Le Croque-mitaine

Croque-mitaine, créature du folklore (Franche-Comté), illustration

« Si tu ne dors pas, le croque-mitaine viendra te chercher. » Dans les villages de Franche-Comté comme partout en France, des générations d'enfants ont filé au lit sous cette menace. Le croque-mitaine n'est pas une créature comme les autres : c'est un monstre fabriqué exprès par les adultes, l'épouvantail à enfants du folklore.

La légende

Le croque-mitaine n'a pas de visage fixe, et c'est sa force. Homme au sac qui emporte les enfants désobéissants, bête tapie dans le puits, ombre derrière les volets clos : chaque famille, chaque village dessinait le sien. Une seule constante : il rôde là où les enfants ne doivent pas aller, et à l'heure où ils ne doivent plus traîner. La nuit tombée, la rivière, le puits, la ruelle obscure : le territoire du croque-mitaine épouse exactement la carte des dangers réels.

Car telle est sa fonction, parfaitement assumée : faire peur pour faire obéir. Les folkloristes parlent d'une pédagogie de la peur : on invoquait le personnage pour marquer les interdits, éloigner les petits des berges et des margelles, les faire rentrer avant la nuit ou les pousser au lit. Le monstre servait de garde-fou, au sens propre.

La Franche-Comté en a élevé de mémorables. Le Couche-Huit-Heures emportait les enfants qui n'étaient pas au lit à huit heures du soir : son nom seul valait règlement intérieur. Le Picolaton, lui, était un oiseau imaginaire au bec pointu qui piquait les mollets, les talons et le derrière des enfants traînards ; on le connaissait aussi sous les noms savoureux de pique-au-mollet, quiperlibresson ou cacalambri. Aux enfants sages, on promettait en récompense de montrer son nid merveilleux : la carotte après le bâton.

Origines et histoire

Le personnage est sans doute immémorial, mais le mot est récent : croque-mitaine apparaît par écrit au tout début du XIXe siècle, chez Collin de Plancy dans son Dictionnaire infernal en 1818, puis chez Victor Hugo vers 1820. Si « croquer » va de soi pour un dévoreur d'enfants, la « mitaine » fait débat chez les étymologistes : certains y voient l'ancien mot mite, désignant familièrement le chat (comme dans Grippeminaud), d'autres un vieux sens de « gifle, mauvais tour ». Le monstre garde donc une part de mystère jusque dans son nom.

Ce qui est sûr, c'est que le croque-mitaine est un personnage générique : un emploi, plutôt qu'une créature. Avant que le mot ne se répande, chaque région nommait déjà ses épouvanteurs : bêtes des rivières qui tirent les imprudents par les pieds, vieilles femmes des vergers qui punissent les maraudeurs, oiseaux piqueurs de mollets. Le XIXe siècle, celui des folkloristes, a collecté ces figures par dizaines au moment même où l'école et l'hygiénisme commençaient à les juger d'un autre âge.

Les psychologues et historiens de l'enfance y lisent aujourd'hui un dispositif universel : toutes les cultures ont inventé des croque-mitaines, parce que toutes ont eu besoin de tenir les enfants à distance du feu, de l'eau et de la nuit avant l'âge des explications.

Variantes et cousins

Le croque-mitaine est un poste à pourvoir dans toutes les langues : Boogeyman des pays anglophones, Butzemann allemand, El Coco espagnol dont les berceuses menacent les enfants qui ne dorment pas, Bonhomme Sept-Heures du Québec, cousin direct de notre Couche-Huit-Heures avec une heure de sommeil en moins, ou encore l'Ijiraq inuit qui enlève les enfants trop aventureux. Même fonction partout : incarner l'interdit.

Dans l'univers de Crie au loup, le croque-mitaine comtois partage sa montagne avec d'autres frayeurs locales : le dahu, autre invention destinée aux crédules mais version farce, et la vouivre, la grande serpente comtoise à l'escarboucle. Il est aussi le cousin fonctionnel de la dame blanche, dont on menaçait les voyageurs attardés : les adultes aussi ont leurs croque-mitaines.

Dans la culture

Le croque-mitaine a fait une belle carrière littéraire et artistique : au XIXe siècle, Ernest L'Épine lui consacra une Légende de Croque-Mitaine illustrée par Gustave Doré, et le personnage n'a cessé depuis de hanter contes illustrés, films fantastiques et albums jeunesse, où il finit souvent démasqué, voire attendrissant. Le Boogeyman anglo-saxon, son alter ego, est devenu une industrie du cinéma d'horreur.

Dans Crie au loup, le Croque-mitaine est une carte nocturne de Franche-Comté, coût 2, puissance 3 : pas la plus forte de la montagne, mais la plus douée pour vider les lieux, ce qui est, depuis toujours, exactement son métier.

Ce que la légende raconte

Le croque-mitaine est la créature la plus honnête du folklore : sa fonction n'est même pas cachée. Les folkloristes parlent d'une pédagogie de la peur : le monstre cartographie les dangers réels, puits, rivières, ruelles, nuit, et son territoire épouse exactement la carte de ce qui tue les enfants. Avant l'âge des explications, la peur servait de garde-fou, et le personnage incarnait l'interdit mieux qu'aucun raisonnement.

On peut aussi y lire un jeu subtil avec l'autorité : ce n'est pas le parent qui menace, c'est le monstre, et la figure redoutée détourne sur elle la colère de l'enfant. Le Picolaton comtois, avec son nid merveilleux promis aux enfants sages, montre le dispositif complet, punition et récompense. Psychologues et historiens de l'enfance soulignent son universalité : toutes les cultures ont pourvu ce poste, du Coco espagnol au Bonhomme Sept-Heures québécois.

Son déclin dit enfin quelque chose de nous : l'école et l'hygiénisme du XIXe siècle l'ont jugé d'un autre âge au moment même où les folkloristes le collectaient. On peut y lire l'instant où une société cesse d'éduquer par la peur et commence à la mettre en archive : le croque-mitaine est passé du seuil des maisons aux dictionnaires.

Le Croque-mitaine existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Personnage générique inventé par les adultes pour incarner les interdits : un emploi à pourvoir plus qu'une créature précise.

  • Les folkloristes parlent d'une pédagogie de la peur : le personnage servait à tenir les enfants à distance des dangers réels, le feu, l'eau et la nuit.
  • Psychologues et historiens de l'enfance y voient un dispositif universel : toutes les cultures ont inventé des croque-mitaines pour matérialiser les interdits.

Dans les archives

Que viene el Coco (Voici le croque-mitaine), Francisco de Goya, Caprice no 3, 1799.
Que viene el Coco (Voici le croque-mitaine), Francisco de Goya, Caprice no 3, 1799. Francisco de Goya, domaine public

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un croque-mitaine ?

Un personnage effrayant que les adultes invoquaient pour faire obéir les enfants : rester loin des puits et des rivières, rentrer avant la nuit, aller se coucher. Sans apparence fixe, il incarne l'interdit plutôt qu'un monstre précis. Le mot apparaît par écrit au début du XIXe siècle, notamment dans le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy en 1818.

Quels sont les croque-mitaines de Franche-Comté ?

Les plus connus sont le Couche-Huit-Heures, qui emportait les enfants pas encore couchés à huit heures du soir, et le Picolaton, oiseau imaginaire au bec pointu qui piquait talons et mollets des enfants traînards, aussi appelé pique-au-mollet, quiperlibresson ou cacalambri.

Pourquoi ce nom de croque-mitaine ?

« Croquer » évoque clairement la dévoration, mais l'origine de « mitaine » reste discutée : soit l'ancien mot mite, nom familier du chat, soit un vieux sens de « gifle, mauvais tour ». L'expression, popularisée au début du XIXe siècle, se serait lexicalisée pour son pouvoir expressif.

Le croque-mitaine et le Boogeyman, c'est pareil ?

Ce sont des équivalents : chaque culture a son épouvanteur d'enfants. Boogeyman anglophone, El Coco hispanique, Butzemann allemand, Bonhomme Sept-Heures québécois remplissent la même fonction que le croque-mitaine français : matérialiser les dangers et les interdits pour les plus petits.

Ses cousins dans le monde

  • Père FouettardEst de la FranceÉpouvanteur saisonnier : il ne rôde qu'avec saint Nicolas, quand le croque-mitaine menace toute l'année.
  • KrampusAlpes autrichiennesLe démon cornu punit lui aussi les enfants en décembre, mais en cortèges masqués bien vivants dans les rues.
  • OgreFrance et Europe des contesLe dévoreur des contes mange vraiment les enfants dans les récits, quand le croque-mitaine se contente de menacer.
  • Bonhomme Sept-HeuresQuébecCousin direct du Couche-Huit-Heures comtois, avec une heure de sommeil en moins.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Croque-mitaine
  2. CNRTL : étymologie de croquemitaine
  3. Wikipédia : Picolaton
  4. Wikipédia : Bonhomme sept heures

Croque-mitaine dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Croque-mitaine y coûte 2 chandelles pour 3 de puissance, avec cette capacité : « Il rôde toujours dans la maison d'à côté : effraie la carte ennemie la plus faible du lieu de GAUCHE et la chasse ailleurs. » À la révélation, le Croque-mitaine effraie la carte ennemie la plus faible du lieu VOISIN de gauche et la chasse ailleurs : c'est très exactement son emploi folklorique, un monstre qui n'est jamais là où l'on est, toujours dans la pièce d'à côté, au fond du puits ou dans la ruelle voisine.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 3 : Croque-mitaine frappe plus fort que 33 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Croque-mitaine : Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Dame BlancheCroque-mitaine