La Vouivre

Vouivre, créature du folklore (Jura), illustration

Un grand serpent ailé traverse la nuit jurassienne, une pierre flamboyante fixée au front en guise d'œil. Quand elle se baigne dans une source, la vouivre dépose ce joyau sur la berge : l'audacieux qui parviendrait à le voler serait riche à jamais. Des reculées du Jura aux monts de Bourgogne, cette gardienne de trésors est l'une des figures les plus fascinantes du folklore comtois.

La légende

La tradition la décrit presque toujours de la même manière : un corps de serpent, des ailes de chauve-souris, et au front une pierre précieuse d'un éclat aveuglant, l'escarboucle. Un journal de 1852, le Journal des villes et des campagnes, la résume en quelques mots : « serpent ailé ayant un seul œil appelé escarboucle, jetant une lumière vive ». Car dans la plupart des récits, ce joyau n'est pas un simple ornement : c'est l'œil unique de la bête, qui la guide dans les airs comme un phare.

La vouivre vit près de l'eau. Elle passe le jour cachée dans des grottes ou des gouffres, et circule la nuit de source en source, laissant derrière elle une traînée de feu. En 1887, L'Écho de la montagne signalait encore, près de Saint-Claude dans le Jura, des grottes où les anciens montraient « la place où cette vouivre se cachait pendant le jour ».

Le cœur de la légende, c'est le bain. Quand la vouivre se baigne ou vient boire, elle dépose son escarboucle sur la berge. Voler la pierre à ce moment précis, c'est s'assurer une fortune sans fin. Mais malheur à celui qui échoue : les récits racontent qu'elle enroule sa queue de serpent autour de l'imprudent et ne lui laisse aucune chance d'en réchapper vivant. La vouivre n'attaque pas sans raison ; elle punit la convoitise.

Origines et histoire

Le mot lui-même raconte une histoire. Il vient du latin vipera, la vipère, attesté en ancien français vers 1150 sous la forme wivre, devenue vuivre puis guivre, avant que la forme vouivre ne s'impose au XIXe siècle. C'est un régionalisme : le terme appartient en propre à la Lorraine, à la Bourgogne, à la Franche-Comté, au Jura et à la Suisse romande, où la tradition reste particulièrement vivace en Ajoie.

Les folkloristes du XIXe siècle ont recueilli ces récits par dizaines : Paul Sébillot dans son Folklore de France, George Sand dans ses Légendes rustiques, puis Henri Dontenville dans son Histoire et géographie mythiques de la France. Les lieux d'apparition sont précis et se visitent encore : au mont Beuvray, en Bourgogne, la tradition voulait que la vouivre sorte de terre une fois l'an, à Pâques, sous la pierre de la Vaivre, pour étaler ses trésors au soleil.

La légende a même une date. À Couches, en Saône-et-Loire, la tradition situe en 1328 les ravages d'une « Vivre », créature reptilienne qui semait la terreur dans la campagne. Le bourg en a fait sa fête : tous les vingt ans depuis 1888, Couches célèbre sa Vivre lors de grandes festivités, dont la prochaine édition, en 2028, marquera les 700 ans de la légende.

Variantes et cousins

D'une vallée à l'autre, la vouivre change de visage. En Valais, on lui prête une tête de chat sur un corps de serpent ; dans le Berry, c'est un serpent long de quarante pieds à tête humaine ; en Vendée, elle ressemble à une sirène ailée ; dans le Mâconnais, elle se confond avec la Bête Faramine. Partout demeure le même noyau : une créature liminaire, entre eau et terre, qui garde un trésor.

Dans le bestiaire de la région, elle est indissociable de son escarboucle, la pierre qu'elle porte au front et que tant d'audacieux ont tenté de dérober. Elle est aussi la cousine directe du dragon : même famille de grands reptiles gardiens, mais là où le dragon des légendes bourguignonnes incarne la dévastation, la vouivre est une souveraine ombrageuse qu'on peut espérer déposséder. Plus haut dans les alpages, le dahu joue sur un tout autre registre, celui de la farce ; et au coin du feu, le croque-mitaine rappelle que toutes les terreurs du soir ne volent pas.

Dans la culture

C'est Marcel Aymé qui a offert à la vouivre sa postérité littéraire. Son roman La Vouivre, publié en 1943, transpose la créature dans la campagne jurassienne du XXe siècle : une belle sauvageonne accompagnée de serpents, dont le rubis attise les convoitises du village. Le Journal des débats saluait dès 1944 cette confrontation entre une apparition légendaire et un village bien réel.

Aujourd'hui, la vouivre reste un emblème comtois. Le gouffre de Poudrey, à Étalans dans le Doubs, la met en scène dans son spectacle souterrain ; Couches prépare la fête de sa Vivre ; et la créature s'est glissée dans les jeux de rôle et les bestiaires fantastiques, où le nom « wyverne », cousin anglais de la guivre, désigne les dragons à deux pattes. La boucle est bouclée : la vipère devenue dragon a fini par retraverser la Manche.

Ce que la légende raconte

La vouivre est une gardienne, et c'est toute sa morale. Elle n'attaque pas les passants : elle punit ceux qui tendent la main vers son bien. On peut y lire un conte de régulation sociale, répété de veillée en veillée : la fortune visible reste hors de portée des imprudents, et la convoitise se paie de la vie. Dans des campagnes pauvres, le récit disait à la fois le rêve d'un trésor et l'interdit de le prendre.

Les folkloristes qui l'ont recueillie, Paul Sébillot, George Sand, puis Henri Dontenville, en ont fait une figure liminaire, entre eau et terre, grotte et source. On peut y lire une personnification des eaux vives du Jura : précieuses, lumineuses, et dangereuses pour qui s'y aventure. Le nom lui-même, descendu du latin vipera, rappelle qu'au départ de la merveille il y a un animal bien réel, la vipère, magnifié par des siècles de récits.

Reste sa lumière, cette traînée de feu que les veilleurs juraient avoir vue passer au-dessus des vallées. On peut y lire le besoin d'habiter la nuit : donner un nom et une intention aux lueurs inexpliquées, c'était déjà les apprivoiser.

La Vouivre existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Créature de récit jamais observée, recueillie par les folkloristes du XIXe siècle dans tout l'est de la France.

  • Le nom même descend du latin vipera, la vipère : la vouivre est un serpent bien réel magnifié par la tradition populaire.
  • Le récit du vol de l'escarboucle fonctionne comme un conte moral : la vouivre punit la convoitise, et la fortune visible reste hors de portée des imprudents.

Dans les archives

Vouivre sculptée dans les stalles de l'église Saint-Anatoile de Salins-les-Bains, dans le Jura, dessinée par le folkloriste Désiré Monnier en 1842 (troisième vignette).
Vouivre sculptée dans les stalles de l'église Saint-Anatoile de Salins-les-Bains, dans le Jura, dessinée par le folkloriste Désiré Monnier en 1842 (troisième vignette). Désiré Monnier, domaine public
Vouivre sculptée sur le portail de l'église Saint-Brice d'Aÿ.
Vouivre sculptée sur le portail de l'église Saint-Brice d'Aÿ. G.Garitan, CC BY-SA 3.0

Sur les traces de Vouivre

  • LieuGouffre de Poudrey, Étalans (Doubs)La grande salle souterraine met en scène la légende de la vouivre et de son rubis dans le spectacle de la visite.
  • Fête vivanteFête de la Vivre, Couches (Saône-et-Loire)Tous les vingt ans depuis 1888, fin août, le village célèbre sa Vivre ; prochaine édition en 2028, pour les 700 ans de la légende.
  • StatueStalles de l'église Saint-Anatoile, Salins-les-Bains (Jura)Une vouivre sculptée figure dans les stalles de l'église, relevée dès 1842 par le folkloriste Désiré Monnier.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la vouivre ?

La vouivre est une créature légendaire de Franche-Comté, du Jura et de Bourgogne : un serpent ailé ou un dragon bipède qui porte au front une pierre précieuse, l'escarboucle, souvent décrite comme son œil unique. Elle vit près des sources et des grottes et garde des trésors.

Comment voler l'escarboucle de la vouivre ?

Selon la légende, la vouivre dépose son escarboucle sur la berge quand elle se baigne ou vient boire. C'est le seul moment où le joyau peut être dérobé, ce qui assurerait la richesse au voleur. Les récits précisent que ceux qui échouent périssent, étouffés par la créature.

D'où vient le mot vouivre ?

Il descend du latin vipera, la vipère. On trouve la forme wivre vers 1150, puis vuivre et guivre au Moyen Âge ; la graphie vouivre s'impose au XIXe siècle. Le mot est propre à l'est de la France (Lorraine, Bourgogne, Franche-Comté, Jura) et à la Suisse romande.

Qui a écrit le roman La Vouivre ?

Marcel Aymé, romancier d'origine jurassienne, a publié La Vouivre en 1943. Le livre installe la créature légendaire dans un village du Jura contemporain et a largement contribué à faire connaître le mythe au grand public.

Ses cousins dans le monde

  • DragonBourgogneGrand reptile de la même lignée, mais fléau dévastateur quand la vouivre est une souveraine qui punit.
  • DracLanguedocAutre esprit des eaux, invisible et trompeur, qui enlève les innocents quand la vouivre ne châtie que les voleurs.
  • MélusinePoitouFemme-serpent elle aussi surprise au bain, mais fée fondatrice et épouse, quand la vouivre reste une bête gardienne.
  • KelpieÉcosseCheval des lochs qui attire pour noyer : lui piège ses victimes, elle défend seulement son joyau.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Vouivre
  2. RetroNews (BnF) : La fascinante légende de la Vouivre, le dragon du Jura
  3. Gouffre de Poudrey : La légende de la Vouivre
  4. Comité des fêtes de Couches : La légende de la Vivre

Vouivre dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Vouivre y coûte 3 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « Lâche son Escarboucle dans votre main. » Dans le jeu, la Vouivre lâche son Escarboucle dans votre main au moment de mourir : c'est la légende au pied de la lettre, le joyau qui n'est accessible qu'au moment où la gardienne baisse sa garde.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 5 : Vouivre frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Vouivre : Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, GaracheVouivre