Les légendes d'Alsace, de Lorraine et des Ardennes
Terres de frontière et de grandes forêts, l'Alsace, la Lorraine et les Ardennes regardent autant vers le monde germanique que vers la France. Leur folklore s'en ressent : on y entend passer des chasses fantômes dans le ciel d'hiver, on y craint un roi des brumes qui vole les enfants, et on y attend chaque 6 décembre un saint accompagné de son ombre.
Le vieux massif ardennais est un pays de chasseurs, jusque dans l'au-delà. La Chasse sauvage, cavalcade de spectres menée à grand bruit de cors et d'aboiements à travers le ciel des nuits de tempête, est un motif que l'on retrouve dans toute l'Europe du Nord, et les Ardennes en furent l'un des foyers français : les clercs médiévaux parlaient de la Mesnie Hellequin, cortège de damnés condamnés à chevaucher sans fin. Croiser la chasse était un présage funeste ; le plus sage était de se jeter face contre terre et de laisser passer le vacarme.
Du côté du Rhin, les brumes ont un souverain : le Roi des Aulnes. C'est le poème de Goethe, écrit en 1782 d'après une légende danoise, qui a fixé la figure de ce roi des saules et des marécages murmurant ses promesses à l'oreille des enfants fiévreux : au terme de la chevauchée nocturne, le père serre dans ses bras un enfant mort. L'Alsace, qui partage avec l'Allemagne ses aulnaies noyées de brouillard, a naturellement adopté ce spectre des lisières, devenu l'incarnation la plus poignante de la peur des parents.
La Lorraine, elle, a donné à la France une figure toujours bien vivante : le Père Fouettard. Chaque 6 décembre, saint Nicolas récompense les enfants sages ; derrière lui marche son double inversé, vêtu de noir, chargé de chaînes et de verges, qui menace les garnements. La tradition alsacienne connaît son équivalent sous le nom de Hans Trapp, que la légende locale rattache au seigneur Hans von Trotha, châtelain redouté du XVe siècle. Le duo du saint et du fouetteur met en scène, une fois l'an, la plus vieille pédagogie du monde : la carotte et le bâton.
Ces trois figures composent un folklore d'hiver, taillé pour les longues nuits des marches de l'Est. La Chasse sauvage gronde dehors, le Roi des Aulnes guette au retour de la foire, le Père Fouettard attend au pied du sapin : autant de raisons de rester à la veillée, au chaud, à écouter les histoires jusqu'à ce que le vent tombe.
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Questions fréquentes
Qu'est-ce que la Chasse sauvage ?
C'est une cavalcade fantôme qui traverse le ciel des nuits de tempête dans les folklores d'Europe du Nord, connue en France sous le nom de Mesnie Hellequin. L'entendre passait pour un présage de malheur, et la tradition recommandait de se plaquer au sol jusqu'à ce qu'elle s'éloigne.
Qui est le Père Fouettard ?
Le Père Fouettard est le compagnon sombre de saint Nicolas dans l'Est de la France : vêtu de noir et armé de verges, il menace les enfants désobéissants le 6 décembre. En Alsace, il prend le nom de Hans Trapp, rattaché par la légende au chevalier Hans von Trotha.
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