Le Pixie

Pixie, créature du folklore (Cornouailles), illustration

Sur les landes de Cornouailles et du Devon, dans le sud-ouest de l'Angleterre, mieux vaut savoir retourner sa veste : c'est, dit-on, le seul moyen de retrouver son chemin quand les pixies vous ont égaré. Ces petites fées espiègles, qui dansent la nuit autour des pierres levées, sont le visage le plus malicieux du petit peuple anglais.

La légende

Le pixie, qu'on appelle pisky en Cornouailles, est un petit être féerique des landes du sud-ouest anglais. Les descriptions traditionnelles le montrent haut comme un genou d'homme, le visage pointu et relevé, les oreilles en pointe, la tignasse rousse, pauvrement vêtu de haillons quand il n'est pas nu et pieds nus. Les ailes de libellule et les tenues fleuries sont des inventions tardives : le pixie des veillées est une créature de lande, ébouriffée et froide, pas une figurine de vitrine.

Sa spécialité est l'égarement. Être « pixy-led », mené par les pixies, c'est perdre son chemin sur une lande qu'on connaît par cœur, tourner en rond pendant des heures à quelques pas du sentier. Le remède traditionnel est aussi célèbre que la farce : retourner son manteau ou sa veste à l'envers, ce qui rompt le charme. Les pixies écrèment aussi le lait, font tourner le beurre, soufflent les chandelles, emmêlent les cheveux et pincent les paresseux.

Car le pixie a une morale, à sa façon. Comme le brownie écossais, il peut s'attacher à une maison, battre le grain et aider les foyers pauvres en échange d'un bol de lait et d'un morceau de pain. Et comme le brownie, il disparaît à jamais si on le remercie avec des vêtements neufs. Sur le Dartmoor, on l'accuse aussi de chevaucher la nuit les poneys sauvages et de leur nouer la crinière en tresses inextricables.

Origines et histoire

D'où viennent les pixies ? Le mot lui-même est un mystère : certains chercheurs ont proposé une racine scandinave, du dialectal suédois pyske, « petite fée », d'autres défendent une origine celtique cohérente avec leur territoire cornouaillais, sans qu'aucun ancêtre direct du mot soit connu. La tradition les associe aux lieux anciens : cercles de pierres, tumulus, chambres funéraires, partout où le passé affleure sur la lande.

Les folkloristes les rapprochent des aos sí d'Irlande et d'Écosse, le peuple des tertres, et une croyance locale voyait même dans les pixies les âmes d'enfants morts sans baptême ou d'anciens habitants du pays, trop petits pour le paradis mais trop innocents pour l'enfer. Hypothèses de collecteurs, à prendre comme telles : la lande garde ses secrets.

Ce qui est sûr, c'est que la frontière du pixie est restée étonnamment nette : le sud-ouest de l'Angleterre est son royaume exclusif. Le Devon et la Cornouailles se disputent d'ailleurs affectueusement la propriété du petit peuple, chaque comté produisant ses propres récits, ses lieux hantés et ses statuettes souvenirs.

Variantes et cousins

Le cousin le plus proche du pixie est le brownie écossais : même format, même goût du travail domestique discret, même tabou des vêtements offerts. Le korrigan breton, danseur nocturne des landes de l'autre côté de la Manche, lui ressemble comme un frère : mêmes pierres levées, mêmes rondes, mêmes farces aux voyageurs. Le farfadet et le lutin des campagnes françaises complètent la famille.

Sur son propre territoire, le pixie voisine avec un tout autre genre de créature : le Black Shuck, le chien noir spectral d'Est-Anglie, rappelle que le folklore anglais ne fait pas que danser au clair de lune. Entre la fée farceuse du sud-ouest et le molosse funèbre de l'est, l'Angleterre légendaire couvre toute la gamme des frissons.

Notons enfin que le pixie se distingue des fées « classiques » du folklore anglais : les collecteurs du XIXe siècle rapportent des récits de batailles entre pixies et fées pour le contrôle du territoire, signe que les campagnes elles-mêmes ne les confondaient pas.

Dans la culture

Le pixie a sa fête. À Ottery St Mary, dans le Devon, le Pixie Day rejoue chaque année, en juin, une légende locale : les pixies, furieux des cloches de l'église dont chaque sonnerie, croyaient-ils, tuait l'un des leurs, auraient capturé les sonneurs au milieu du XVe siècle et les auraient enfermés dans une grotte au bord de la rivière, toujours appelée Pixie's Parlour. Aujourd'hui, les enfants du village costumés en pixies « capturent » les sonneurs avant leur libération triomphale, au milieu d'une fête foraine.

La littérature s'en est emparée de longue date : Samuel Taylor Coleridge, natif d'Ottery St Mary, leur a consacré son poème « Song of the Pixies ». Plus près de nous, les pixies de Cornouailles font une apparition remarquée et catastrophique dans Harry Potter, et le nom a été adopté par un célèbre groupe de rock. Pas mal, pour un petit peuple en haillons qui égare les promeneurs.

Ce que la légende raconte

Être « pixy-led », c'est d'abord un mot pour une expérience réelle : se perdre sur une lande qu'on connaît par cœur, dans le brouillard ou la nuit, et sentir la panique tourner en rond avec soi. Le pixie donne un auteur à cet égarement inexplicable, et le remède du manteau retourné rend au marcheur une prise sur sa peur : le geste est absurde, mais il oblige à s'arrêter, à souffler, à rompre le cercle.

Son ancrage aux cercles de pierres, aux tumulus et aux chambres funéraires en fait aussi un gardien de la mémoire longue : le pixie habite les lieux où le passé préchrétien affleure sur la lande. Les folkloristes le rapprochent du peuple des tertres, et la croyance qui en faisait des âmes d'enfants morts sans baptême montre le folklore recueillant ceux que la religion officielle laissait à la porte.

Au village enfin, le pixie joue les petites polices sociales : il pince les paresseux, emmêle les crinières, mais bat le grain des foyers pauvres qui lui laissent un bol de lait. Ses farces dessinent en creux les normes de la communauté : propreté, travail, hospitalité envers l'invisible.

Le Pixie existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Petit peuple des landes du Devon et de Cornouailles ; créature de veillée, jamais observée.

  • Les folkloristes rapprochent les pixies des aos sí d'Irlande et d'Écosse, le peuple des tertres associé aux lieux anciens de la lande.
  • Une croyance locale rapportée par les collecteurs voyait dans les pixies les âmes d'enfants morts sans baptême ou d'anciens habitants du pays, trop petits pour le paradis mais trop innocents pour l'enfer.

Dans les archives

La Pixy's Cross, croix de granit médiévale du Dartmoor associée aux pixies, aux abords de Tavistock (Devon).
La Pixy's Cross, croix de granit médiévale du Dartmoor associée aux pixies, aux abords de Tavistock (Devon). A Friend of the Folklore Society, CC BY-SA 4.0

Sur les traces de Pixie

  • Fête vivantePixie Day, Ottery St MaryChaque année en juin, les enfants du village costumés en pixies rejouent la capture puis la libération des sonneurs de cloches.
  • LieuPixie's Parlour, Ottery St MaryLa grotte au bord de la rivière où la légende locale veut que les pixies aient enfermé les sonneurs de l'église.

Questions fréquentes

Que veut dire être « pixy-led » ?

C'est être égaré par les pixies : perdre soudain son chemin sur une lande familière et tourner en rond sans fin, comme ensorcelé. Le remède traditionnel du Devon et de Cornouailles consiste à retourner son manteau ou sa veste à l'envers, ce qui rompt le charme et rend le sentier.

Quelle est la différence entre un pixie et une fée ?

Dans le folklore du sud-ouest anglais, les deux ne se confondent pas : le pixie est plus petit, plus terrestre, en haillons, attaché aux landes, aux pierres levées et aux fermes. Les collecteurs rapportent même des récits de batailles entre pixies et fées pour le territoire. Les ailes et les robes fleuries des pixies modernes sont des conventions victoriennes.

Qu'est-ce que le Pixie Day d'Ottery St Mary ?

Une fête annuelle du Devon, en juin, qui rejoue une légende locale : les pixies, persuadés que chaque sonnerie de cloche tuait l'un des leurs, auraient enlevé les sonneurs de l'église et les auraient enfermés dans la grotte dite Pixie's Parlour. Les enfants du village, costumés en pixies, rejouent la capture et la libération des sonneurs.

Ses cousins dans le monde

  • BrownieÉcosseMême service domestique et même tabou des vêtements offerts, mais lui reste au coin du feu quand le pixie tient la lande.
  • KorriganBretagneDanseur nocturne des pierres levées comme lui, de l'autre côté de la Manche, plus lié aux fontaines et aux rondes punitives.
  • FarfadetMidi de la FranceFarceur méridional du foyer, sans le territoire sauvage ni l'art d'égarer les marcheurs.
  • LutinFranceLe généraliste français du petit peuple, farceur et serviable, sans l'ancrage aux tumulus et aux landes du pixie.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Pixie
  2. Gods and Monsters : Pixie, Mischievous Fairy of Devon and Cornwall
  3. Visit Devon : Pixie Day in Ottery St Mary

Pixie dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Pixie y coûte 1 chandelle pour 1 de puissance, avec cette capacité : « Pioche une carte. » À la révélation, le Pixie fait piocher une carte : la petite fée des landes vous met dans les mains quelque chose que vous n'aviez pas prévu, à charge pour vous de découvrir si c'est un cadeau ou une farce.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 1 : Pixie frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Pixie : Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, FarfadetPixie