Le Gnome

Gnome, créature du folklore (Alpes), illustration

Dans les galeries de mine des Alpes, les anciens juraient qu'on n'était jamais tout à fait seul : de petits êtres circulaient dans la roche comme un poisson dans l'eau, gardiens des filons et des trésors enfouis. Le gnome est l'esprit de la terre par excellence, une créature dont l'histoire commence, fait rare, chez un médecin de la Renaissance.

La légende

Le mineur qui descend à la lampe dans une galerie étayée de bois connaît les règles : on ne siffle pas sous terre, on ne se moque pas des bruits qu'on ne s'explique pas. Car la montagne a ses habitants. Petits vieillards à barbe, hauts de deux empans à peine, les gnomes vivent dans le sol comme nous vivons dans l'air : la roche ne leur oppose aucune résistance, ils la traversent, dit-on, comme nous traversons un banc de brume.

La tradition leur prête un emploi précis : garder les trésors que la terre renferme. Filons d'or et d'argent, veines de quartz, richesses enfouies des anciens temps, tout ce qui dort sous la montagne relève de leur juridiction. Au mineur respectueux, le gnome peut indiquer un filon d'un coup discret dans la paroi ; au cupide qui creuse sans mesure, il réserve éboulements et lampes soufflées.

Taciturne, méfiant, mais foncièrement honnête : tel est le portrait que le folklore dresse du petit homme de la terre. Il ne ment pas, ne vole pas, tient parole. C'est peut-être pour cela que, de toutes les créatures du petit peuple, le gnome est devenu synonyme de fiabilité tranquille : un travailleur discret, planté dans son sol, que rien ne déplace.

Origines et histoire

Chose singulière pour une créature de légende, le gnome a une date de naissance à peu près documentée. C'est le médecin et alchimiste suisse Paracelse qui, au XVIe siècle, emploie le mot latin gnomus dans son Livre des nymphes, des sylphes, des pygmées et des salamandres, publié après sa mort. Dans son système, chaque élément a ses habitants : les nymphes ou ondines pour l'eau, les sylphes pour l'air, les salamandres pour le feu, et les gnomes pour la terre. Il les décrit hauts de deux empans, soit une quarantaine de centimètres, peu bavards, capables de se mouvoir dans la terre solide et gardiens des trésors sous les montagnes.

Le mot passe vite en français : les dictionnaires étymologiques relèvent sa première attestation en 1583, chez le traducteur Blaise de Vigenère, au sens de « petit génie présidant à la terre et à ce qu'elle contient ». Quant à l'origine du terme, les philologues penchent pour une formation savante sur le grec, du type genomos, « habitant de la terre », plutôt que pour un lien avec la gnose. L'Oxford English Dictionary va jusqu'à parler d'une possible erreur de lecture : aucune attestation antérieure de ce mot grec n'a jamais été retrouvée.

Le personnage sort ensuite du laboratoire pour entrer dans les salons. En 1670, Montfaucon de Villars publie Le Comte de Gabalis, satire des sciences occultes qui systématise les correspondances de Paracelse et décrit les gnomes comme « des gens de petite stature, gardiens des trésors » vivant sous la terre. C'est par ce livre, beaucoup plus que par le traité latin, que le gnome entre dans la littérature européenne.

Avant Paracelse : les petits hommes des mines

Paracelse n'a pas créé la croyance, il lui a donné un nom de baptême savant. Seize ans avant son livre, en 1549, un homme qui savait de quoi il parlait publiait déjà sur le sujet : Georg Agricola, directeur de mines en Saxe et père de la minéralogie moderne, consacre son De animantibus subterraneis aux êtres qu'on disait vivre sous terre. Il y distingue deux sortes d'esprits souterrains, l'un violent et malfaisant, l'autre paisible, et décrit sous le nom de Bergmännlein, « petits hommes de la montagne », des créatures hautes de deux à trois palmes, vêtues comme des mineurs, chemise lacée et tablier de cuir, qui conduisent au bon filon ceux qui les traitent avec égards.

C'est là le vrai fonds de la croyance : des esprits souterrains gardiens de richesses, présents partout où l'on creusait la roche, des vaettir islandais aux kobolds des mines allemandes. En 1666, le compilateur Johannes Praetorius les fait encore graver dans son Anthropodemus Plutonicus, sous les noms de Bergmännerlein, Wichtelin et Unter-Irrdische. Dans les Alpes, où l'on ouvrait la montagne pour le sel, le fer et le cristal, ces petits êtres des galeries avaient toute leur place dans le quotidien des hommes.

Variantes et cousins

La parenté la plus proche du gnome se trouve dans son propre massif : le barbegazi, nain des sommets à la barbe de glace, est en quelque sorte le gnome qui aurait troqué la galerie de mine contre la poudreuse. Plus bas dans les vallées, le servan savoyard et valaisan veille sur les étables avec la même assiduité ombrageuse.

Ailleurs en Europe, chaque terroir a modelé son petit homme : le lutin des campagnes françaises et le farfadet du Poitou, plus espiègles, le korrigan des landes bretonnes, plus dangereux, ou encore le tomte scandinave, gardien de ferme au bonnet rouge qui exige son bol de bouillie à Noël. Le gnome se distingue dans cette famille par son ancrage : là où ses cousins hantent maisons et chemins, lui appartient au sous-sol, au minéral, à ce qui ne bouge pas.

Dans la culture

Au XIXe siècle, le gardien des filons connaît une reconversion inattendue : il descend au jardin. Les plus anciennes figurines connues sont des statuettes de marbre taillées par l'architecte Johann Bernhard Fischer von Erlach entre 1690 et 1695, aujourd'hui au château Mirabell de Salzbourg. En 1847, Sir Charles Isham rapporte d'Allemagne vingt et une figurines de terre cuite pour orner son domaine du Northamptonshire, et lance la mode outre-Manche. La production de masse, elle, démarre à Gräfenroda, en Thuringe, où les ateliers de Philipp Griebel et d'August Heissner tournent à partir des années 1870.

Le succès ne s'est jamais démenti : le Blanche-Neige de Disney, en 1937, relance la machine dans toute l'Europe d'après-guerre, et l'on estime aujourd'hui à plus de vingt millions le nombre de nains de jardin en Allemagne. L'expression « gnomes de Zurich », lancée dans les années 1950 pour moquer les banquiers suisses, garde pourtant la trace du vieux fond légendaire : des petits êtres discrets assis sur des trésors enterrés.

La fantasy a fait le reste. De Tolkien aux jeux de rôle, en passant par les mondes de C. S. Lewis et de J. K. Rowling, le gnome est devenu un citoyen ordinaire des univers merveilleux, tantôt bricoleur génial, tantôt créature de jardin à expulser. Une belle carrière pour un esprit élémentaire sorti d'un traité d'alchimie du XVIe siècle.

Ce que la légende raconte

On peut lire le gnome comme le code de conduite du mineur mis en personnage : on ne siffle pas sous terre, on respecte les bruits qu'on ne s'explique pas, on ne creuse pas sans mesure. Le gardien des filons récompense le respect et punit la cupidité, autrement dit il rappelle que la mine nourrit mais tue, et que la prudence y est une politesse due à la montagne.

La figure a aussi une histoire savante : chez Paracelse, le gnome incarne l'élément terre dans un système où chaque milieu a ses esprits. Les folkloristes y voient moins une invention qu'un baptême lettré, posé sur une croyance bien plus ancienne. Le fait qu'Agricola, ingénieur des mines, décrive les mêmes petits hommes dès 1549 en dit long : ce ne sont pas les alchimistes qui les ont imaginés, ce sont les hommes du fond.

Reste le trait moral que la tradition lui prête : taciturne, honnête, immuable. Devenu nain de jardin, il a troqué les éboulements contre les parterres, mais on peut y lire la même fonction qu'autrefois : un petit gardien planté sur le seuil, qui veille sur ce que la maison tient pour précieux.

Le Gnome existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Esprit élémentaire de la terre nommé par Paracelse au XVIe siècle ; figure savante et folklorique, sans aucune observation revendiquée.

  • Le mot est une création savante de Paracelse pour incarner l'élément terre dans son système des esprits élémentaires, aux côtés des ondines, des sylphes et des salamandres.
  • La croyance recycle un fond bien plus ancien d'esprits souterrains gardiens de richesses : dès 1549, le minéralogiste Georg Agricola décrit les Bergmännlein des mines de Saxe, vêtus en mineurs et guidant les hommes vers les bons filons.
  • Le personnage doit sa diffusion littéraire au Comte de Gabalis (1670) de Montfaucon de Villars, qui vulgarise la classification de Paracelse bien plus efficacement que le traité latin d'origine.

Dans les archives

Zwerg vor der Staffelei (« Gnome au chevalet »), tableau de Heinrich Schlitt (1849-1923), peintre allemand spécialiste des gnomes.
Zwerg vor der Staffelei (« Gnome au chevalet »), tableau de Heinrich Schlitt (1849-1923), peintre allemand spécialiste des gnomes. Heinrich Schlitt, domaine public
Bergmännerlein, Wichtelin et Unter-Irrdische : les petits hommes du sous-sol gravés par Thomas Cross pour l'Anthropodemus Plutonicus de Johannes Praetorius, 1666.
Bergmännerlein, Wichtelin et Unter-Irrdische : les petits hommes du sous-sol gravés par Thomas Cross pour l'Anthropodemus Plutonicus de Johannes Praetorius, 1666. Thomas Cross, domaine public

Sur les traces de Gnome

  • MuséeZwergstatt Philipp Griebel, Gräfenroda (Thuringe, Allemagne)La manufacture de nains en terre cuite installée dans le village depuis 1874 se visite, atelier et petit musée, du mardi au samedi.

Questions fréquentes

Quelle est l'origine du mot gnome ?

Le mot vient du latin moderne gnomus, employé par l'alchimiste suisse Paracelse au XVIe siècle pour nommer l'esprit élémentaire de la terre. Il remonterait à un terme grec signifiant « habitant de la terre », hypothèse que l'Oxford English Dictionary juge incertaine. Sa première attestation en français date de 1583, chez le traducteur Blaise de Vigenère.

Quelle est la différence entre un gnome et un nain ?

Le nain des mythologies germaniques est un forgeron des profondeurs, souvent de taille humaine réduite mais robuste. Le gnome, lui, est d'abord un esprit élémentaire : il incarne la terre comme la salamandre incarne le feu, traverse la roche et garde les trésors. La culture populaire a fini par mélanger les deux figures.

Pourquoi met-on des nains de jardin dans les jardins ?

La mode vient des pays germaniques : ces figurines héritent des légendes de petits êtres protecteurs de la terre et des mines. Les plus anciennes connues datent des années 1690 au château Mirabell de Salzbourg ; la production en série démarre à Gräfenroda en Thuringe dans les années 1870, et la mode gagne l'Angleterre après 1847 grâce à Sir Charles Isham.

Ses cousins dans le monde

  • BarbegaziAlpesLe nain des sommets à la barbe de glace, qui a préféré la poudreuse à la galerie de mine.
  • KoboldAllemagneEsprit des mines allemandes bien plus ombrageux, prompt à la farce mauvaise quand le gnome reste équitable.
  • TomteScandinavieGardien de ferme au bonnet rouge, attaché à la maisonnée plutôt qu'au minéral.
  • LutinFranceIl hante maisons et chemins, là où le gnome appartient au sous-sol et à ce qui ne bouge pas.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Gnome
  2. CNRTL : étymologie de « gnome »
  3. Wikipedia (EN) : Gnome (Paracelse, Agricola, Bergmännlein)
  4. Wikipédia : Élémentaire (esprit) et le système de Paracelse
  5. Wikipédia : Nain de jardin (Fischer von Erlach, Isham, Gräfenroda)
  6. Zwergstatt Gräfenroda Philipp Griebel : la manufacture de nains depuis 1874
  7. Strange Reality : les nains des Alpes

Gnome dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Gnome y coûte 1 chandelle pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Petit mais fiable. » « Petit mais fiable » : une carte à coût minimal, sans effet ni surprise, exactement comme l'esprit de la terre du folklore, taciturne, honnête et impossible à déloger de son coin de sous-sol.

On peut la croiser sur Cime des géants et Pierre des veilleurs, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 2 : Gnome frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Gnome : Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Jack-in-the-GreenGnome