupalka, choutovka, loskotoukha la chatouilleuse, ou mavka du côté ukrainien.

Le moment le plus redouté de l'année était la « semaine des roussalki », celle qui suit la Pentecôte, à l'approche du solstice d'été : sept jours pendant lesquels les esprits des eaux gagnent la terre ferme. Interdiction alors de se baigner, mais aussi de filer, tisser ou coudre, et de travailler aux champs. Pour les apaiser, on laissait un dîner sur la table et des vêtements à leur intention. La semaine se refermait sur un rite de bannissement, où le village raccompagnait ou enterrait symboliquement la roussalka : la pratique a survécu en Russie, en Biélorussie et en Ukraine jusque dans les années 1930, en devenant peu à peu un divertissement villageois.

Car les roussalki ne sont pas que des tueuses : les ethnographes leur reconnaissent un rôle agraire essentiel. Maîtresses de l'humidité, elles commandent la pluie et veillent sur les moissons ; leur semaine encadrait précisément les rites de fertilité du début de l'été. La figure mêle ainsi deux héritages : le culte des morts prématurées et la vieille magie des eaux nourricières.

Contre leurs séductions, les campagnes avaient leurs armes : l'absinthe tressée dans les cheveux, le raifort, l'ail, la livèche. Un dicton prétendait que tout tenait au mot lancé à la créature : à qui répondait « absinthe », elle s'enfuyait ; à qui répondait « persil », elle s'attachait.

Ce qu'en disent les folkloristes

L'ethnographe russe Dmitri Zelenine a rangé, au début du XXe siècle, les roussalki parmi les zalozhnye pokojniki, les « morts impurs » : ceux que la terre passait pour refuser après une mort violente ou prématurée. On ne les enterrait pas au cimetière mais à l'écart, aux carrefours, aux limites des champs ou dans les marais. Tous ne l'ont pas suivi : l'ethnographe soviétique Sergueï Tokarev voyait plutôt dans la roussalka une figure tardive, synthèse d'esprits des eaux, de croyances sur les morts impurs et de rites de fertilité. En 2017, dans la revue Studia Mythologica Slavica, Jiří Dynda a repris le dossier et conclu que les roussalki forment la version féminine exemplaire de ces morts impurs, dont les récits s'articulent sur l'année liturgique orthodoxe, très précisément sur la semaine qui suit la Pentecôte.

L'avertissement le plus utile vient de l'ethnolinguiste Ludmila Vinogradova, dans La Revue russe en 1995 : la belle noyée aux longs cheveux qui habite un palais de cristal sous la rivière doit beaucoup moins au folklore paysan qu'à la poésie romantique du XIXe siècle. Joukovski, Pouchkine, Gogol, Chevtchenko et Mickiewicz ont fixé un stéréotype nourri des nymphes et des ondines occidentales, qui a fini par recouvrir le matériau recueilli sur le terrain. La roussalka des veillées était souvent moins gracieuse, plus proche de la revenante que de la sirène, et bien plus liée aux champs qu'aux profondeurs.

Variantes et cousins

Dans le monde slave, la roussalka règne sur les eaux comme le léchi sur la forêt et le domovoï sur la maison : chaque domaine a son esprit. Elle partage avec la kikimora des marais le goût des lieux humides et une origine semblable, celle des âmes mortes trop tôt ou sans sacrement.

Hors du monde slave, ses cousines sont l'ondine germanique et le kelpie écossais, qui noie lui aussi ceux qu'il séduit. La roussalka se distingue par son histoire : elle n'est pas un esprit des eaux de toute éternité, mais une morte que l'eau a gardée.

Dans la culture

Pouchkine lui a consacré un drame en vers resté inachevé, publié après sa mort en 1837. Quand Ivan Tourgueniev et Louis Viardot le traduisent en français, en 1862, ils prennent soin d'expliquer au lecteur que la roussâlka est « à peu près l'ondine des légendes allemandes » : une créature aux longs cheveux verts qui se balance aux branches des saules et égare la nuit les voyageurs et le bétail.

Les peintres russes s'en sont emparés dans la foulée. Ivan Kramskoï présente ses roussalki à la première exposition des Ambulants, en 1871 : des jeunes filles blêmes au bord de l'eau, inspirées d'« Une nuit de mai » de Gogol. Le sujet, sans message social, dérouta la critique du temps ; le tableau est aujourd'hui à la galerie Tretiakov. Konstantin Makovski donne sa version en 1879.

Le 31 mars 1901, au Théâtre national de Prague, le compositeur tchèque Antonín Dvořák crée son opéra « Rusalka », sur un livret de Jaroslav Kvapil inspiré de contes slaves et européens, avec Růžena Maturová dans le rôle-titre. L'air « Měsíčku na nebi hlubokém », le Chant à la lune, compte parmi les plus aimés du répertoire, et l'ouvrage est toujours à l'affiche à Prague. La belle noyée n'a plus quitté la scène depuis : elle condense tout ce qui fait une grande légende, la beauté, la mort injuste, et l'eau calme qui ne rend pas ce qu'elle prend.

Ce que la légende raconte

La roussalka donne un visage aux morts injustes des jeunes femmes : noyées, suicidées, maudites par leurs parents, mortes sans sacrement. La communauté qui n'avait pas su leur faire une place les gardait en récit, belles, dangereuses et sans repos. On peut lire dans leur vengeance aquatique le retour de ce que le village avait manqué : la morte trop tôt revient prendre aux vivants ce qu'on ne lui a pas laissé vivre.

Les ethnographes soulignent son autre versant, agraire : maîtresses de l'humidité, les roussalki commandent la pluie et veillent sur les moissons, et leur « semaine » après la Pentecôte encadrait les rites de fertilité du début de l'été. Les interdits qui l'accompagnent, ne pas se baigner, ne pas filer ni coudre, disciplinaient les gestes de la saison dangereuse, et le rite de bannissement qui la refermait rendait au village la maîtrise de son calendrier.

Reste l'avertissement le plus simple : les rivières tuent. La belle inconnue qui attire les hommes vers le fond met en récit un danger très réel des eaux calmes, et la leçon vaut ce que valent les grandes légendes : l'eau ne rend pas ce qu'elle prend. Que le XIXe siècle romantique en ait fait une figure gracieuse ne change rien à ce qu'elle disait d'abord aux villages qui la craignaient.

La Rusalka existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Esprit des eaux jamais observé ; la tradition en fait l'âme d'une noyée ou d'une morte sans sacrement.

  • L'ethnographe Dmitri Zelenine rangeait les roussalki parmi les « morts impurs » (zalozhnye pokojniki), ceux qui, partis d'une mort violente ou prématurée, étaient enterrés à l'écart des cimetières.
  • Les ethnographes lui reconnaissent un rôle agraire : maîtresse de l'humidité, elle commande la pluie, et sa « semaine » encadrait les rites de fertilité du début de l'été.
  • Ludmila Vinogradova rappelle que l'image de la belle noyée au palais de cristal vient d'abord de la poésie romantique du XIXe siècle, et qu'elle a recouvert le matériau folklorique recueilli sur le terrain.

Dans les archives

Les roussalki d'Ivan Kramskoï, 1871, présentées à la première exposition des Ambulants et inspirées d'« Une nuit de mai » de Gogol.
Les roussalki d'Ivan Kramskoï, 1871, présentées à la première exposition des Ambulants et inspirées d'« Une nuit de mai » de Gogol. Ivan Kramskoï, domaine public
« Roussalki », huile de Konstantin Makovski, 1879, conservée au musée Russe.
« Roussalki », huile de Konstantin Makovski, 1879, conservée au musée Russe. Konstantin Makovski, domaine public

Sur les traces de Rusalka

  • MuséeLes roussalki d'Ivan Kramskoï, galerie Tretiakov, MoscouLe tableau de 1871, montré à la première exposition des Ambulants, est conservé à la galerie Tretiakov.
  • À voirRusalka d'Antonín Dvořák, Théâtre national de PragueCréé sur cette scène le 31 mars 1901 sur un livret de Jaroslav Kvapil, l'opéra y est toujours à l'affiche.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une rusalka ?

Un esprit féminin des eaux du folklore slave, comparable aux naïades ou aux ondines. La tradition en fait l'âme d'une jeune fille noyée, suicidée, maudite par ses parents ou morte sans baptême. Belle et dangereuse, elle attire les hommes pour les entraîner au fond de l'eau ou les chatouiller à mort.

Comment se protéger des roussalki ?

L'herbe protectrice par excellence était l'absinthe (armoise), portée tressée dans les cheveux ou sous le bras ; le raifort, l'ail et la livèche servaient aussi. Pendant la semaine des roussalki, après la Pentecôte, on évitait surtout de se baigner et on laissait des offrandes : un dîner sur la table, des vêtements.

Qu'est-ce que la semaine des roussalki ?

Les sept jours qui suivent la Pentecôte, avant le solstice d'été, pendant lesquels les roussalki quittent les eaux et rôdent dans les champs et les forêts. Il était alors interdit de se baigner, de filer, de tisser ou de coudre. Elle se refermait par un rite de bannissement de la roussalka, encore pratiqué dans les années 1930.

La rusalka a-t-elle une queue de poisson ?

Non. Contrairement à la sirène, la roussalka du folklore slave est une femme entière, souvent d'une grande beauté, aux longs cheveux verts ou roux. Certains peintres lui ont ajouté une queue par assimilation aux sirènes, mais la tradition la fait marcher, danser en rond et même grimper dans les arbres.

Ses cousins dans le monde

  • OndineMonde germaniqueFille des eaux amoureuse et dangereuse, mais esprit des eaux de naissance, quand la roussalka est une morte que l'eau a gardée.
  • KelpieÉcosseIl noie lui aussi ceux qu'il séduit, mais sous forme de cheval des lochs, sans origine humaine ni semaine rituelle.
  • KikimoraRussieMême origine de morte sans place parmi les vivants, mais recluse des maisons et des marais plutôt que séductrice des rivières.
  • Dame blancheFranceRevenante elle aussi, mais figure des routes et des ponts qui avertit ou éprouve, sans entraîner vers le fond.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Roussalka
  2. Ludmila Vinogradova, « La roussalka dans les rites et croyances des Slaves », La Revue russe n° 8, 1995, p. 91-103 (Persée)
  3. Jiří Dynda, « Rusalki: Anthropology of Time, Death, and Sexuality in Slavic Folklore », Studia Mythologica Slavica, vol. 20, 2017
  4. Wikipedia (EN) : Unclean dead in Slavic mythology (Zelenine et les zalozhnye pokojniki)
  5. Pouchkine, La Roussâlka, traduction d'Ivan Tourgueniev et Louis Viardot, 1862 (Wikisource)
  6. HASTA, université de St Andrews : Ivan Kramskoy's Rusalki (1871)
  7. Radio Prague International : Rusalka, 125 ans depuis la création par Dvořák

Rusalka dans Crie au loup

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La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 2 : Rusalka frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Rusalka : Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, ClurichaunRusalka