Le Cauchemar

Cauchemar, créature du folklore (Normandie), illustration

Dans une chambre paysanne de Normandie, une présence se cabre au-dessus du lit clos : le dormeur, écrasé, ne peut ni bouger ni crier. Avant de devenir un simple mauvais rêve, le cauchemar était une créature, la « mare », qui venait s'asseoir la nuit sur la poitrine des dormeurs. Son histoire traverse toute l'Europe des veillées, jusqu'au mot que nous employons encore.

La légende

Les traditions populaires décrivaient le cauchemar comme un être malfaisant qui s'installe de tout son poids sur la poitrine de sa victime endormie. Le dormeur se réveille conscient mais paralysé, la respiration coupée, incapable d'appeler à l'aide. Certaines versions ajoutent que la créature contrôle les rêves et vide sa victime de son énergie, nuit après nuit.

La mare scandinave, l'une de ses formes les plus anciennes, avait des talents de spectre : elle se dématérialisait, passait les portes verrouillées, et pouvait tourmenter jusqu'aux bêtes de l'étable, laissant chevaux épuisés et crinières emmêlées au matin. Dans le midi de la France, sa cousine occitane, la sarramauca, la « serre-poitrine », servait même à expliquer des morts subites inexpliquées.

Contre elle, les campagnes avaient tout un arsenal : un peigne aux longues dents posé sur la poitrine, des graines ou des lentilles à compter pour occuper la créature jusqu'à l'aube, un fer à cheval, une pointe de fer sous l'oreiller, de l'aubépine, des cendres aux ouvertures, des prières et des signes de croix. Le détail des recettes varie d'une région à l'autre, mais l'idée est partout la même : occuper, bloquer ou repousser la visiteuse.

Origines et histoire

Le mot lui-même raconte la légende. « Cauchemar » vient de « cauquemaire », attesté au XVe siècle : il combine caucher, « presser, fouler » (de la même famille que le latin calcare, piétiner), et mare, un mot picard emprunté au moyen néerlandais qui signifie « fantôme ». Le cauchemar est donc, littéralement, le fantôme qui presse. L'anglais nightmare et l'allemand gardent le même spectre dans leurs mots.

Chaque province avait son nom et sa variante : cauquemare en Picardie, chauceur dans le Jura, chauche-paille en Franche-Comté, cauquevieille du côté de Lyon, cachavielha et sarramauca en pays d'oc, pesanta ailleurs encore. La croyance couvrait tout le nord de la France, terre des veillées où l'on se racontait ces visites nocturnes ; le jeu installe la sienne dans une chambre normande, entre lit clos et fenêtre ouverte sur la lune.

Les savants s'y sont frottés très tôt : Hippocrate déjà décrivait l'éphialtès, « celui qui saute dessus », et les clercs médiévaux parlaient d'incube, « celui qui couche sur ». La médecine moderne a fini par nommer le phénomène : la paralysie du sommeil, cet état entre veille et rêve où l'on est conscient, immobilisé, souvent avec une sensation d'oppression et des hallucinations. La créature était un diagnostic avant l'heure.

Variantes et cousins

Le cauchemar appartient à la grande famille des tourmenteurs nocturnes. Dans le jeu comme dans le folklore, il voisine avec le croque-mitaine, autre terreur des chambres à coucher, mais leurs cibles diffèrent : le croque-mitaine menace les enfants désobéissants, la mare s'attaque aux dormeurs sans distinction.

Il partage la nuit avec la Dame blanche, apparition des routes et annonciatrice de malheur, et avec la gargouille, monstre de pierre penché sur les toits, ses voisins normands dans le jeu. Sa parenté la plus intime reste l'incube de la démonologie chrétienne : même position, même poids sur la poitrine, mais des intentions plus précises. Partout, le même noyau : la nuit, quelque chose s'assoit sur nous.

Dans la culture

Un tableau a fixé la créature pour toujours : « Le Cauchemar » de Johann Heinrich Füssli, peint en 1781, montre une dormeuse renversée, un incube accroupi sur sa poitrine et une jument spectrale passant la tête entre les rideaux. L'œuvre fit sensation et connut d'autres versions de la main du peintre vers 1790-1791 ; elle reste l'image la plus célèbre du folklore de la mare.

Puis la médecine a gagné : au XIXe siècle, le mot bascule définitivement du côté du mauvais rêve, et la créature s'efface derrière le symptôme. Mais elle survit dans la langue (« faire un cauchemar », c'est encore recevoir la visite du fantôme qui presse) et dans tout un pan du cinéma et du fantastique, où quelque chose continue de s'asseoir sur la poitrine des dormeurs.

Ce que la légende raconte

Le cauchemar est peut-être l'exemple le plus pur de la légende comme explication du monde : derrière la créature, la médecine reconnaît aujourd'hui la paralysie du sommeil, et la sarramauca occitane servait à nommer des morts subites autrement inexplicables. Donner un visage au phénomène, c'était le rendre pensable : une visiteuse a un corps, des habitudes, des faiblesses. On ne peut rien contre un symptôme qu'on ne comprend pas ; on peut beaucoup contre un fantôme qui presse.

D'où l'arsenal des protections, dont on peut lire la fonction rituelle : le peigne sur la poitrine, le fer sous l'oreiller, les graines à compter jusqu'à l'aube. Ces recettes rendaient au dormeur une prise sur sa nuit. Peu importe qu'elles n'aient jamais arrêté une paralysie : elles transformaient l'angoisse passive en gestes, et c'est exactement ce qu'on demande à un rite.

La bascule du mot, de la créature vers le mauvais rêve, raconte la fin de l'histoire : au XIXe siècle, le diagnostic remplace le fantôme. Mais la langue a gardé la mémoire de la visiteuse, et l'art aussi : le tableau de Füssli fixe pour toujours ce que des siècles de dormeurs ont cru sentir s'asseoir sur leur poitrine.

Le Cauchemar existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Créature jamais observée : le folklore de la mare est tenu pour une rationalisation ancienne de la paralysie du sommeil.

  • La médecine identifie derrière la créature la paralysie du sommeil : un état entre veille et rêve où le dormeur, conscient mais immobilisé, ressent une oppression sur la poitrine et des hallucinations.
  • Dans le midi de la France, la sarramauca servait aussi à expliquer des morts subites inexpliquées : la créature faisait office de diagnostic avant l'heure.

Dans les archives

« Le Cauchemar » de Johann Heinrich Füssli (1781) : l'incube accroupi sur la dormeuse (Detroit Institute of Arts).
« Le Cauchemar » de Johann Heinrich Füssli (1781) : l'incube accroupi sur la dormeuse (Detroit Institute of Arts). Johann Heinrich Füssli, domaine public

Sur les traces de Cauchemar

  • MuséeDetroit Institute of Arts (États-Unis)Conserve « Le Cauchemar » de Füssli (1781), l'image la plus célèbre du folklore de la mare.

Questions fréquentes

D'où vient le mot cauchemar ?

De « cauquemaire », attesté au XVe siècle : caucher, « presser, fouler », et mare, mot picard emprunté au moyen néerlandais signifiant « fantôme ». Le cauchemar est littéralement le fantôme qui presse le dormeur, la créature ayant donné son nom au mauvais rêve.

Quel lien entre le cauchemar et la paralysie du sommeil ?

La créature du folklore est considérée comme une rationalisation ancienne de la paralysie du sommeil : un état où le dormeur, entre rêve et éveil, est conscient mais incapable de bouger, avec une sensation d'oppression sur la poitrine. Les anciens y voyaient la visite d'un être malfaisant.

Comment se protégeait-on du cauchemar ?

Les traditions régionales recommandaient un peigne posé sur la poitrine, des graines à compter pour occuper la créature jusqu'à l'aube, du fer (fer à cheval, pointe sous l'oreiller), de l'aubépine, des cendres aux ouvertures, ou des prières et signes de croix.

Que représente le tableau Le Cauchemar de Füssli ?

Peint en 1781 par Johann Heinrich Füssli, il montre une dormeuse renversée avec un incube accroupi sur sa poitrine et une tête de jument spectrale surgissant des rideaux : une mise en image directe du folklore de la mare, dont il existe d'autres versions peintes vers 1790-1791.

Ses cousins dans le monde

  • Croque-mitaineFranceIl menace les enfants désobéissants ; la mare frappe sans morale, adultes compris.
  • Dame blancheFranceApparition des routes qui annonce le malheur ; le cauchemar agit au lit, sur le corps même du dormeur.
  • GargouilleNormandieMonstre de pierre du dehors, penché sur les toits, quand la mare passe les portes verrouillées.
  • IncubeEurope chrétienneMême poids sur la poitrine, mais une démonologie précise et des intentions charnelles, quand la mare est un fantôme qui oppresse.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Cauchemar
  2. Wikipédia : Cauchemar (folklore)
  3. Arcana : le cauchemar, démon du sommeil
  4. Encyclopédie du paranormal : Cauquemar
  5. CNRTL : étymologie de « cauchemar »

Cauchemar dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Cauchemar y coûte 3 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « -2 à la carte ennemie la plus forte, où qu'elle soit. » Dans « Crie au loup », le Cauchemar (coût 3, puissance 4) inflige -2 à la carte ennemie la plus forte, où qu'elle soit : comme la mare des veillées, il traverse murs et distances pour aller écraser le plus puissant des dormeurs.

On peut la croiser sur Carrefour des pendus, lieu de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 4 : Cauchemar frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Cauchemar : Áine, Alkonost, Ammit, Baku, BarbegaziCauchemar