Veillée funèbre

Veillée funèbre, lieu légendaire du jeu Crie au loup

Tant que le corps est là, quelqu'un reste. On se relaie, on parle bas, on mange un peu. Le mort n'est pas encore parti et il ne faut surtout pas qu'il s'en aille mal — c'est de cela que la veillée s'occupe, bien plus que du chagrin.

Le lieu et ses gestes

La veillée funèbre est l'une des pratiques les mieux documentées du folklore européen, et particulièrement en Bretagne. Le défunt est exposé chez lui, veillé sans interruption jusqu'à l'inhumation, par la famille et le voisinage qui se succèdent.

Des gestes précis l'accompagnent : arrêter les horloges à l'heure du décès, voiler ou retourner les miroirs, ouvrir une fenêtre pour laisser sortir l'âme, poser une assiette de sel sur le corps. Les usages varient d'une région à l'autre, mais leur logique est constante.

Ne pas laisser le mort seul est la règle centrale, et elle explique tout le reste. Un corps sans veilleur est exposé à ce qui rôde, et une âme qui part sans témoin risque de ne pas trouver son chemin.

Un moment dangereux pour tout le monde

Le mort récent occupe une position instable : il n'appartient plus aux vivants et pas encore aux morts. Cet entre-deux est jugé dangereux — pour lui, qui pourrait revenir, et pour les vivants qu'il pourrait emmener.

Voiler les miroirs relève de cette crainte : l'âme risquerait de s'y prendre, ou l'image d'un vivant d'y être capturée. Arrêter les pendules marque de son côté que le temps du défunt s'est interrompu et que celui de la maison doit s'y accorder.

En Bretagne, cette période est peuplée de figures annonciatrices — l'Ankou au premier rang. Anatole Le Braz en a recueilli une quantité considérable dans La Légende de la mort chez les Bretons armoricains, paru en 1893.

Un lieu de veillée

C'est le lieu qui donne son nom au jeu, et il fallait bien qu'il y figure. La veillée n'est pas un décor de conte : c'est le moment précis où l'on se raconte ces histoires, autour de quelqu'un qui vient de mourir.

Dans la partie, il récompense ce qui agit au crépuscule — à la fin de chaque tour, quand la nuit tombe une fois de plus.

C'est le seul endroit du jeu où attendre rapporte davantage qu'arriver.

La règle du lieu+2 aux cartes qui agissent à la fin du tour ici. Voir toutes les règles du jeu.

Questions fréquentes

Pourquoi ne laissait-on jamais le mort seul ?

Parce qu'un corps sans veilleur est jugé exposé à ce qui rôde, et qu'une âme qui part sans témoin risque de ne pas trouver son chemin. C'est la règle centrale dont découlent tous les autres gestes.

Pourquoi voilait-on les miroirs ?

Par crainte que l'âme du défunt ne s'y prenne, ou que l'image d'un vivant n'y soit capturée. Le mort récent occupe une position instable, et cette période est tenue pour dangereuse des deux côtés.

Pourquoi arrêtait-on les pendules ?

Pour marquer que le temps du défunt s'est interrompu, et que celui de la maison doit s'y accorder. L'heure du décès reste ainsi inscrite dans la pièce jusqu'à l'enterrement.

Où trouve-t-on ces témoignages ?

Principalement dans La Légende de la mort chez les Bretons armoricains d'Anatole Le Braz, paru en 1893, qui recueille les récits oraux avec leurs variantes régionales.

Créatures de la même région (Bretagne)

Sources

  1. Wikipédia : Veillée funèbre
  2. Wikipédia : Anatole Le Braz
  3. Wikipédia : Ankou