Les légendes de Bourgogne, du Jura et de Franche-Comté

Entre les reculées du Jura, les forêts comtoises et les collines bourguignonnes, l'Est de la France a produit un bestiaire d'une belle cohérence : des serpents fabuleux gardiens de trésors, une bête introuvable qui tourne autour des montagnes et des croquemitaines pour tenir les enfants loin des puits.

La reine du pays est la Vouivre. Ce grand serpent ailé, que l'on dit issu du latin vipera, hante les sources, les étangs et les vieilles tours en ruine de Franche-Comté et de Bourgogne. Elle ne vole jamais sans son joyau : une escarboucle éclatante qu'elle porte au front en guise d'oeil et qu'elle dépose sur la rive quand elle se baigne. Qui parvient à dérober la pierre fait fortune ; qui se fait surprendre est perdu. Marcel Aymé, enfant du Jura, a donné à cette créature son plus beau rôle littéraire dans son roman La Vouivre, publié en 1943.

L'Escarboucle mérite d'ailleurs sa propre légende. Les lapidaires médiévaux décrivaient cette pierre rouge comme lumineuse par elle-même, capable d'éclairer la nuit : c'est le trésor parfait, celui qui brille assez pour être convoité et assez pour trahir son voleur. Dans les récits comtois, elle concentre toute la tension du conte : un instant d'audace pour la saisir, une vie de richesse ou une mort immédiate.

Sur les pentes, une autre célébrité : le Dahu. Cet animal facétieux aurait les pattes plus courtes d'un côté que de l'autre, ce qui lui permet de courir à flanc de montagne, mais toujours dans le même sens. La chasse au dahu est l'un des canulars les plus répandus des régions de montagne : on poste le naïf de nuit avec un sac et une lanterne, on lui promet de rabattre la bête, et on le laisse attendre. Le Jura, les Alpes et bien d'autres massifs se disputent l'origine de la farce, attestée depuis la fin du XIXe siècle.

Le folklore local garde aussi des figures plus sombres. Le Dragon apparaît dans de nombreux récits bourguignons de fondation : saints et chevaliers y terrassent des bêtes qui empoisonnaient une source ou exigeaient un tribut, écho local d'un motif que l'on retrouve dans toute l'Europe chrétienne. Et pour les enfants, il y avait le Croque-mitaine : ce nom générique désignait toutes les créatures que l'on invoquait pour interdire un lieu dangereux, la rivière, le puits, le grenier. En Franche-Comté comme ailleurs, le croque-mitaine ne décrit pas une bête précise : il décrit une peur utile, taillée sur mesure par les parents.

Trésors gardés, bêtes impossibles et peurs éducatives : les légendes de l'Est ont ceci de particulier qu'elles se racontaient souvent avec un sourire en coin. À la veillée comtoise, on frissonnait pour la Vouivre, puis on riait du voisin revenu bredouille de sa première chasse au dahu.

Les créatures (4)

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la Vouivre ?

La Vouivre est un serpent ailé du folklore franc-comtois et bourguignon, gardienne de trésors. Elle porte au front une escarboucle, pierre précieuse lumineuse, qu'elle retire pour se baigner : c'est le seul moment où l'on peut tenter de la lui voler.

Comment se déroule une chasse au dahu ?

C'est un canular initiatique : on poste le débutant de nuit avec un sac et une lanterne en lui promettant de rabattre le dahu vers lui, puis on rentre au chaud. La victime comprend, tôt ou tard, que l'animal aux pattes asymétriques n'existe pas.

Régions voisines

Bretagne, Normandie, Poitou et Marais poitevin, Val de Loire et Berry, Auvergne et Gévaudan, Occitanie et Languedoc, Provence, Alpes et Savoie, Alsace, Lorraine et Ardennes, Paris et Île-de-France et Contes de Perrault.

Sources

  1. Wikipédia : Vouivre
  2. Wikipédia : Dahu
  3. Wikipédia : Croque-mitaine