Le Roi des Korrigans

Au centre d'un cercle de menhirs, quelque part en Bretagne, un korrigan plus grand que les autres frappe le sol de son sceptre, et la lande entière se met à grouiller. Les korrigans ne sont pas des solitaires : les récits de veillée les montrent en peuple organisé, avec ses rondes, ses lois et ses chefs. Le Roi des Korrigans incarne cette face méconnue du petit peuple breton : celle d'une véritable société sous la lande.
La légende
Tout, dans les récits collectés, montre les korrigans en collectivité. Ils dansent en rondes nocturnes autour des dolmens, chantent en chœur, se transmettent la même chanson inachevée, jugent ensemble les mortels qui entrent dans leur cercle et distribuent collectivement récompenses et punitions. Un peuple qui délibère et sanctionne a besoin de qui trancher : les conteurs ont donc donné des meneurs à ces assemblées.
Le conte le plus célèbre du répertoire illustre cette justice du petit peuple : celui de la chanson des jours de la semaine. Un premier visiteur, un bossu aimable, complète joliment le chant éternellement inachevé des korrigans ; l'assemblée, ravie, le débarrasse de sa bosse. Un second, cupide ou maladroit, gâche le couplet : il repart avec la bosse du premier en prime. La sentence tombe comme d'un tribunal, et malheur à qui déplaît à la cour.
La royauté est d'ailleurs une constante du monde féerique : les traditions anglaises donnent aux fées un roi, Obéron, et une reine ; il était naturel que le petit peuple breton ait aussi ses souverains. Le Roi des Korrigans du jeu cristallise cette intuition des conteurs : quand il paraît, ce n'est pas une créature qui arrive, c'est un peuple entier qui sort de terre.
Origines et histoire
Le conte fondateur de la ronde et de la chanson des jours est fixé par Émile Souvestre, qui publie « Les Korils de Plaudren » dans « Le Foyer breton » en 1844 : l'action s'y déroule à Plaudren, dans le Morbihan, chez les korils, l'une des variétés du petit peuple. En 1857, Ernest du Laurens de la Barre adapte l'histoire dans ses « Veillées de l'Armor » et la déplace en forêt de Paimpont, à Tréhorenteuc : preuve que ces récits voyageaient et se réécrivaient sans cesse.
Du Laurens de la Barre en profite pour dresser une typologie du petit peuple breton : Korils, Poulpiquets, Korni-Kaneds, Teuz, chaque variété avec son territoire. Le sociologue Marcel Calvez a montré que la relocalisation du conte à Tréhorenteuc servait aussi à ancrer de vieilles légendes bretonnes dans des sites en voie d'invention touristique, comme le Val sans Retour. Les korrigans, décidément, se sont toujours laissé gouverner par les conteurs plus que par leurs rois.
Variantes et cousins
Le premier sujet du roi est évidemment le korrigan lui-même, et son proche cousin le poulpiquet, lutin nocturne des landes du Vannetais. Tous relèvent de la même couronne : les noms changent d'un pays breton à l'autre, korils, teuz, kornandons, mais les rondes et les lois sont les mêmes. Le folklore a d'ailleurs gardé la trace de ces distinctions : chaque variété de lutin avait son terrain, ses pierres et ses habitudes, comme autant de provinces d'un même royaume miniature.
Face à lui se dresse son pendant courtois : la Reine des fées, souveraine du merveilleux noble, celle des clairières et des grandes dames. Le Roi des Korrigans est un monarque plus rustique, roi des dolmens et de la bruyère, à l'image de son peuple : moins de majesté, plus de malice. Le lutin des campagnes françaises complète ce cousinage de petits êtres qui, partout en Europe, vivent en bandes organisées.
Dans la culture
Le peuple korrigan est devenu un emblème breton : bandes dessinées comme « Les Contes du Korrigan », parcs et lieux qui portent leur nom, telle la Vallée des Korrigans à Savenay, spectacles et produits en tout genre. L'image du peuple en ronde, avec ses meneurs, ses lois et sa chanson, vient en droite ligne des contes de Souvestre et de ses successeurs.
La figure du roi du petit peuple, elle, prospère dans la fantasy moderne, où les cours féeriques ont toujours un trône. Le jeu s'inscrit dans cette tradition : son Roi des Korrigans ne combat pas seul, il lève son peuple, ce qui est la définition même d'un roi de légende.
Ce que la légende raconte
Donner un roi aux korrigans, c'est d'abord reconnaître ce que les récits montrent partout : un peuple, pas des solitaires. Rondes, chœurs, jugements collectifs des visiteurs : les assemblées du petit peuple fonctionnent comme un tribunal des humbles, qui pèse la conduite et non le rang. Le conte des deux bossus en est la jurisprudence : l'aimable est récompensé, le cupide condamné, et la sentence tombe sans appel. On peut y lire une justice rêvée, rendue la nuit par plus petits que soi.
La royauté elle-même prolonge un réflexe très humain : projeter ses institutions sur l'invisible. Comme les fées anglaises ont Obéron et leur reine, le petit peuple breton reçoit des meneurs, une couronne, des provinces aux noms de lutins. Le monde caché est pensé comme une société complète, avec sa cour et ses sujets : l'invisible inquiète moins quand il est organisé.
L'histoire du conte fondateur offre enfin une lecture plus ironique, documentée par Marcel Calvez : déplacé de Plaudren à Tréhorenteuc au gré des réécritures, il a servi à ancrer de vieilles légendes dans des sites en voie d'invention touristique. Les korrigans, décidément, obéissent moins à leur roi qu'à leurs conteurs.
Le Roi des Korrigans existe-t-il vraiment ?
Créature de légende Figure de récit : les collectes montrent un petit peuple en assemblées, auquel les conteurs (et le jeu) prêtent des souverains.
- La royauté féerique est une constante du folklore européen (Obéron et Titania chez les fées anglaises) : donner des meneurs aux assemblées de korrigans prolongeait un motif bien établi.
- Marcel Calvez a montré que la relocalisation du conte à Tréhorenteuc en 1857 servait à ancrer de vieilles légendes bretonnes dans des sites en voie d'invention touristique.
Dans les archives

Sur les traces de Roi des Korrigans
- LieuLa Vallée des Korrigans, Savenay (Loire-Atlantique)Un parc de loisirs qui porte le nom du petit peuple et entretient sa légende.
- LieuTréhorenteuc, forêt de PaimpontLe village où Ernest du Laurens de la Barre a relocalisé en 1857 le conte de la ronde des korrigans.
Questions fréquentes
Les korrigans ont-ils vraiment un roi dans les légendes ?
Les récits collectés montrent surtout les korrigans en peuple organisé : rondes, chœurs, jugements collectifs des visiteurs. La royauté féerique est une constante du folklore européen (comme Obéron et Titania chez les fées anglaises), et les conteurs et le jeu prêtent logiquement des souverains à ce petit peuple très collectif.
Quelle est l'histoire de la chanson des jours de la semaine ?
C'est le conte breton le plus célèbre sur les korrigans, fixé par Émile Souvestre dans « Les Korils de Plaudren » (Le Foyer breton, 1844) : les korrigans chantent en boucle une liste inachevée des jours de la semaine. Un visiteur aimable qui complète joliment le chant est récompensé (débarrassé de sa bosse) ; un maladroit ou un cupide est puni.
Où se passe le conte des Korils de Plaudren ?
Chez Souvestre, à Plaudren, dans le Morbihan. En 1857, Ernest du Laurens de la Barre a déplacé l'histoire à Tréhorenteuc, en forêt de Paimpont, dans ses « Veillées de l'Armor » : un bon exemple de la façon dont les contes bretons voyageaient d'un terroir à l'autre au gré des réécritures.
Ses cousins dans le monde
- KorriganBretagneLe sujet face au trône : le roi ne combat pas seul, il lève son peuple.
- PoulpiquetBretagneUne autre province du même royaume miniature : le lutin nocturne des landes du Vannetais.
- Reine des féesEuropeLe pendant courtois : la majesté des clairières face à la malice des dolmens.
- ObéronAngleterreLe roi des fées fixé par Shakespeare : il règne sur une cour noble, pas sur un peuple grouillant des landes.
Légendes voisines
Sources
Roi des Korrigans dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Roi des Korrigans y coûte 6 chandelles pour 8 de puissance, avec cette capacité : « La ronde s'ouvre à la nuit : deux Korrigans paraissent à ses côtés. » La nuit seulement, deux Korrigans surgissent aux côtés de leur roi, sur son lieu même : le sceptre frappe le sol au centre du cercle de menhirs et la ronde s'ouvre, fidèle aux récits où le petit peuple breton ne danse jamais avant que le jour soit tombé.
On peut la croiser sur Auberge de la Veillée, Champ de menhirs, Cimetière abandonné, Forêt de Brocéliande, Lande aux korrigans, Seuil des apparitions et Veillée funèbre, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 6, puissance 8 : Roi des Korrigans frappe plus fort que 83 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.