Le Krampus

Chaque 5 décembre, dans les vallées du Tyrol et de toute l'aire alpine, des créatures cornues couvertes de fourrure déferlent dans les rues au son des cloches et des chaînes. C'est la nuit du Krampus, le sombre compagnon de saint Nicolas : lui récompense les enfants sages, le Krampus se charge des autres. Une tradition toujours bien vivante, entre frisson et fête de village.
La légende
Le Krampus est décrit comme une créature mi-bouc mi-démon : cornes puissantes, longue langue pointue, sabots fendus, corps couvert de poils noirs. Il porte des chaînes qu'il fait claquer, des cloches qui annoncent son passage, et un fagot de verges de bouleau pour corriger les enfants désobéissants. Sur son dos, une hotte : la tradition veut qu'il y fourre les pires garnements pour les emporter.
Son rôle est indissociable de celui de saint Nicolas, fêté le 6 décembre. Dans les villages alpins, le saint évêque passe de maison en maison distribuer fruits et friandises aux enfants sages, tandis que son sombre serviteur s'occupe du volet punitif de la visite. La veille au soir, le 5 décembre, c'est la Krampusnacht : la nuit où les démons ont le champ libre.
Ce soir-là, de jeunes hommes revêtent des masques de bois sculptés à la main, des peaux de mouton ou de chèvre, et d'énormes cloches à la ceinture. Ils dévalent les rues en troupes bruyantes, pourchassant les passants en des défilés appelés Krampusläufe. La peur fait partie du jeu : on vient en famille se faire frôler par les verges, et les enfants du pays grandissent avec ce frisson-là.
Origines et histoire
Le nom viendrait d'un vieux mot germanique, « Krampe », la griffe, tout un programme. Les chercheurs proposent des racines préchrétiennes alpines, du côté des rituels masqués de l'hiver, mais l'origine exacte de la figure reste discutée. Ce qui est mieux documenté, c'est son intégration au calendrier chrétien : le Krampus s'est fixé comme repoussoir pédagogique dans le sillage de la Saint-Nicolas.
Au Tyrol, les offices du tourisme rappellent que le personnage s'est notamment diffusé par les jeux religieux de la Contre-Réforme, où le diable enchaîné servait la leçon de morale. En Styrie, à Bad Mitterndorf, le « Nikolospiel » se joue chaque 5 décembre depuis le XIXe siècle : environ 130 participants, des masques dont le plus ancien conservé date de 1938, et des géants de paille de plus de trois mètres appelés Schab. Euronews rapporte que cette coutume est inscrite depuis 2020 au patrimoine culturel immatériel.
La tradition couvre aujourd'hui un vaste arc : Autriche, Bavière, Tyrol du Sud, Slovénie, Croatie, Hongrie, Tchéquie. Les masques, sculptés dans le bois par des artisans spécialisés, peuvent coûter jusqu'à 1 000 euros pièce, et certains groupes défendent farouchement la tradition contre les dérives spectaculaires, pyrotechnie et masques de films fantastiques en tête.
Variantes et cousins
Il ne faut pas confondre le Krampus avec les Perchten : les premiers sortent autour de la Saint-Nicolas, début décembre, les seconds hantent les Rauhnächte entre Noël et l'Épiphanie, dans le cortège de la dame Perchta. Les costumes se ressemblent, les calendriers non, et les Tyroliens tiennent à la distinction. Dans le jeu, Perchta et le Krampus forment d'ailleurs un duo alpin complémentaire, la juge d'hiver et le père fouettard cornu.
Car le Krampus appartient à la grande famille des compagnons sombres de saint Nicolas : Père Fouettard en France, Zwarte Piet aux Pays-Bas, Knecht Ruprecht en Allemagne du Nord. Plus largement, il rejoint la troupe des croque-mitaines, ces figures inventées pour faire tenir les enfants tranquilles, et les diablotins du folklore européen. Même Dame Holle, avec son chaudron de poix pour les paresseuses, joue sur ce registre de la récompense et du châtiment.
Dans la culture
Le Krampus a conquis la culture populaire mondiale. Le film d'horreur américain « Krampus » (2015) l'a installé au rayon des monstres de Noël, et il apparaît dans d'innombrables séries, bandes dessinées et jeux vidéo. Au début du XXe siècle déjà, l'Autriche s'envoyait des cartes de vœux à son effigie, mi-menace mi-plaisanterie.
Sur place, la tradition n'a jamais été aussi vivante : les Krampusläufe attirent des foules considérables, et les réseaux sociaux ont mondialisé le phénomène, une vidéo d'un groupe tyrolien ayant dépassé les neuf millions de vues. Entre folklore authentique, fierté locale et attraction touristique, le démon cornu des Alpes se porte très bien.
Ce que la légende raconte
Le Krampus est le revers disciplinaire de la Saint-Nicolas : au saint les fruits et les friandises, au démon les verges. Le couple met en scène, à hauteur d'enfant, une justice simple où chaque conduite trouve son salaire, et les chaînes, la hotte et les cloches matérialisent la menace juste assez pour marquer les esprits sans passer à l'acte. On peut y lire une pédagogie de la peur, assumée comme telle par des générations de parents alpins.
Les Krampusläufe racontent autre chose : une fête d'inversion où la jeunesse masculine des villages, masquée et costumée, a licence une nuit par an de semer un désordre encadré. Les folkloristes y reconnaissent un rite hivernal classique, où la communauté joue collectivement sa propre peur du dehors, du froid et de la nuit pour mieux la conjurer, et où le frisson partagé soude autant qu'il effraie.
Reste la question des origines : figure préchrétienne récupérée ou diable de théâtre religieux popularisé par la Contre-Réforme, le débat est ouvert. Ce qui est sûr, c'est que la tradition n'a survécu qu'en restant utile : successivement leçon de morale, fierté villageoise, et aujourd'hui spectacle identitaire que les vallées défendent contre ses propres dérives.
Le Krampus existe-t-il vraiment ?
Créature de légende Figure rituelle incarnée par des hommes masqués lors des défilés : personne n'a jamais rapporté l'observation d'une créature réelle.
- Le personnage s'est diffusé comme repoussoir pédagogique de la Saint-Nicolas, notamment via les jeux religieux de la Contre-Réforme où le diable enchaîné servait la leçon de morale.
- Des racines préchrétiennes alpines, du côté des rituels masqués de l'hiver, sont souvent avancées mais restent discutées faute de preuves.
Dans les archives



Sur les traces de Krampus
- Fête vivanteKrampusläufe de l'arc alpinChaque 5 décembre, veille de la Saint-Nicolas, des cortèges de Krampus masqués parcourent les villages du Tyrol, du pays de Salzbourg, de Bavière et des régions voisines.
- Fête vivanteNikolospiel de Bad Mitterndorf (Styrie)Jeu de la Saint-Nicolas donné chaque 5 décembre depuis le XIXe siècle, avec environ 130 participants et ses géants de paille Schab ; inscrit au patrimoine culturel immatériel depuis 2020.
Questions fréquentes
Quand a lieu la nuit du Krampus ?
La Krampusnacht se tient le 5 décembre, veille de la Saint-Nicolas. C'est ce soir-là que les défilés de Krampus, les Krampusläufe, envahissent les rues des villages alpins, en Autriche, en Bavière et dans les régions voisines.
Quelle est la différence entre Krampus et Perchten ?
Le Krampus accompagne saint Nicolas début décembre et punit les enfants désobéissants. Les Perchten, eux, sortent pendant les Rauhnächte, entre Noël et le 6 janvier, pour chasser les esprits de l'hiver. Les costumes se ressemblent, mais les dates et les rôles diffèrent.
Le Krampus est-il une tradition païenne ?
Des racines préchrétiennes alpines sont souvent avancées, mais elles restent difficiles à prouver. Ce qui est documenté, c'est la diffusion du personnage via les jeux religieux de la Contre-Réforme et son ancrage dans la fête chrétienne de saint Nicolas.
Où voir un défilé de Krampus ?
Presque partout dans l'arc alpin début décembre : le Tyrol autrichien en organise dans la plupart des vallées, Salzbourg et la Styrie aussi. Le Nikolospiel de Bad Mitterndorf, joué depuis le XIXe siècle, est l'un des plus réputés.
Ses cousins dans le monde
- Père FouettardFranceCompagnon sombre de saint Nicolas lui aussi, mais homme en haillons plutôt que démon cornu, et sans défilés masqués.
- PerchtaAlpesSes Perchten sortent après Noël, pendant les Rauhnächte, pas à la Saint-Nicolas : costumes proches, calendrier et rôle différents.
- Croque-mitaineFranceMême fonction de faire tenir les enfants tranquilles, mais sans date, sans fête et sans visage fixe.
- Dame HolleHesseElle joue aussi du couple récompense et châtiment, mais à destination des fileuses, pas des enfants.
Légendes voisines
Sources
Krampus dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Krampus y coûte 4 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « -2 à toutes les cartes ennemies d'ici. » À la révélation, le Krampus inflige -2 à toutes les cartes ennemies de son lieu : une entrée en scène à coups de verges et de chaînes, qui fait courber l'échine à tout le monde comme au soir de la Krampusnacht.
On peut la croiser sur Forêt-Noire et Observatoire du mage, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 4, puissance 5 : Krampus frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.