L'Aîné

L'Aîné, créature du folklore (Gévaudan), illustration

Pendant trois ans, le royaume envoie ses meilleurs chasseurs en Gévaudan : un capitaine de dragons, le plus fameux louvetier de France, le porte-arquebuse du roi en personne. Tous repartent bredouilles. Celui qui met fin à l'affaire, le 19 juin 1767, est un cultivateur du cru dont personne n'avait retenu le nom : Jean Chastel, de La Besseyre-Saint-Mary.

L'homme

Jean Chastel naît le 31 mars 1708 à La Besseyre-Saint-Mary, en Margeride. Les actes le disent tour à tour cultivateur, brassier — c'est-à-dire journalier, celui qui n'a que ses bras — et aubergiste. Il épouse Anne Charbonnier en 1735. Rien, dans cette vie-là, ne le destinait à entrer dans les livres d'histoire.

Il a trois fils : Pierre, né en 1739, Jean-Antoine en 1745, Jean François en 1749. C'est une famille de la Margeride comme il y en a des centaines, dans un pays de pâtures hautes, de landes et de hameaux dispersés, où l'on garde les troupeaux dès l'enfance et où l'on connaît chaque combe à dix lieues à la ronde.

Cette connaissance du terrain est probablement ce qui a manqué à tous les autres. Les chasseurs venus de Paris et de Normandie battaient un pays qu'ils découvraient ; Chastel y avait passé cinquante-neuf ans.

Le 19 juin 1767

La chasse de juin 1767 est organisée par le marquis d'Apcher, jeune noble du pays qui a réuni des paysans des environs. Le 19 juin, à la sogne d'Auvers, Jean Chastel abat l'animal. Le procès-verbal est net sur un point que la légende oubliera : il tire une balle et cinq chevrotines. Rien de plus.

Les commissaires du diocèse lui versent 72 livres. C'est une somme modeste — la prime royale promise pour la Bête avait atteint des montants sans commune mesure, mais elle n'était plus d'actualité depuis que la cour considérait l'affaire close, le loup des Chazes ayant été tué et présenté à Versailles deux ans plus tôt.

Après cette date, les attaques cessent. C'est le fait le plus solide de toute l'affaire : quel qu'ait été l'animal, celui que Chastel a tué était le bon.

La balle bénite : ce que la légende a ajouté

L'image est célèbre : Chastel aurait fondu des médailles de la Vierge pour couler ses balles, les aurait fait bénir, et aurait lu ses prières à l'orée du bois pendant que la Bête approchait. C'est la version que reprennent les romans, les films et les brochures touristiques.

Elle ne repose sur rien. Les historiens qui ont dépouillé le dossier — Félix Buffière, Guy Crouzet, Bernard Soulier — soulignent que ce récit n'apparaît que dans la tradition orale de la fin du XIXe siècle, plus de cent ans après les faits. Aucune archive du XVIIIe siècle n'en dit un mot.

C'est un cas d'école de la façon dont une légende se fabrique : l'événement réel — un paysan tue la bête là où l'armée du roi a échoué — appelait une explication à sa mesure. Le surnaturel est arrivé après coup, pour combler l'écart entre la modestie de l'homme et l'énormité de ce qu'il avait fait.

La part d'ombre

Le personnage n'est pas lisse, et les zones grises n'ont jamais été éclaircies. En août 1765, des hommes sont arrêtés après une altercation avec les chasseurs d'Antoine de Beauterne ; on a longtemps affirmé qu'il s'agissait de Chastel et de ses fils, mais rien ne le prouve formellement.

Les hypothèses n'ont pas manqué depuis : un animal dressé, un meneur de loups, un remords soudain. Aucune ne s'appuie sur des archives solides. Ce qui reste, une fois retirées les suppositions, tient en une ligne : le 19 juin 1767, cet homme a tiré, et les morts ont cessé.

Jean Chastel meurt le 6 mars 1789, à presque quatre-vingt-un ans, quelques mois avant que la France ne bascule dans une tout autre histoire.

Questions fréquentes

Qui était Jean Chastel ?

Un cultivateur, journalier et aubergiste de La Besseyre-Saint-Mary (1708-1789), qui abat la Bête du Gévaudan le 19 juin 1767 à la sogne d'Auvers, lors d'une chasse organisée par le marquis d'Apcher.

A-t-il vraiment tué la Bête avec une balle bénite ?

Non, ou du moins rien ne le prouve. Le procès-verbal mentionne une balle et cinq chevrotines. Le récit des médailles de la Vierge fondues et bénites n'apparaît que dans la tradition orale de la fin du XIXe siècle ; les historiens le tiennent pour une légende tardive.

Combien a-t-il été récompensé ?

72 livres, versées par les commissaires du diocèse. La grande prime royale n'était plus d'actualité : la cour considérait l'affaire close depuis la mort du loup des Chazes en septembre 1765.

Pourquoi lui et pas les chasseurs du roi ?

Aucune certitude, mais un facteur revient : il chassait chez lui. Duhamel, d'Enneval et Antoine de Beauterne battaient un pays qu'ils découvraient, quand Chastel connaissait chaque combe de la Margeride depuis l'enfance.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Jean Chastel
  2. Wikipédia : Bête du Gévaudan
  3. Département de la Lozère : La Bête du Gévaudan

L'Aîné dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. L'Aîné y coûte 4 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « Il abat une bête ennemie de 4 ou moins ici. » Dans « Crie au loup », L'Aîné (coût 4, puissance 4) abat une bête ennemie de 4 ou moins dans son lieu. Rien d'autre : le chasseur tire une fois, et ce qu'il vise ne se relève pas.

On peut la croiser sur Champ de la battue, Le Gévaudan et Pont du Diable, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 4, puissance 4 : L'Aîné frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec L'Aîné : Cŵn Annwn, Dip, Le Hollandais volant, Nosferatu, PenanggalanL'Aîné