Le Diable

Le Diable, créature du folklore (Auvergne), illustration

Le diable des théologiens terrifie ; celui des veillées paysannes se fait rouler. Dans les campagnes françaises, et singulièrement en Auvergne, le Malin est un personnage familier : il bâtit des ponts en une nuit, signe des contrats à la plume, marque les rochers de ses colères, et perd presque toujours à la fin. C'est la revanche des petits : face au seigneur de l'enfer, la ruse du paysan suffit.

La légende

La plus célèbre des légendes diaboliques est celle du pont. Un village a besoin de franchir un torrent ; l'ouvrage dépasse les forces humaines. Le diable se présente : il bâtira le pont en une nuit, contre l'âme du premier être qui le traversera. Le marché est conclu, le pont surgit. Au matin, les villageois y poussent un animal, chat, chien ou coq, et le diable, floué, entre dans une rage mémorable avant de disparaître.

L'Auvergne et ses marges ont leur version exemplaire. Au pied du château de Chalencon, sur la rivière Ance entre Haute-Loire et Velay, la tradition raconte que le seigneur passa ce pacte pour obtenir un pont que les crues emportaient sans cesse. Décidé à se sacrifier, il s'avança le premier ; son chien le devança sur le tablier et sauva son âme. Fou de colère, le diable jeta près du pont une énorme pierre qu'on montre encore aux promeneurs.

Car le diable des légendes laisse des traces. À Saint-André-de-Chalencon, on montrait le « Fer du Diable », empreinte de fer à cheval creusée dans la roche : le Malin, disait-on, avait tenté de franchir la Loire à cheval après une querelle, et sa monture avait basculé dans le fleuve. Partout en France, pierres levées, gorges et chaos rocheux portent son nom, mémoire minérale de ses chantiers et de ses défaites.

Origines et histoire

L'image du diable s'est fixée au Haut Moyen Âge : un être anthropomorphe velu, cornu, griffu, aux attributs de bouc. Les historiens y lisent des emprunts au dieu Pan, aux satyres et au vieux fonds des incubes. À partir du XIIe siècle, l'Église en fait un outil de pédagogie par la peur, dont l'emprise culmine aux XVIe et XVIIe siècles avant de refluer au siècle des Lumières.

Le folklore, lui, a toujours pris ses libertés avec cette figure de terreur. Dans la littérature populaire et les contes, le diable est étonnamment naïf : il se fait berner par les hommes bien plus souvent qu'il ne l'emporte. Le pacte au premier passant, l'âme jouée aux cartes, la récolte partagée entre « ce qui pousse dessus et ce qui pousse dessous » : autant de contrats que le paysan retourne à son profit.

La légende du pont du Diable est si répandue que les folkloristes en ont fait un conte-type à part entière, référencé 1191 dans la classification internationale d'Aarne et Thompson. La France compte environ 169 ponts du Diable, souvent des ouvrages médiévaux d'une hardiesse telle que l'attribution au Malin valait explication technique. Celui de Chalencon, bâti vers le XIIe siècle, est classé monument historique depuis 1913.

Variantes et cousins

Le diable ne travaille pas seul. La tradition lui prête tout un petit personnel de diablotins, démons subalternes cantonnés aux farces et aux tracasseries, dont les silhouettes grimaçantes peuplent les corniches des églises. Dans le Gévaudan voisin, la terreur bien réelle de la Bête, entre 1764 et 1767, fut d'ailleurs lue par beaucoup de contemporains comme un fléau envoyé d'en bas ou d'en haut : quand le malheur dépasse l'entendement, c'est toujours vers lui qu'on se tourne.

Son personnage de dupé magnifique le rapproche aussi des ogres et géants des contes, tout en muscles et courts en cervelle. Mais sa vraie singularité est ailleurs : le diable des veillées est un contractuel. Il ne dévore pas, il négocie ; il ne surgit pas, il propose. Face au croque-mitaine qui terrorise les enfants et aux feux follets qui égarent les voyageurs, il est le seul à demander une signature.

Dans la culture

Du pacte de Faust aux contrats retors du cinéma fantastique, le diable marchandeur est devenu un archétype universel. La littérature française s'en est régalée, des contes facétieux du Moyen Âge aux nouvelles du XIXe siècle, et la figure du Malin berné reste un ressort comique inusable : chaque région garde le récit d'un meunier, d'un berger ou d'une vieille femme qui fut plus malin que lui.

Sur le terrain, ses « œuvres » se visitent. Les ponts du Diable de France, de Chalencon aux ouvrages languedociens, sont devenus des buts de randonnée, et les guides racontent encore le pacte et l'animal sacrifié. C'est le destin savoureux du seigneur des enfers dans le folklore : avoir donné son nom à des dizaines de ponts qu'il a, dit-on, toujours bâtis pour rien.

Ce que la légende raconte

Le diable des veillées est une revanche. Face au seigneur de l'enfer, figure écrasante de la prédication, le paysan des contes gagne presque toujours : un chien poussé sur le pont, une récolte partagée entre le dessus et le dessous, et le Malin repart floué. On peut y lire un exutoire social : dans un monde où l'on ne gagnait jamais contre le seigneur, le fisc ou la mort, le récit offrait au moins une victoire, celle de la ruse des petits.

Les folkloristes ont pris cette inversion au sérieux : la légende du pont du Diable est un conte-type référencé 1191 dans la classification d'Aarne et Thompson, et se moquer du Malin berné permettait, disent-ils, d'apprivoiser la peur que l'imagerie religieuse entretenait. Les historiens ajoutent une lecture technique : attribuer au diable ces ouvrages médiévaux d'une hardiesse inexplicable, c'était répondre à une vraie question d'ingénierie avec les moyens du récit.

Le diable des campagnes est enfin un contractuel : il ne dévore pas, il négocie. On peut y lire l'obsession très paysanne du contrat et de sa lettre : celui qui lit bien les clauses, même face à l'enfer, sauve son âme.

Le Diable existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Figure de récit et de prédication jamais observée ; environ 169 ponts français portent pourtant son nom.

  • Les ponts médiévaux attribués au diable étaient d'une hardiesse telle que l'attribution au Malin valait explication technique de leur construction.
  • La légende du pont du Diable est un conte-type référencé 1191 dans la classification d'Aarne et Thompson : le folklore a inversé la figure de terreur de la théologie, et se moquer du Malin berné permettait d'apprivoiser la peur entretenue par la prédication.

Dans les archives

Portrait du diable dans le Codex Gigas, manuscrit du début du XIIIe siècle lui-même entouré d'une légende de pacte.
Portrait du diable dans le Codex Gigas, manuscrit du début du XIIIe siècle lui-même entouré d'une légende de pacte. Herman le Reclus, domaine public
Le pont du Diable de Chalencon, sur l'Ance, ouvrage médiéval classé monument historique.
Le pont du Diable de Chalencon, sur l'Ance, ouvrage médiéval classé monument historique. EddieJav, CC0

Sur les traces de Le Diable

  • LieuPont du Diable de Chalencon, sur l'Ance (Haute-Loire)Ouvrage médiéval classé monument historique depuis 1913 ; la tradition montre près du pont la pierre jetée par le diable floué.
  • LieuLe Fer du Diable, Saint-André-de-Chalencon (Haute-Loire)Empreinte de fer à cheval creusée dans la roche, souvenir, dit-on, d'une chute du Malin dans la Loire.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la légende du pont du Diable ?

C'est un récit répandu dans toute l'Europe : le diable bâtit en une nuit un pont impossible, contre l'âme du premier être qui le franchira. Les villageois le trompent en faisant passer un animal. Ce conte-type est référencé 1191 dans la classification d'Aarne et Thompson, et la France compte environ 169 ponts du Diable.

Pourquoi le diable est-il souvent trompé dans les contes ?

Le folklore populaire a inversé la figure terrifiante de la théologie : dans les contes, le diable naïf incarne la puissance brute que la ruse paysanne peut vaincre. Se moquer du Malin permettait d'apprivoiser la peur qu'il inspirait dans la prédication et l'imagerie religieuse.

Existe-t-il des ponts du Diable en Auvergne ?

Oui, la région en compte plusieurs. Le plus fameux des environs est le pont du Diable de Chalencon, sur l'Ance, ouvrage médiéval classé monument historique en 1913 : la légende locale y raconte le pacte du seigneur et le chien qui traversa le premier, sauvant l'âme de son maître.

D'où vient l'image du diable avec des cornes ?

Elle se fixe au Haut Moyen Âge dans l'iconographie chrétienne : un être velu, cornu et griffu aux traits de bouc, nourri du souvenir du dieu Pan, des satyres et des incubes. Cette image effrayante servit ensuite d'outil pastoral, avant que le folklore n'en fasse un personnage presque familier.

Ses cousins dans le monde

  • DiablotinAuvergneSon petit personnel : trop faible pour damner, juste assez malin pour pincer.
  • OgreContes de FranceAutre puissance dupée des contes, mais l'ogre dévore sans jamais rien proposer ni signer.
  • KrampusAlpes autrichiennesDiable de Noël qui punit les enfants au fouet, sans contrat ni marchandage.
  • Père FouettardEst de la FrancePunisseur domestique au service du saint, quand le diable travaille à son compte.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Diable
  2. Wikipédia : Pont du Diable (légendes et recensement)
  3. L'Auvergne vue par Papou Poustache : le pont du Diable à Chalencon
  4. Amis des Mots : légendes d'Auvergne

Le Diable dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Le Diable y coûte 6 chandelles pour 10 de puissance, avec cette capacité : « -2 à toutes les cartes ennemies d'ici. » Avec 10 de puissance et -2 infligé à toutes les cartes ennemies du lieu, Le Diable écrase la partie comme il domine les veillées : quand il arrive quelque part, contrat à la main, tout le monde perd un peu de sa superbe.

On peut la croiser sur Champ de la battue, Le Gévaudan et Pont du Diable, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 6, puissance 10 : Le Diable frappe plus fort que 94 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Le Diable : Amaterasu, Gargantua, Piasa, TatzelwurmLe Diable