Le Farfadet

Farfadet, créature du folklore (Poitou), illustration

Un petit homme ridé, à peine haut comme une gerbe de blé, s'active la nuit dans les fermes du Poitou : il panse les bêtes, bat le grain, range l'étable. En échange, il ne réclame qu'un bol de crème. C'est le farfadet, dit fradet ou fadet en Vendée, l'un des plus attachants esprits du bocage de l'Ouest.

La légende

La tradition poitevine le décrit comme un petit homme ridé, d'environ un demi-mètre, qui va nu ou vêtu de haillons bruns. On ne le voit presque jamais : le farfadet reste invisible la plupart du temps, et sait au besoin prendre une forme animale pour brouiller les pistes. Mais on constate son passage au matin : le foin est rentré, les bêtes étrillées, l'ouvrage fait.

Car le farfadet a deux visages. Serviteur zélé, il s'attache à une maison et y accomplit les travaux de la nuit, moyennant un salaire modeste laissé au coin de l'âtre : de la crème, du lait, une galette au miel. Farceur incorrigible, il emmêle les crinières des chevaux, déplace les outils, taquine les dormeurs. Malheur à qui le vexe ou oublie son dû : le petit esprit se venge en multipliant les tours.

Les récits vendéens le logent volontiers dans les pierres et les cavernes. À Chambretaud, une roche plate porte le nom de Marmite des Farfadets : on disait qu'ils venaient y cuire leur soupe la nuit du Mardi gras. Au Champ-Saint-Père, la caverne en entonnoir dite Four des Fradets passait pour être le four où ils cuisaient leur pain. Le paysage lui-même garde la trace de leur petit peuple.

Origines et histoire

Le mot vient du sud : farfadet est un emprunt au provençal, attesté en français dès 1542 chez Rabelais, dans Pantagruel. Les linguistes du CNRTL y voient une forme renforcée de fadet, lui-même dérivé de fada, la fée en occitan. Le farfadet est donc, à la lettre, un petit être féé : la même racine que les fées a produit, dans l'Ouest, les noms de fadet et de fradet.

La croyance était encore bien vivante au XIXe siècle : dans les Deux-Sèvres, la vallée de l'Égray passait à la fin du siècle pour le domaine exclusif des farfadets. Et en 1821, un excentrique avignonnais, Alexis-Vincent-Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, persuadé d'être persécuté par ces esprits, publia en trois volumes ses mésaventures sous un titre resté célèbre : Les Farfadets, ou Tous les démons ne sont pas de l'autre monde. Le document, involontairement comique, dit bien la place qu'occupaient encore ces créatures dans les imaginations.

Sous des noms voisins, le petit peuple des farfadets couvre tout le grand Ouest et le Midi : les folkloristes rapportent des fadets en pays occitan, des fradets en Vendée et en Poitou, et des cousins jusque dans les montagnes, où on les disait dépourvus de doigts, quand ceux des plaines n'avaient pas de nez. Chaque terroir façonnait son farfadet à sa main.

Variantes et cousins

Le farfadet appartient à la vaste famille des esprits domestiques européens : le lutin des campagnes françaises, dont il est pour ainsi dire le frère poitevin, le korrigan des landes bretonnes, plus rude et plus moqueur, ou encore les gnomes et brownies d'ailleurs. Partout, le même contrat tacite : de menus services contre un peu de lait, et une fierté d'esprit libre qu'il ne faut jamais froisser.

Dans le marais voisin, son nom glisse vers une autre créature : en Vendée et en Poitou, on appelait aussi fadets ces lueurs dansantes qui égarent les promeneurs au bord des fossés, nos feux follets. Le petit peuple et les âmes errantes se confondent dans la même nuit du bocage, et Mélusine, la grande fée bâtisseuse du Poitou, règne quelques lieues plus loin : le même pays a donné une fée majeure et tout un menu peuple féé.

Dans la culture

Le farfadet a mieux survécu que bien des créatures du folklore : son nom sonore est resté dans la langue courante pour désigner un petit être espiègle, et les scientifiques l'ont même recyclé pour baptiser des phénomènes lumineux de la haute atmosphère. La littérature jeunesse et la fantasy l'ont adopté, de la série Artemis Fowl aux jeux de rôle, où il tient l'emploi du petit farceur magique.

Dans Crie au loup, le Farfadet est une carte fée du Poitou à coût 1 et puissance 1 : discret comme dans la légende, il ne paie pas de mine, mais c'est le coup de main du petit peuple qui fait la différence à la ferme comme à la veillée.

Ce que la légende raconte

Le farfadet répond à une question que toute ferme se posait : qui a fait l'ouvrage ? Le foin rentré, les bêtes étrillées, le travail nocturne inexpliqué trouvait un auteur, et la maisonnée un allié. Le contrat qui le lie à la maison, un bol de crème contre mille services, dessine une économie morale de la réciprocité : on ne commande pas au petit peuple, on l'honore, et malheur à qui oublie son dû ou le tourne en ridicule. On peut y lire un rappel des égards dus aux travailleurs invisibles de la maison.

La légende raconte aussi le paysage : la Marmite des Farfadets, le Four des Fradets, la vallée de l'Égray montrent un petit peuple logé dans les pierres et les cavernes, qui donne un nom et une histoire aux accidents du terrain. Les linguistes, eux, lisent dans le mot sa généalogie : fadet dérive de fada, la fée en occitan, et le farfadet apparaît comme le dernier avatar des êtres féés de l'Ouest.

Le cas Berbiguier, persuadé en 1821 d'être persécuté par les farfadets, offre enfin aux historiens une limite précieuse : il montre où finit la croyance partagée, qui organise la vie d'un village, et où commence l'obsession privée, qui isole un homme.

Le Farfadet existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Petit esprit domestique du folklore de l'Ouest, jamais observé : on lui attribuait l'ouvrage fait pendant la nuit à la ferme.

  • Les linguistes du CNRTL rattachent farfadet à fadet, dérivé de fada, la fée en occitan : un petit être féé décliné par chaque terroir de l'Ouest et du Midi.
  • Le cas Berbiguier, persuadé en 1821 d'être persécuté par les farfadets et examiné par l'aliéniste Philippe Pinel, montre que ces esprits pouvaient naître d'obsessions bien humaines.

Dans les archives

Planche tirée des Farfadets, ou Tous les démons ne sont pas de l'autre monde, de Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, 1821.
Planche tirée des Farfadets, ou Tous les démons ne sont pas de l'autre monde, de Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, 1821. Auteur inconnu (Les Farfadets, 1821), domaine public

Sur les traces de Farfadet

  • LieuMarmite des Farfadets, Chambretaud (Vendée)Roche plate où la tradition faisait cuire leur soupe aux farfadets la nuit du Mardi gras.
  • LieuFour des Fradets, Le Champ-Saint-Père (Vendée)Caverne en entonnoir qui passait pour le four où les fradets cuisaient leur pain.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un farfadet ?

C'est un petit esprit du folklore français, particulièrement présent en Vendée et dans le Poitou où on l'appelle aussi fradet ou fadet. On le décrit comme un petit homme ridé, souvent invisible, à la fois serviable (il fait les travaux de la ferme la nuit contre un peu de lait ou de crème) et farceur (il emmêle les crinières, déplace les objets).

Quelle est la différence entre un farfadet et un lutin ?

Ce sont deux noms pour des créatures très proches : de petits esprits domestiques, espiègles et serviables. Farfadet est le nom en usage dans l'Ouest et le Midi (via le provençal, dérivé de fada, la fée), tandis que lutin domine ailleurs en France. Les folkloristes les classent dans la même famille du petit peuple.

D'où vient le mot farfadet ?

Du provençal. Le mot est attesté en français en 1542 chez Rabelais et serait une forme renforcée de fadet, dérivé de fada ou fado, la fée en occitan. Un farfadet est donc littéralement un petit être féé.

Où trouve-t-on des traces des farfadets en Vendée ?

Dans les noms de lieux : la Marmite des Farfadets à Chambretaud, roche plate où ils étaient censés cuire leur soupe la nuit du Mardi gras, ou le Four des Fradets au Champ-Saint-Père, caverne où ils auraient cuit leur pain. La vallée de l'Égray, dans les Deux-Sèvres, passait aussi pour leur domaine à la fin du XIXe siècle.

Ses cousins dans le monde

  • LutinBerrySon quasi-jumeau du reste de la France : même contrat de lait et de services, sous un nom qui ne vient pas du provençal.
  • KorriganBretagnePetit peuple voisin mais plus rude : le korrigan des landes se venge plus volontiers qu'il ne rend service.
  • Feu folletMarais poitevinEn Vendée et en Poitou, le même mot fadet désigne aussi la lueur qui égare : l'esprit domestique et l'âme errante se partagent le nom.
  • BrownieÉcosseEsprit domestique écossais lui aussi payé en crème et attaché à sa ferme, mais sans les grottes ni les pierres à légendes du bocage.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Farfadet (créature)
  2. CNRTL : étymologie de farfadet
  3. Puystory : le farfadet en Vendée
  4. Wikipédia : Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym

Farfadet dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Farfadet y coûte 1 chandelle pour 1 de puissance, avec cette capacité : « +1 à une autre carte alliée d'ici. » À la révélation, le Farfadet donne +1 à une autre carte alliée de son lieu : le petit esprit domestique fait ce qu'il a toujours fait dans les fermes poitevines, un coup de main discret à ceux qui partagent son toit.

On peut la croiser sur Marais aux feux follets, lieu de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 1 : Farfadet frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Farfadet : Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Feu folletFarfadet