Le Korrigan

Sur une lande de Bretagne, à la nuit tombée, des rires aigus montent d'un cercle d'herbe foulée près d'un dolmen. Ce sont les korrigans qui dansent, et mieux vaut ne pas s'inviter sans savoir chanter. Petit, chapardeur, tour à tour serviable et vengeur, le korrigan est la créature emblématique du folklore breton.
La légende
Le korrigan est un être minuscule, guère plus haut qu'un sabot de bois disent certains récits du Morbihan, avec un corps d'enfant et un visage de vieillard. Les descriptions varient : peau noire et ridée, chevelure magnifique, et surtout des yeux rouges qui luisent la nuit et peuvent ensorceler qui les fixe trop longtemps. Au XIXe siècle, on le représentait habillé en paysan bas-breton, chapeau à large bord et sabots.
Il habite les vieilles pierres : dolmens, tumulus, menhirs, mais aussi les sources, les grottes et les landes. C'est sous ces mégalithes qu'il cache ses trésors, car la tradition le dit extrêmement riche et incroyablement avare ; certains récits prêtent même à cette fortune une origine alchimique. Malheur au curieux qui vient creuser : les korrigans défendent leur or par la ruse et les pièges, et l'on prête à leurs yeux le pouvoir d'ensorceler quiconque les fixe trop longtemps.
Leur grand plaisir est la ronde nocturne. À la tombée du jour, ils dansent en cercle près des pierres levées et entraînent les passants dans leur sarabande. L'histoire la plus célèbre est celle de la chanson des jours de la semaine : deux tailleurs, ou deux bossus selon les versions, entrent tour à tour dans la danse ; le premier complète joliment la chanson et repart récompensé, débarrassé de sa bosse ; le second, cupide ou maladroit, gâche le couplet et récolte une seconde bosse.
Car tout est là : le korrigan est ambivalent. Généreux avec les humbles et les polis, il devient terrible avec qui lui manque de respect. Il propose des défis dont on sort comblé ou perdu, rend service à la ferme ou fait tourner les laitières en bourrique, selon l'humeur et le mérite.
Origines et histoire
Le mot vient du breton korr, « nain », suivi de diminutifs : le korrigan est littéralement un « petit nain ». Des êtres de ce type apparaissent dès le XIIe siècle dans la matière de Bretagne, mais c'est au XIXe siècle que les folkloristes, Émile Souvestre en tête avec « Le Foyer breton » (1844), collectent systématiquement récits et variantes auprès des conteurs de veillée.
Sous le nom de korrigan se cache en réalité toute une foule : poulpiquets, teuz, kornandons, ozégans et bien d'autres noms locaux désignaient des lutins distingués autrefois par leur habitat, avant que l'usage moderne ne les regroupe. Certains récits, où les korrigans harcèlent volontiers les recteurs et hantent les abords des églises, ont été lus comme un écho de la résistance des croyances anciennes à la christianisation. Une tradition les dit aussi particulièrement actifs la nuit du 31 octobre, héritière de Samain.
Variantes et cousins
Le korrigan est le cousin breton d'une immense famille européenne : lutin des campagnes françaises, farfadet du sud, pixie de Cornouailles, gnome des jardins et des mines. Partout, le même profil : petit, caché, susceptible, attaché à un lieu et à ses trésors.
En Bretagne même, le poulpiquet en est le proche parent, parfois simple synonyme, parfois lutin distinct des landes du Vannetais. Et le petit peuple a sa hiérarchie : les récits et le jeu donnent aux korrigans un roi, qui commande les rondes et distribue récompenses et bosses. Face aux fées de Brocéliande, grandes dames du merveilleux, les korrigans font figure de peuple turbulent des champs.
Dans la culture
Impossible d'échapper au korrigan en Bretagne : il est sur les enseignes, dans les noms de crêperies, de courses et de parcs, jusqu'à la Vallée des Korrigans à Savenay. La bande dessinée s'en est emparée, notamment la série « Les Contes du Korrigan », et il peuple romans jeunesse, jeux et spectacles de marionnettes.
Devenu presque une mascotte régionale, il garde pourtant son double fond : derrière la figurine sympathique, les récits collectés décrivent un voisin invisible qu'il valait mieux saluer poliment. Les Bretons d'autrefois ne trouvaient pas ça mignon du tout, et c'est précisément ce qui rend la légende savoureuse.
Ce que la légende raconte
Le conte des deux bossus résume la morale du korrigan : le petit peuple récompense la politesse et la modestie, punit la cupidité et la maladresse. On peut y lire une pédagogie sociale à l'usage des veillées : dans une société paysanne où l'entraide et le respect des convenances étaient vitaux, les korrigans incarnaient un tribunal invisible qui jugeait chacun sur sa conduite, pas sur son rang. Le pauvre poli repart sans sa bosse ; l'avide en gagne une seconde.
La légende remplissait aussi un office d'explication du monde. Les dolmens et les menhirs, monuments incompréhensibles pour ceux qui vivaient à leur pied, recevaient des habitants et une raison d'être : le petit peuple y garde ses trésors. Interdiction implicite d'y creuser, prudence imposée la nuit autour des pierres : la croyance protégeait du même geste les monuments et les promeneurs.
Les folkloristes proposent enfin une lecture historique : les récits où les korrigans harcèlent les recteurs et rôdent aux abords des églises garderaient l'écho de la résistance des croyances anciennes à la christianisation, et leur nuit de prédilection, celle du 31 octobre, hériterait de Samain. Le korrigan serait alors moins un lutin qu'un survivant : ce qui reste d'un ancien monde, rapetissé mais jamais tout à fait soumis.
Le Korrigan existe-t-il vraiment ?
Créature de légende Petit peuple de récit jamais observé, connu par les collectes menées auprès des conteurs de veillée au XIXe siècle.
- Les récits où les korrigans harcèlent les recteurs et hantent les abords des églises ont été lus comme un écho de la résistance des croyances anciennes à la christianisation.
- La tradition a fixé le petit peuple sur les mégalithes, monuments bien antérieurs qu'elle expliquait à sa manière : c'est sous les dolmens que les korrigans cacheraient leurs trésors.
Dans les archives


Sur les traces de Korrigan
- LieuLa Vallée des Korrigans, Savenay (Loire-Atlantique)Un parc de loisirs qui porte le nom du petit peuple et en raconte la légende.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un korrigan ?
Un lutin du folklore breton, dont le nom signifie « petit nain » en breton (korr, nain). Petit, ridé, les yeux rouges et luisants, il vit près des dolmens, des sources et des landes, cache des trésors et adore danser la nuit en entraînant les passants dans ses rondes.
Où vivent les korrigans ?
La tradition les installe dans les vieilles pierres de Bretagne : dolmens, tumulus, menhirs, mais aussi grottes, sources et landes. C'est sous les mégalithes qu'ils garderaient leurs trésors, ce qui explique les nombreuses légendes attachées à ces monuments.
Les korrigans sont-ils méchants ?
Ils sont ambivalents : serviables et généreux avec ceux qui les respectent, cruels avec les insolents et les cupides. Le conte des deux bossus le résume : le premier, aimable, repart sans sa bosse ; le second, avide, en gagne une deuxième.
Quelle est la chanson des korrigans ?
Dans le conte breton le plus célèbre, popularisé par Émile Souvestre dans « Le Foyer breton » (1844), les korrigans chantent en boucle les jours de la semaine, chanson inachevée qu'un visiteur peut compléter. Bien la finir vaut récompense ; la gâcher vaut punition.
Ses cousins dans le monde
- PoulpiquetBretagneParfois un simple nom local du korrigan, distingué autrefois par son habitat, peut-être les lieux humides si l'on suit l'étymologie poull.
- LutinFranceCousin généraliste des campagnes françaises, plus domestique, sans l'ancrage breton sur les mégalithes.
- FarfadetSud de la FranceL'espiègle du Midi, plus farceur que gardien de trésors sous les pierres.
- PixieCornouaillesCousin de l'autre rive brittonique, réputé égarer les voyageurs plus que juger leur politesse.
- GnomeEuropeCréature des mines et des jardins qui vit sous terre, quand le korrigan danse en surface autour des pierres levées.
Légendes voisines
Sources
Korrigan dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Korrigan y coûte 1 chandelle pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Vole 1 puissance à une carte ennemie d'ici. » Dans « Crie au loup », le Korrigan (coût 1, puissance 2) vole 1 puissance à une carte ennemie à sa révélation : le chapardeur des landes en action, fidèle à sa réputation de gardien de trésors qui préfère prendre aux autres que partager les siens.
On peut la croiser sur Auberge de la Veillée, Champ de menhirs, Cimetière abandonné, Forêt de Brocéliande, Lande aux korrigans, Seuil des apparitions et Veillée funèbre, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 1, puissance 2 : Korrigan frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.