Le Feu follet

Feu follet, créature du folklore (Marais poitevin), illustration

Une petite flamme bleutée danse au ras de l'eau, entre les roseaux du Marais poitevin. Elle s'éloigne quand on approche, revient quand on renonce, et le promeneur qui la suit finit dans la vasière. Le feu follet est la plus insaisissable des créatures du folklore : une lumière, rien qu'une lumière, et pourtant tout un monde de croyances.

La légende

Ceux qui l'ont vu décrivent une lueur pâle, bleutée, parfois jaunâtre ou rougeâtre, qui flotte à faible hauteur au-dessus des eaux dormantes, des tourbières et des cimetières. Elle vacille, s'éteint, se rallume un peu plus loin. Elle ne fume pas, ne brûle rien, ne laisse aucune trace. Quelques secondes le plus souvent, quelques minutes les grands soirs.

Pour les anciens, pas de doute : ces flammes étaient des âmes. Dans la tradition catholique française, on y voyait des âmes en peine réclamant des prières, souvent celles d'enfants morts sans baptême, condamnées à errer entre deux mondes. D'autres récits parlent d'âmes de pécheresses revenant sous cette forme pendant sept ans. Croiser un feu follet, c'était donc recevoir une supplique : on se signait, on promettait une messe.

Mais le feu follet a aussi sa part noire : c'est l'esprit malin qui égare. Il se poste au bord du chemin, imite la lanterne d'une maison ou d'un compagnon de route, et attire pas à pas le voyageur vers la fosse, l'étang ou le marécage. Dans les marais de l'Ouest, où l'eau et la terre se confondent la nuit, suivre la mauvaise lumière pouvait coûter la vie. Le folklore en a fait un farceur cruel : il vous mène où vous ne vouliez pas aller.

Origines et histoire

La science s'est longtemps penchée sur ces lueurs. L'explication la plus solide tient à la chimie des marais : la décomposition des matières organiques en milieu pauvre en oxygène dégage du méthane et des composés du phosphore comme la phosphine et le diphosphane, qui s'enflamment spontanément au contact de l'air. D'autres hypothèses évoquent des décharges électriques dans les sols riches en quartz, ou la bioluminescence de vers luisants et de champignons comme l'armillaire.

Cette chimie explique même la légende : le moindre mouvement d'air disperse le gaz et éteint la flamme. Quand on court vers un feu follet, on pousse de l'air devant soi, et la lueur semble fuir. La créature moqueuse qui se dérobe n'était peut-être qu'une réaction chimique susceptible aux courants d'air.

Reste que les feux follets ont presque disparu de nos campagnes : le drainage des zones humides, la régression des forêts inondées et l'évolution des pratiques funéraires ont tari leurs terrains d'apparition. Les témoignages, innombrables au XIXe siècle, sont devenus rarissimes. Le feu follet est une légende en voie d'extinction au sens propre : son habitat a disparu.

Variantes et cousins

Chaque région française avait son nom pour lui. Dans le Berry, George Sand a consigné en 1858, dans ses Légendes rustiques, la croyance aux flambettes : des « météores bleuâtres » dansant sur les eaux mortes, âmes en quête de prières pour les uns, esprits malfaisants pour les autres, capables de s'attacher à un berger jusqu'à lui rendre la vie impossible. En Vendée et en Poitou, la lueur se confond avec le petit peuple : on l'appelle fadet ou farfadet, du même mot qui désigne le lutin local.

Le feu follet a des cousins dans le monde entier : le will-o'-the-wisp des Anglais, qui a donné sa lanterne à Jack-o'-lantern et aux citrouilles d'Halloween, le kitsunebi japonais allumé par les renards, ou les lumières-trésors des pays nordiques, censées signaler l'or enfoui. Dans l'univers de Crie au loup, il voisine avec les autres esprits errants : la Dame Blanche, autre âme qui hante son bout de chemin, ou le diablotin, autre petit malin qui s'amuse aux dépens des vivants.

Dans la culture

L'expression est passée dans la langue : un feu follet, c'est une personne vive et insaisissable. La littérature s'en est emparée, de Drieu la Rochelle à la fantasy contemporaine, et le cinéma d'animation en a fait des guides lumineux, tantôt bienveillants, tantôt trompeurs. La créature n'a plus de marais, mais elle a conquis les écrans.

Dans Crie au loup, le Feu follet est un esprit nocturne du Marais poitevin à coût 1 et puissance 1 : fragile comme une flammèche, mais capable de changer le cours d'une partie en menant les vôtres là où on ne les attendait pas.

Ce que la légende raconte

Le feu follet donnait un visage à deux inquiétudes. La première concerne les morts : voir dans ces flammes des âmes en peine, souvent celles d'enfants morts sans baptême, c'était donner forme à l'angoisse du salut et garder un lien avec les défunts mal partis. La tradition qui commande de se signer et de promettre une messe fait de la rencontre un devoir : les vivants restent redevables envers leurs morts, et la lueur du marais vient le rappeler.

La seconde inquiétude est très concrète : la nuit, dans un pays où l'eau et la terre se confondent, suivre une lumière peut tuer. L'esprit malin qui égare vers la vasière dit le danger réel du marais mieux qu'aucune mise en garde ; on peut y lire une pédagogie du territoire nocturne, cousine de celle des croque-mitaines : ne te fie pas aux lumières qui ne sont pas celles de la maison.

Sa disparition, enfin, éclaire ce qu'est une légende. Le drainage des zones humides a tari les apparitions, et les témoignages se sont éteints avec elles : les croyances ont une écologie, et celle-ci est morte avec son paysage. Le feu follet est peut-être la seule créature du folklore dont on peut dater le déclin à la disparition de son habitat.

Le Feu follet existe-t-il vraiment ?

Animal réel derrière le mythe Phénomène lumineux réel mais fugace, interprété en esprit : la science l'attribue surtout aux gaz de décomposition des marais.

  • L'explication la plus solide tient à la chimie des marais : méthane, phosphine et diphosphane issus de la décomposition s'enflamment spontanément au contact de l'air.
  • D'autres hypothèses publiées évoquent des décharges électriques dans les sols riches en quartz, ou la bioluminescence de vers luisants et de champignons comme l'armillaire.
  • La flamme, très sensible aux mouvements d'air, s'éteint quand on court vers elle : de quoi nourrir la réputation d'esprit moqueur qui se dérobe.

Dans les archives

Das Irrlicht (Le Feu follet), peinture d'Arnold Böcklin, XIXe siècle.
Das Irrlicht (Le Feu follet), peinture d'Arnold Böcklin, XIXe siècle. Arnold Böcklin, domaine public

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un feu follet ?

C'est une petite lueur pâle, souvent bleutée, observée la nuit au-dessus des marais, des tourbières et des cimetières. Le folklore y voyait des âmes en peine ou des esprits farceurs égarant les voyageurs ; la science l'explique surtout par l'inflammation spontanée de gaz issus de la décomposition (méthane, phosphine) dans les zones humides.

Les feux follets existent-ils vraiment ?

Le phénomène lumineux, oui : il est documenté par des siècles de témoignages et s'explique par la chimie des marais ou par des organismes bioluminescents. En revanche, il est devenu très rare, car le drainage des zones humides a fait disparaître les conditions de son apparition. L'esprit malicieux qui égare les promeneurs relève, lui, de la légende.

Pourquoi dit-on que le feu follet fuit quand on s'approche ?

Parce que c'est probablement vrai, chimiquement : la flamme naît d'un gaz très sensible aux mouvements d'air. En marchant ou en courant vers elle, on déplace de l'air qui disperse le gaz et éteint la lueur, laquelle peut se rallumer plus loin. De quoi nourrir la réputation d'esprit moqueur qui se dérobe sans cesse.

Que sont les flambettes du Berry ?

C'est le nom berrichon des feux follets, consigné par George Sand dans ses Légendes rustiques (1858) : des lueurs bleuâtres dansant sur les eaux dormantes, que les paysans tenaient pour des âmes réclamant des prières ou pour des esprits malveillants cherchant à perdre les voyageurs.

Ses cousins dans le monde

  • Dame BlancheNormandieAutre âme qui hante son bout de chemin, mais visible en silhouette et attachée à un lieu unique, quand la flamme erre au fil des marais.
  • FarfadetPoitouLe même nom de fadet les confond dans l'Ouest, mais le farfadet est un esprit domestique en chair, pas une lueur.
  • KitsunéJaponLe kitsunebi japonais est lui aussi une flamme trompeuse dans la nuit, mais allumée par des renards malicieux, pas par des âmes en peine.
  • Will-o'-the-wispAngleterreMême lueur des marais côté anglais, dont la lanterne a fini dans les citrouilles d'Halloween via Jack-o'-lantern.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Feu follet
  2. George Sand, Légendes rustiques : Les Flambettes (Wikisource)
  3. Trust My Science : feux follets, que sont en réalité ces étranges lumières ?
  4. Wikipedia (en) : Will-o'-the-wisp

Feu follet dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Feu follet y coûte 1 chandelle pour 1 de puissance, avec cette capacité : « Déplace une autre carte alliée d'ici vers un autre lieu. » À la révélation, le Feu follet déplace une carte alliée de son lieu vers un autre : c'est exactement son emploi dans la légende, une lumière qui vous prend par la main dans la nuit du marais et vous fait arriver ailleurs que prévu.

On peut la croiser sur Marais aux feux follets, lieu de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 1 : Feu follet frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Feu follet : Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, FarfadetFeu follet