Le Père Fouettard

Père Fouettard, créature du folklore (Lorraine), illustration

Chaque 6 décembre, sur les places de Lorraine, saint Nicolas défile sous les lanternes avec sa mitre et sa crosse. Mais derrière lui marche une silhouette noire, encapuchonnée, fouet ou martinet à la main, parfois une hotte sur le dos. Les enfants sages regardent le saint ; les autres ne quittent pas des yeux le Père Fouettard.

La légende

La tradition lorraine et franco-belge raconte son histoire comme un revers de médaille. Il y a fort longtemps, trois petits enfants partis glaner aux champs demandèrent asile pour la nuit chez un boucher. L'homme les égorgea, les découpa et les mit au saloir. Sept ans plus tard, saint Nicolas passa par là, découvrit le crime et ressuscita les trois enfants d'un geste. Quant au boucher, le saint lui imposa la pire des pénitences : le suivre, pour l'éternité, dans toutes ses tournées.

C'est ainsi que le criminel devint le serviteur forcé du saint patron des écoliers. Vêtu d'une grande robe sombre tachée de suie, le visage noirci, il porte le fouet, les chaînes, parfois une hotte où il menace d'emporter les garnements. Pendant que saint Nicolas distribue pains d'épices, clémentines et jouets aux enfants sages, le Père Fouettard distribue les remontrances, agite son martinet et rappelle à chacun la liste de ses bêtises de l'année.

Car c'est bien là sa fonction : il est la moitié sombre de la fête. Le saint récompense, l'ombre punit. Dans les cortèges d'aujourd'hui, le personnage fait surtout rire et frissonner, mais des générations d'enfants de l'Est ont réellement tremblé en entendant traîner ses chaînes dans l'escalier.

Origines et histoire

D'où vient ce croquemitaine ? La tradition messine avance une origine étonnamment précise. En 1552, Charles Quint met le siège devant Metz avec une armée immense ; la ville, défendue par le duc de Guise, tient bon. Pour railler l'empereur et se donner du courage, la corporation des tanneurs aurait promené puis brûlé un mannequin grotesque à son effigie, personnage à fouet qui poursuivait filles et garçons dans les rues. Le siège levé, la marionnette satirique serait restée dans les mémoires et aurait fini par s'accrocher au cortège de saint Nicolas.

Les historiens du folklore restent prudents : le siège de 1552 est un fait attesté, l'épisode du mannequin relève de la tradition locale, et le lien direct avec le personnage actuel est une reconstruction séduisante plus qu'une certitude. Ce qui est documenté, c'est l'existence ancienne, dans tout l'espace germanique et lorrain, de figures sombres accompagnant le saint : le folkloriste Jacob Grimm y voyait la trace d'anciens esprits domestiques préchrétiens, à la fois bienveillants et menaçants, dont la christianisation aurait noirci le versant inquiétant.

Le personnage s'est imposé en Lorraine, en Alsace, dans le Nord de la France et en Belgique francophone, partout où saint Nicolas reste le grand donateur de décembre. Selon les vallées, il change de nom et de dégaine : on le connaît aussi sous le nom de Ruppelz en Lorraine germanophone, et chaque ville lui taille un costume à sa façon.

Variantes et cousins

Le Père Fouettard appartient à une vaste confrérie européenne : les « compagnons de saint Nicolas ». En Alsace, c'est Hans Trapp, souvenir noirci du chevalier bien réel Hans von Trotha ; en Allemagne, Knecht Ruprecht ; en Suisse alémanique, le Schmutzli ; aux Pays-Bas, Zwarte Piet, apparu dans un livre de 1845 et devenu depuis les années 2010 l'objet d'une vive controverse sur sa représentation. Dans les Alpes autrichiennes et bavaroises, le rôle vire au démoniaque avec le Krampus, créature cornue qui défile en hordes masquées.

Dans le jeu comme dans le folklore, il voisine avec les autres terreurs enfantines et nocturnes : le croque-mitaine, dont il est la déclinaison hivernale la plus institutionnalisée, la chasse sauvage qui balaie les mêmes nuits d'hiver de l'Est, ou le Roi des Aulnes, autre preneur d'enfants des brumes rhénanes. Tous racontent la même chose aux petits : la nuit d'hiver n'est pas sûre, et quelqu'un tient les comptes.

Dans la culture

La Saint-Nicolas reste l'une des fêtes les plus vivantes de l'Est de la France : à Nancy, à Metz, à Saint-Nicolas-de-Port, les défilés de début décembre attirent des foules considérables, et le Père Fouettard y tient son rôle de méchant officiel, hué et adoré. La chanson enfantine elle-même l'a immortalisé : dans « la légende de saint Nicolas », c'est le boucher du saloir que des générations d'écoliers ont appris à chanter.

Figure pédagogique controversée, croquemitaine assumé, le personnage a survécu à toutes les modes éducatives. Il faut croire que le duo fonctionne : un saint seul récompense, mais un saint flanqué de son ombre raconte une histoire complète, celle de la faute, de la peur et du pardon, rejouée chaque année sous la neige des places lorraines.

Ce que la légende raconte

Le Père Fouettard est sans doute la figure la plus assumée de la pédagogie de la peur : un croquemitaine institutionnalisé, qui ne rôde pas dans les bois mais défile en ville, à date fixe, sous le contrôle des adultes. Le duo qu'il forme avec saint Nicolas met en scène une comptabilité morale complète : le saint récompense, l'ombre tient les comptes des bêtises de l'année, et chaque enfant sait de quel côté du cortège il voudrait se trouver.

Les folkloristes y voient plus qu'un gendarme des enfants. Jacob Grimm rattachait les compagnons sombres du saint à d'anciens esprits domestiques préchrétiens, à la fois protecteurs et menaçants, dont la christianisation aurait noirci le versant inquiétant. La tradition messine, elle, en fait la mémoire carnavalesque d'un ennemi bien réel, Charles Quint moqué au siège de 1552 : l'épouvantail des enfants serait né épouvantail politique.

On peut enfin lire dans le personnage une fonction cathartique toujours active : dans les défilés d'aujourd'hui, il fait frissonner et rire à la fois. Encadrée par la fête, la peur devient un jeu que l'on rejoue chaque année, avant le pardon et les friandises.

Le Père Fouettard existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Personnage rituel des cortèges de la Saint-Nicolas, incarné chaque 6 décembre par des hommes costumés ; le boucher maudit relève du conte.

  • La tradition messine le fait naître du mannequin grotesque de Charles Quint promené puis brûlé par les tanneurs pendant le siège de Metz en 1552, resté ensuite accroché au cortège de saint Nicolas.
  • Jacob Grimm voyait dans les compagnons sombres du saint la trace d'anciens esprits domestiques préchrétiens, dont la christianisation aurait noirci le versant menaçant.
  • Le duo saint récompensant / ombre punissante fonctionne comme un outil pédagogique : la moitié sombre de la fête tient les comptes des bêtises de l'année.

Dans les archives

Le Père Fouettard, image d'Épinal éditée par Pellerin, 1863 (Bibliothèque nationale de France).
Le Père Fouettard, image d'Épinal éditée par Pellerin, 1863 (Bibliothèque nationale de France). Imagerie Pellerin (Épinal), domaine public
Le Père Fouettard, enfants dans la hotte et martinet à la main : carte postale photographique éditée à Nancy, première moitié du XXe siècle.
Le Père Fouettard, enfants dans la hotte et martinet à la main : carte postale photographique éditée à Nancy, première moitié du XXe siècle. Auteur inconnu, domaine public

Sur les traces de Père Fouettard

  • Fête vivanteFêtes de la Saint-Nicolas de Nancy, Metz et Saint-Nicolas-de-PortDébut décembre, autour du 6, le Père Fouettard défile derrière saint Nicolas dans les cortèges lorrains, hué par la foule.

Questions fréquentes

Qui est le Père Fouettard ?

C'est le compagnon sombre de saint Nicolas dans l'Est de la France et en Belgique. Vêtu de noir, armé d'un fouet ou d'un martinet, il menace les enfants désobéissants pendant que le saint récompense les sages, lors de la fête du 6 décembre. La légende en fait un boucher condamné par saint Nicolas à le suivre pour l'éternité.

Quelle est l'origine du Père Fouettard ?

La tradition messine le fait naître au siège de Metz de 1552 : les tanneurs de la ville auraient promené un mannequin grotesque moquant Charles Quint, resté ensuite dans les mémoires. Les folkloristes y ajoutent un fond plus ancien de figures punitives accompagnant saint Nicolas dans tout l'espace germanique.

Quelle est la différence entre le Père Fouettard et le Krampus ?

Les deux jouent le même rôle de punisseur aux côtés de saint Nicolas, mais le Père Fouettard reste humain : un homme en noir au fouet, souvent présenté comme un boucher maudit. Le Krampus des Alpes autrichiennes et bavaroises est une créature démoniaque cornue, mi-bouc mi-diable, qui défile en hordes masquées.

Le Père Fouettard existe-t-il encore dans les défilés ?

Oui. Dans les cortèges de la Saint-Nicolas de Nancy, Metz ou Saint-Nicolas-de-Port, il accompagne toujours le saint début décembre. Son rôle s'est adouci : il fait aujourd'hui davantage frissonner et rire qu'il ne terrorise, mais il reste le méchant officiel de la fête.

Ses cousins dans le monde

  • KrampusAlpes autrichiennesMême rôle de punisseur de la Saint-Nicolas, mais démon cornu défilant en hordes masquées, quand le Fouettard reste un homme en noir.
  • Croque-mitaineFranceLe croquemitaine est diffus et sans visage ; le Père Fouettard en est la version officielle, à date fixe et en costume.
  • Roi des AulnesAlsace et pays rhénansAutre preneur d'enfants de l'Est, mais séducteur invisible des brumes, sans fouet ni cortège.
  • Chasse sauvageArdennesElle emporte les imprudents des nuits de tempête, quand le Fouettard ne menace que les enfants du village.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Père Fouettard
  2. Wikipédia : Compagnons de saint Nicolas
  3. BLE Lorraine : origine du Père Fouettard à Metz

Père Fouettard dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Père Fouettard y coûte 6 chandelles pour 8 de puissance, avec cette capacité : « Sa tournée le mène de rue en rue : détruit la carte ennemie la plus faible d’un AUTRE lieu. » À sa révélation, il détruit la carte ennemie la plus faible d'un autre lieu : le Père Fouettard ne s'arrête pas là où il paraît, il suit le cortège de saint Nicolas de rue en rue — et fidèle à sa légende, il s'en prend toujours aux plus petits.

On peut la croiser sur Clairière de lune, lieu de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 6, puissance 8 : Père Fouettard frappe plus fort que 83 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Père Fouettard : La Befana, La Diablesse, Roi des Korrigans, StrygePère Fouettard