Le Diablotin

Sur les toits de pierre volcanique des églises d'Auvergne, les sculpteurs médiévaux ont perché tout un petit peuple grimaçant. Le diablotin est l'enfant terrible de cette famille : un démon de poche, trop faible pour damner qui que ce soit, juste assez malin pour pincer, harceler et faire tourner les têtes. Dans la hiérarchie de l'enfer, c'est le dernier de la classe ; dans le folklore, c'est souvent le plus attachant.
La légende
Le diablotin est un diable en réduction : petit, agité, espiègle, davantage nuisance que menace. La tradition le place tout en bas de la hiérarchie démonologique, au service des puissances qui le dépassent. Il ne signe pas de pactes et n'emporte pas d'âmes ; il pince les dormeurs, embrouille les fileuses, renverse le lait et disparaît en ricanant.
Au Moyen Âge, on lui prêtait pourtant un emploi sérieux : celui de familier. Les récits de sorcellerie décrivent des diablotins attachés au service d'un maître, contrôlés par des objets magiques comme des gemmes, et invoqués pour de menus services surnaturels. Une tradition tenace veut même que l'alchimiste Paracelse en ait gardé un à son service : légende, évidemment, mais qui dit bien la réputation de l'époque.
Curieusement, le folklore lui prête parfois bon cœur. Certains récits décrivent des diablotins solitaires, en quête de compagnie, capables de bonnes actions malgré leur nature. C'est le paradoxe de la créature : un être infernal par origine, domestique par comportement, à mi-chemin entre le démon et le lutin de la maison.
Origines et histoire
Le mot lui-même est un diminutif affectueux : diablotin, petit diable, formé sur diable. Les dictionnaires l'attestent avant 1544, sous la plume de Bonaventure des Périers. La langue en a fait ensuite un mot presque tendre : il désigne le diable à ressort qui jaillit d'une boîte, une papillote de confiserie à partir de 1751, et par affection l'enfant remuant qu'on n'arrive pas à faire tenir en place.
Ses racines folkloriques sont plus anciennes que son nom. Les petits démons domestiques et taquins abondent dans les traditions germaniques et slaves, et certains y voient un lointain héritage des figures cornues de l'Antiquité comme Pan et les satyres. Le christianisme médiéval a rangé tout ce petit monde du côté de l'enfer, sans jamais réussir à le rendre vraiment effrayant.
L'Auvergne, terre de veillées, a ses histoires de démons familiers des lieux : à Saint-André-de-Chalencon, on racontait qu'un démon visitait les païens retranchés près du « château des Sarrasins », et une roche du site porte encore l'empreinte dite du Fer du Diable. Le grand diable des légendes locales laisse volontiers la petite monnaie du surnaturel, farces et tracasseries, à ses subalternes.
Variantes et cousins
Le cousin de pierre du diablotin, c'est la gargouille. Sur les églises médiévales, à partir du XIIIe siècle, gargouilles et chimères multiplient les figures démoniaques grimaçantes ; les érudits y ont vu des « diables vaincus » exposés en trophée, ou des images chargées de vomir les vices hors de l'église et de repousser le mal. Le diablotin du jeu, suspendu à sa corniche auvergnate, descend en droite ligne de ce bestiaire sculpté.
Côté légendes, la famille est vaste. Le diablotin est le domestique du diable en personne, seigneur des pactes et maître des ponts impossibles. Il partage sa fonction de tourmenteur nocturne avec le croque-mitaine des chambres d'enfants, et son goût des mauvaises farces avec les lutins et feux follets qui égarent les voyageurs. Seule la Bête du Gévaudan, sa voisine de bestiaire, joue dans une tout autre catégorie : elle mordait pour de vrai.
Dans la culture
Le diablotin a fait une carrière étonnante dans la culture populaire moderne. Sous son nom anglais d'imp, il peuple les jeux de rôle et les jeux vidéo, de Donjons et Dragons à Doom en passant par les univers de dark fantasy : toujours petit, toujours ricanant, toujours au service d'un plus méchant que lui. La créature médiévale a trouvé dans le pixel une seconde jeunesse.
La langue française, elle, a gardé le mot du côté de la tendresse : traiter un enfant de diablotin, c'est le gronder en souriant. Entre le bonbon de Noël, le jouet à ressort et le petit monstre des jeux vidéo, le diablotin est peut-être la créature infernale la mieux apprivoisée de notre imaginaire : la preuve qu'à force de sculpter ses démons sur les toits, on finit par les trouver décoratifs.
Ce que la légende raconte
Le diablotin est ce que devient le diable quand on cesse d'en avoir vraiment peur. Réduit à la taille d'une farce, cantonné aux pincements et au lait renversé, il permettait de rire de l'enfer sans blasphémer : on ne se moque pas du Malin, mais de son petit personnel. On peut y lire une soupape des veillées, le moyen d'apprivoiser par le rire une terreur que la prédication entretenait par ailleurs.
Les érudits qui ont étudié les gargouilles et chimères des églises y ont vu des diables vaincus exposés en trophée, ou des images chargées de repousser le mal ; d'autres font remonter le petit démon aux figures cornues de l'Antiquité, Pan et les satyres, christianisées en diables mineurs. Dans les deux cas, la lecture est la même : le diablotin est un reste, la petite monnaie d'une grande peur.
La langue a fini le travail : diminutif affectueux, le mot désigne un jouet à ressort, une papillote de confiserie, un enfant remuant. On peut y lire le trajet complet d'une figure de terreur : quand le démon finit en bonbon de Noël, c'est que la peur est morte en laissant son vocabulaire.
Le Diablotin existe-t-il vraiment ?
Créature de légende Petit démon de récit jamais observé, hérité des figures cornues antiques et rangé du côté de l'enfer par le christianisme médiéval.
- Certains érudits voient dans les petits démons taquins un lointain héritage des figures cornues de l'Antiquité, comme Pan et les satyres, christianisées en diables mineurs.
- Les figures démoniaques des gargouilles et chimères, interprétées comme des diables vaincus exposés en trophée sur les églises, ont nourri l'imagerie du petit démon perché.
Dans les archives


Sur les traces de Diablotin
- LieuChimères et gargouilles de Notre-Dame de ParisLe petit peuple grimaçant des toits, dont le célèbre Stryge, se découvre en levant les yeux ou depuis les tours de la cathédrale.
- LieuLe Fer du Diable, Saint-André-de-Chalencon (Haute-Loire)Une roche du site dit du château des Sarrasins porte l'empreinte de fer à cheval attribuée à la monture du Malin.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un diablotin ?
C'est un petit démon espiègle du folklore européen, situé tout en bas de la hiérarchie infernale : plus farceur que dangereux. Le mot, diminutif de diable, est attesté en français avant 1544 et désigne aussi, par extension, un enfant remuant ou une papillote de confiserie.
Quelle différence entre un diablotin et un démon ?
La taille et le rang. Le démon des traditions savantes est une puissance infernale capable de tenter et de damner ; le diablotin est son petit personnel, cantonné aux farces, pincements et menus services. Le folklore le rapproche davantage du lutin domestique que du diable des théologiens.
Les gargouilles représentent-elles des diablotins ?
Les gargouilles sont d'abord des gouttières sculptées, mais leurs figures démoniaques ont été interprétées comme des diables vaincus exposés sur l'église, ou des images repoussant le mal. Les chimères et grotesques purement décoratifs, fréquents à partir du XIIIe siècle, ont beaucoup nourri l'imagerie du petit démon perché.
Ses cousins dans le monde
- Le DiableAuvergneLe maître : lui signe les pactes et bâtit les ponts, le diablotin se contente des farces.
- GargouilleFranceSon cousin de pierre, démon vaincu figé en gouttière sur les mêmes églises.
- LutinFranceMême goût des espiègleries domestiques, sans l'origine infernale.
- KoboldAllemagneEsprit attaché à la maison qu'il sert et tourmente tour à tour, ni ange ni démon.
Légendes voisines
Sources
Diablotin dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Diablotin y coûte 1 chandelle pour 1 de puissance, avec cette capacité : « En quête de compagnie : +2 s'il n'est pas seul de son côté. » Le Diablotin ne vaut rien tout seul et prend de l'assurance dès qu'un allié le rejoint sur son lieu : c'est le petit démon des corniches d'Auvergne, incapable de damner qui que ce soit isolé, mais toujours sculpté en bande grimaçante sur les toits.
On peut la croiser sur Champ de la battue, Le Gévaudan et Pont du Diable, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 1, puissance 1 : Diablotin frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.