Baba Yaga

Baba Yaga, créature du folklore (Russie), illustration

Au fond des forêts de Russie tourne une isba montée sur des pattes de poule, entourée d'une palissade d'ossements. C'est la maison de Baba Yaga, la vieille sorcière à la jambe d'os qui vole dans un mortier. Elle dévore les imprudents, mais elle sait aussi guider les héros : c'est ce double visage qui la rend fascinante.

La légende

Les contes la décrivent comme une vieille femme hideuse, vêtue de guenilles, au nez crochu et aux dents pointues. Un détail la distingue de toutes les sorcières du monde : l'une de ses jambes est entièrement en os, sans chair, signe qu'elle se tient entre le monde des vivants et celui des morts. Elle se déplace en volant dans un mortier magique, pagayant avec son pilon, tandis que son balai efface ses traces derrière elle.

Sa maison est son plus fameux attribut : une petite isba juchée sur des pattes de poule, capable de pivoter sur elle-même. Le héros qui la trouve doit prononcer la formule rituelle : « Petite isba, petite isba, tourne le dos à la forêt, le devant de mon côté. » Autour, la clôture est faite d'os humains, et des crânes plantés sur les pieux servent de lanternes.

Baba Yaga mange les gens, mais jamais tout de suite. Elle reçoit d'abord son visiteur, lui offre le bain et le repas, puis l'interroge et le met à l'épreuve. Aux âmes pures qui accomplissent ses tâches impossibles, elle accorde un objet magique, un renseignement précieux ou une pelote de fil qui guide dans la forêt. Aux autres, elle réserve son four.

Origines et histoire

Les folkloristes voient en Baba Yaga la figure féminine surnaturelle la plus fréquente des contes slaves. « Baba » désigne la vieille femme, la grand-mère ; « Yaga » reste une énigme : on l'a rapprochée de racines évoquant l'horreur ou la colère, comme le serbo-croate « jeza », ou encore de vieux mots désignant le serpent. Sa première mention écrite connue date de 1755, mais la figure est bien plus ancienne, héritée du paganisme slave.

Le grand folkloriste russe Vladimir Propp a proposé la lecture qui fait référence : Baba Yaga serait la gardienne du seuil entre le monde des vivants et l'au-delà, et le passage obligé chez elle rejouerait les anciens rites d'initiation, cette mort symbolique qui fait passer de l'enfance à l'âge adulte. D'autres hypothèses la rattachent à d'anciennes déesses slaves, ou voient dans son isba perchée un écho des constructions funéraires sur pilotis de peuples voisins.

Avec la christianisation, la vieille puissance ambivalente a été progressivement diabolisée : la gardienne redoutable des contes est devenue, dans l'imaginaire commun, une sorcière purement maléfique. Les contes, eux, ont gardé la mémoire de ses deux visages.

Variantes et cousins

Dans les contes russes, Baba Yaga est souvent donnée pour parente de Kochtcheï l'Immortel, l'autre grande figure maléfique du répertoire, dont elle partage les secrets. Elle règne sur un monde peuplé d'esprits : le léchi dans sa forêt, la kikimora derrière le poêle des maisons, autant de voisins de légende qui composent avec elle le paysage surnaturel de la Russie.

Côté ouest, ses cousines sont les grandes figures féminines de la magie : la fée Morgane des romans arthuriens, autre enchanteresse ambiguë, tour à tour adversaire et alliée des héros. Comme elles, Baba Yaga échappe au partage simple entre bien et mal : c'est une épreuve vivante plus qu'une méchante de conte.

Dans la culture

Le conte le plus célèbre où elle paraît est « Vassilissa la Très Belle », où la jeune héroïne, envoyée chercher du feu chez la sorcière, en revient avec un crâne aux yeux de braise. Les illustrateurs Ivan Bilibine et Viktor Vasnetsov ont fixé son image au tournant du XXe siècle, au point d'en faire une icône culturelle russe. En musique, Moussorgski lui a consacré un mouvement des « Tableaux d'une exposition », « La Cabane sur des pattes de poule ».

Le cinéma soviétique l'a beaucoup aimée : l'acteur Gueorgui Milliar l'a incarnée à plusieurs reprises entre les années 1930 et 1960. Aujourd'hui, on la retrouve des jeux vidéo aux films : la saga John Wick surnomme son héros « Baba Yaga », et la sorcière a inspiré des personnages chez Hellboy comme dans l'animation. Depuis 2014, le village de Kukoboï, dans la région de Iaroslavl, se proclame sa « patrie officielle » et fête son anniversaire chaque année : preuve que la vieille dame de la forêt n'a rien perdu de son pouvoir.

Ce que la légende raconte

Baba Yaga est l'initiatrice ambivalente des contes russes : elle dévore ou elle dote, selon ce que vaut celui qui frappe à sa porte. Sa fonction n'est pas de punir mais d'éprouver : le bain, le repas, les questions, les tâches impossibles composent un protocole, et qui le traverse en ressort armé pour la suite du conte. La peur qu'elle inspire est une peur utile : elle enseigne qu'on n'obtient rien de l'autre monde sans règles ni politesse.

La lecture de référence est celle du folkloriste Vladimir Propp : gardienne du seuil entre les vivants et les morts, Baba Yaga rejouerait dans les contes les anciens rites d'initiation, cette mort symbolique qui faisait passer de l'enfance à l'âge adulte. Sa jambe d'os, plantée dans l'autre monde, et son isba tournante, porte qu'il faut savoir faire pivoter par la formule rituelle, disent ce statut de passeuse.

On peut enfin y lire le destin d'une vieille puissance féminine : héritière probable de figures païennes, diabolisée par la christianisation en simple sorcière, elle a gardé dans les contes son double visage. C'est précisément cette ambivalence, épreuve plutôt que méchanceté, qui la distingue des sorcières d'ailleurs.

Baba Yaga existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Personnage de conte jamais observé ; figure féminine surnaturelle la plus fréquente du répertoire slave.

  • Le folkloriste Vladimir Propp voit en elle la gardienne du seuil de l'au-delà : le passage obligé chez elle rejouerait les anciens rites d'initiation.
  • Son isba perchée évoquerait les constructions funéraires sur pilotis de peuples voisins, faisant de sa maison une porte vers le monde des morts.
  • La christianisation aurait diabolisé une ancienne puissance païenne ambivalente, réduite à une sorcière maléfique dans l'imaginaire commun.

Dans les archives

Baba Yaga dans son mortier, illustration d'Ivan Bilibine pour « Vassilissa la Très Belle », 1900.
Baba Yaga dans son mortier, illustration d'Ivan Bilibine pour « Vassilissa la Très Belle », 1900. Ivan Bilibine, domaine public
« Baba Yaga », peinture de Viktor Vasnetsov, 1917.
« Baba Yaga », peinture de Viktor Vasnetsov, 1917. Viktor Vasnetsov, domaine public

Sur les traces de Baba Yaga

  • Fête vivanteKukoboï, « patrie officielle » de Baba YagaCe village de la région de Iaroslavl se proclame depuis 2014 la patrie de la sorcière et fête son anniversaire chaque année.

Questions fréquentes

Baba Yaga est-elle bonne ou mauvaise ?

Les deux, et c'est sa singularité. Dans les contes russes, elle peut dévorer les imprudents comme offrir aide, objets magiques et conseils aux héros qui passent ses épreuves. Le folkloriste Vladimir Propp y voit une gardienne du seuil de l'autre monde, héritée des rites d'initiation : elle teste plus qu'elle ne punit.

Pourquoi sa maison a-t-elle des pattes de poule ?

L'isba sur pattes de poule peut pivoter pour présenter sa porte au visiteur qui connaît la formule rituelle. Les chercheurs y voient possiblement l'écho de constructions funéraires sur pilotis de peuples du nord : la maison de Baba Yaga serait une porte vers le monde des morts.

Que signifie le nom Baba Yaga ?

« Baba » signifie vieille femme ou grand-mère en russe. « Yaga » est plus obscur : les linguistes l'ont rapproché de racines slaves évoquant l'horreur ou la colère, ou encore d'anciens mots désignant le serpent. Aucune étymologie ne fait l'unanimité.

Dans quels contes apparaît Baba Yaga ?

Elle traverse tout le répertoire slave. Le plus célèbre est « Vassilissa la Très Belle », illustré par Ivan Bilibine, où elle soumet l'héroïne à des tâches impossibles. On la croise aussi aux côtés de Kochtcheï l'Immortel, dont les contes la disent parente.

Ses cousins dans le monde

  • Kochtcheï l'ImmortelRussieL'autre grande puissance maléfique des contes russes, mais lui n'éprouve personne : il enlève et accapare, sans le double visage de la sorcière.
  • Fée MorganeMonde arthurienEnchanteresse ambiguë elle aussi, tour à tour adversaire et alliée, mais figure de cour et de romans, sans l'isba ni la fonction d'épreuve initiatique.
  • LéchiRussieMaître de la même forêt, mais esprit du lieu, ni bon ni mauvais, quand Baba Yaga est un personnage qui teste, récompense ou dévore.
  • CailleachÉcosse et IrlandeVieille femme surnaturelle liée à l'hiver et aux paysages, plus divinité saisonnière que gardienne d'épreuves au fond des bois.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Baba Yaga
  2. Culture-russe.com : Baba Yaga, ma sorcière mal aimée
  3. Russie virtuelle : Baba-Yaga

Baba Yaga dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Baba Yaga y coûte 3 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « Sa maison à pattes l'emmène vers un autre lieu. » À la fin du tour, la carte déménage vers un autre lieu : c'est la sorcière voyageuse de la légende, qui vole dans son mortier et dont l'isba à pattes de poule peut se déplacer et pivoter.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 5 : Baba Yaga frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Baba Yaga : Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, HuldraBaba Yaga