Auberge de la Veillée

Dehors, la nuit d'hiver ; dedans, le feu, le cidre chaud et les voix. La veillée est le berceau du folklore européen : c'est là que les loups-garous, les fées et les revenants ont été racontés, polis et transmis pendant des siècles. Et quand la veillée se tient dans une auberge, au bord d'une route déserte, le conte peut tourner au fait divers.
Le lieu et sa légende
La veillée fut, du Moyen Âge au début du XXe siècle, l'institution des soirs d'hiver dans les campagnes françaises. De la Toussaint à la Chandeleur, quand les jours raccourcissent et que les champs dorment, on se regroupait à la ferme ou à l'étable pour partager le feu et la chandelle. On filait, on tressait, on réparait ; surtout, on parlait. Nouvelles du pays, souvenirs, et contes : c'est par la veillée que les histoires de créatures passaient d'une génération à l'autre.
L'auberge en est la version ouverte aux inconnus. Le voyageur y apporte des récits d'ailleurs et en remporte d'autres ; chaque table est une veillée en miniature. Mais le folklore connaît aussi l'envers du décor : l'auberge isolée où l'on entre et d'où l'on ne sort pas, l'aubergiste trop curieux du contenu des bourses. La chaleur du feu et le danger de la route, servis dans la même salle.
Dans l'histoire
L'auberge inquiétante a son affaire criminelle fondatrice : Peyrebeille, en Ardèche, « l'auberge rouge ». Entre 1818 et 1830, la rumeur accuse les époux Martin et leur domestique d'avoir assassiné des dizaines de voyageurs ; le procès de 1833 ne retiendra qu'une seule victime établie, le marchand Enjolras, mais les trois accusés sont guillotinés en octobre 1833, devant l'auberge même. Les historiens modernes doutent fortement de leur culpabilité ; la légende, elle, parle toujours de cinquante morts et de voyageurs cuits au four. L'auberge existe encore au bord de la route, on la visite.
Quant à la veillée, elle n'a pas survécu à l'électricité : la lampe, la radio puis la télévision ont vidé les bancs autour de l'âtre. Elle laisse un héritage immense : une bonne part des contes recueillis par les folkloristes du XIXe siècle y furent entendus. Chaque fois qu'on se raconte une histoire de loup-garou à la lueur d'une bougie, on rallume une veillée.
Le lieu dans le jeu
Dans « Crie au loup », l'Auberge de la Veillée est le lieu le plus généreux du jeu : à sa révélation, chaque joueur pioche 2 cartes. Normal : c'est ici qu'on échange les histoires. Chacun repart de l'auberge avec plus de récits, donc plus de créatures, qu'il n'en avait en arrivant.
L'effet profite aux deux camps, comme une salle commune profite à toutes les tablées ; mais celui qui sait exploiter une main pleine transformera la soirée contée en embuscade. À l'auberge, tout le monde écoute les mêmes histoires : tout le monde n'en fait pas le même usage.
Questions fréquentes
Qu'était une veillée autrefois ?
Une réunion des soirs d'hiver, courante dans les campagnes françaises du Moyen Âge au début du XXe siècle : on partageait feu et chandelle entre voisins, on travaillait (filage, vannerie) et on se transmettait nouvelles et contes. C'est l'un des grands canaux de transmission du folklore oral.
L'auberge rouge a-t-elle vraiment existé ?
Oui : c'est l'auberge de Peyrebeille, en Ardèche. Ses tenanciers furent guillotinés en 1833 pour le meurtre d'un voyageur, au terme d'un procès que les historiens jugent aujourd'hui très fragile. La légende a gonflé l'affaire jusqu'à en faire des dizaines de victimes ; le bâtiment se visite toujours.