Les légendes de Normandie

Entre les boucles de la Seine, les falaises de craie et le bocage noyé de brouillard, la Normandie a nourri un folklore où l'eau et la nuit tiennent les premiers rôles. On y croise un dragon vaincu par un saint, des dames vêtues de blanc au bord des routes et un démon qui s'assoit sur la poitrine des dormeurs.

Le récit le plus célèbre est celui de la Gargouille, monstre amphibie qui ravageait les rives de la Seine près de Rouen. Vers le VIIe siècle, raconte la tradition, l'évêque Romain s'avance vers la bête accompagné d'un condamné à mort, la dompte avec sa seule étole et la fait brûler sur le parvis. Ce haut fait fonde le fameux privilège de saint Romain : jusqu'à la Révolution, le chapitre de la cathédrale de Rouen obtenait chaque année la grâce d'un prisonnier, qui portait la châsse du saint en procession. Le mot est ensuite passé à l'architecture : nos gouttières sculptées en forme de monstres s'appellent gargouilles en souvenir de celle de Rouen.

Autre figure incontournable des routes normandes : la Dame Blanche. Les folkloristes rapportent depuis le XIXe siècle des récits de femmes en blanc apparaissant près des ponts, des carrefours et des fontaines, tantôt bienveillantes, tantôt redoutables envers qui refuse de les aider. La légende s'est modernisée avec l'automobile : l'auto-stoppeuse fantôme qui disparaît de la banquette arrière avant un virage dangereux est devenue l'une des légendes urbaines les plus racontées de France, et la Normandie compte plusieurs de ces récits sur ses départementales.

Le Cauchemar, enfin, appartient au folklore le plus intime : celui de la chambre à coucher. Avant d'être un simple mauvais rêve, le cauchemar était une créature : une « mare » qui s'asseyait sur la poitrine des dormeurs pour les oppresser. Le mot lui-même viendrait du verbe picard et normand « cauquer », fouler, presser, accolé à cette mare démoniaque. Dans les campagnes, on se protégeait de ses visites avec des prières, des objets bénits ou en déplaçant son lit.

Ce qui frappe dans le légendaire normand, c'est sa façon de mêler le christianisme triomphant et les peurs plus anciennes. Le dragon y est vaincu par un évêque, mais la dame des fontaines et le démon nocturne, eux, ont survécu à tous les sermons. À la veillée, on racontait les trois dans la même soirée : le miracle pour se rassurer, l'apparition et l'oppression nocturne pour frissonner avant d'aller dormir.

Les créatures (4)

Les lieux de la région en jeu

Questions fréquentes

La gargouille de Rouen a-t-elle vraiment existé ?

C'est une légende hagiographique : aucun dragon n'a ravagé la Seine. En revanche, le privilège de saint Romain, qui permettait de gracier un condamné chaque année à Rouen, est un fait historique attesté jusqu'à la Révolution.

Pourquoi dit-on un cauchemar ?

Le mot associe le verbe normand et picard « cauquer », qui signifie presser ou fouler, et la « mare », créature qui, selon le folklore, s'asseyait sur la poitrine des dormeurs. Le cauchemar était donc d'abord un être, pas un rêve.

Régions voisines

Bretagne, Poitou et Marais poitevin, Val de Loire et Berry, Bourgogne, Jura et Franche-Comté, Auvergne et Gévaudan, Occitanie et Languedoc, Provence, Alpes et Savoie, Alsace, Lorraine et Ardennes, Paris et Île-de-France et Contes de Perrault.

Sources

  1. Wikipédia : Gargouille
  2. Wikipédia : Dame blanche (légende)
  3. Wikipédia : Romain de Rouen