Lande aux korrigans

Ajoncs, bruyère, brume et pierres levées : la lande bretonne semble vide au voyageur pressé. Grave erreur. À la nuit tombée, elle appartient aux korrigans, le petit peuple de Bretagne : guère plus hauts qu'un sabot de bois, farceurs, ombrageux, et très mauvais perdants.
Le lieu et sa légende
Le korrigan, dont le nom breton signifie à peu près « petit nain » (korr, le nain), est le lutin national de la Bretagne. Les descriptions varient d'un pays à l'autre : tantôt petit être noiraud et ridé, au corps d'enfant et au visage de vieillard, les yeux rouges et luisants ; tantôt créature capable de beauté, dont le regard ensorcelle les mortels. Il habite les creux du paysage : grottes, sources, tumulus, dolmens, et surtout la lande, ce désert d'ajoncs parfait pour n'être pas dérangé.
La nuit venue, les korrigans se réunissent pour danser en ronde autour de leurs feux. Malheur au passant qui met le pied dans le cercle : la tradition raconte qu'il risque d'être entraîné dans une danse sans fin, ou emporté sous terre. Les korrigans proposent aussi des défis : les relever peut valoir un vœu, échouer coûte très cher. Gardiens de trésors fabuleux cachés sous les pierres, ils sont d'une susceptibilité redoutable : bien traités, ils rendent service ; moqués, ils se vengent avec une imagination de lutin.
Dans l'histoire
Les folkloristes du XIXe siècle, en collectant les traditions bretonnes, ont constaté que le « korrigan » est en réalité une famille : les campagnes distinguaient quantité de petits êtres selon leur habitat, bois, landes, champs ou tumulus, que l'usage a fini par regrouper sous un seul nom. Certains y lisent aussi une mémoire de la résistance bretonne à la christianisation : bien des récits montrent les korrigans jouant leurs tours près des églises et aux dépens des recteurs.
La géographie des korrigans se visite : les traditions les associent aux monts d'Arrée, aux landes du centre Bretagne et aux grands sites mégalithiques comme Carnac ou Locmariaquer, où on les disait danseurs de nuit entre les pierres levées. Les offices de tourisme bretons entretiennent volontiers la légende, balades contées à l'appui : le petit peuple est devenu un ambassadeur très officiel de la région. La date à retenir, si l'on en croit la tradition : la nuit du 31 octobre, où les korrigans seraient les plus entreprenants.
Le lieu dans le jeu
Dans « Crie au loup », la Lande aux korrigans distribue ses habitants : à sa révélation, chaque joueur reçoit un Korrigan dans sa main. La lande est si peuplée de petit monde qu'il en déborde : impossible de la traverser sans qu'un lutin s'accroche à vos basques, que vous l'ayez voulu ou non.
L'effet est fidèle à la nature du korrigan : un cadeau ambigu. Cette carte gratuite peut dépanner une main pauvre ou encombrer une stratégie bien huilée ; tout dépend de ce que vous en ferez. Comme dans les contes, celui qui sait employer les korrigans en tire profit, et les autres apprennent la politesse.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un korrigan ?
Un petit être légendaire du folklore breton, dont le nom vient de korr, « nain ». Décrit tantôt comme un lutin noiraud et ridé, tantôt comme une créature ensorcelante, il hante landes, sources et mégalithes, danse en ronde la nuit et garde des trésors enfouis.
Où rencontre-t-on les korrigans en Bretagne ?
Les traditions les placent dans les landes, autour des dolmens, menhirs et tumulus (Carnac, Locmariaquer), près des sources et dans les monts d'Arrée. De nombreuses balades contées font aujourd'hui vivre ces légendes sur place.
Les korrigans sont-ils dangereux ?
Ambivalents, surtout : serviables avec qui les respecte, impitoyables avec qui les moque. La tradition met en garde contre leurs rondes nocturnes, où le passant imprudent risque d'être entraîné dans une danse sans fin, voire emporté sous terre.