Gargantua

Un géant si vaste qu'il boit les rivières et prend les collines pour des miettes tombées de son écuelle : Gargantua est le plus français des géants. Rabelais l'a rendu immortel en 1534, mais le bonhomme courait déjà les campagnes avant lui, et c'est en Touraine, au bord de la Loire, que sa légende a pris ses quartiers.
La légende
Chez Rabelais, tout commence par un cri. Le nouveau-né réclame à boire si fort que son père s'exclame « que grand tu as ! », en parlant du gosier : Gargantua est baptisé. Le nom dit tout, et il vient de loin : les mêmes racines qui ont donné gorge, gosier et gargouille. Ce géant-là est d'abord une gueule, un appétit fait homme.
Sa vie est à l'échelle : il naît par l'oreille de sa mère après onze mois de grossesse, il faut des milliers de vaches pour l'allaiter, et sa jument géante rase des forêts entières d'un coup de queue. Monté à Paris, il s'accoude aux tours de Notre-Dame et emporte les cloches pour les pendre au cou de sa monture. Un jour, il avale six pèlerins cachés dans les laitues de sa salade : ils ne doivent leur salut qu'à un coup de cure-dent.
Rabelais situe l'enfance de son géant dans son propre pays : la région de Chinon, autour de La Devinière, la métairie où l'écrivain serait né. C'est là que se déroule la guerre picrocholine, conflit épique déclenché pour une histoire de fouaces, et c'est ce coin de Touraine, vignes et tuffeau au bord de la Vienne, que les lecteurs surnomment depuis la Rabelaisie.
Origines et histoire
Contrairement à une idée reçue, Rabelais n'a pas inventé Gargantua. En 1532 paraissent à Lyon les Grandes et inestimables Chroniques du grand et énorme géant Gargantua, un petit livre anonyme et parodique qui connaît un succès de colportage. Rabelais surfe sur cette vogue : il publie d'abord Pantagruel, le fils, puis donne en 1534-1535 sa propre version du père, transformant la farce populaire en chef-d'œuvre humaniste.
Mais d'où sortait le géant des Chroniques ? Les folkloristes du XIXe siècle ont retourné la question. En 1863, Henri Gaidoz proposa d'y voir l'héritier d'un dieu celtique hypothétique, Gargan ; l'hypothèse est aujourd'hui discutée, mais l'enquête a révélé autre chose : une toponymie gargantuine foisonnante. Paul Sébillot, puis Henri Dontenville, ont recensé dans toute la France des monts, pierres et rochers attribués au géant : collines nées de la terre secouée de ses sabots, menhirs tombés de sa hotte, « palets » lancés d'une colline à l'autre.
La tradition orale prêtait ainsi au géant des exploits que Rabelais n'a jamais écrits : Gargantua buveur de rivières, mangeur de troupeaux, bâtisseur involontaire de paysages. Que ces récits soient tous antérieurs au livre ou qu'ils aient prospéré grâce à lui, le débat reste ouvert chez les spécialistes ; le résultat, lui, est incontestable : Gargantua appartient autant au folklore qu'à la littérature.
Variantes et cousins
Gargantua est le représentant français d'une famille universelle : celle des géants façonneurs de paysages et aux appétits d'abîme. L'ogre des contes, qui sent la chair fraîche, est son cousin domestique et féroce ; le troll scandinave, pétrifié au soleil, partage sa liaison intime avec les rochers ; et la tarasque provençale rappelle que chaque terroir français a nourri son monstre dévorant.
Dans le Val de Loire de Crie au loup, le géant côtoie des créatures d'une tout autre échelle : le cerf blanc qui hante les futaies d'Orléans, le loup-garou du Berry et le lutin des sous-bois. Ce contraste est fidèle au folklore : dans les veillées, on passait sans transition du petit peuple aux géants, l'imaginaire paysan aimant les deux extrémités de la toise.
Dans la culture
L'adjectif dit tout : un repas gargantuesque, c'est le géant passé dans la langue. Le roman de Rabelais, avec sa fameuse abbaye de Thélème et sa devise « fais ce que voudras », est un classique étudié depuis cinq siècles, et le géant a inspiré caricaturistes (le Gargantua de Daumier valut un procès à son auteur), illustrateurs et gastronomes.
En Touraine, on peut visiter le musée Rabelais à La Devinière, à Seuilly, à quelques kilomètres de Chinon : la maison natale de l'écrivain, devenue le seul musée qui lui soit consacré, au cœur des paysages du roman. Dans Crie au loup, Gargantua est logiquement la carte la plus massive du Val de Loire : coût 6, puissance 10, et un appétit que même vos propres créatures feraient bien de surveiller.
Ce que la légende raconte
Le géant est d'abord une explication du paysage. Les folkloristes Paul Sébillot puis Henri Dontenville ont recensé partout en France des collines nées de ses sabots, des menhirs tombés de sa hotte, des palets lancés d'une butte à l'autre : Gargantua raconte pourquoi la terre a cette forme. On peut y lire une géologie populaire, qui met un corps et des gestes là où manquaient les savants : chaque rocher isolé devient l'archive d'un exploit.
Son appétit se lit dans le même monde paysan : chez des gens que la disette guettait, le géant qui boit les rivières et engloutit les troupeaux incarne à la fois le rêve d'abondance et son excès inquiétant. Les veillées aimaient les deux bouts de la toise, du lutin au géant, et Gargantua tient le rôle du trop-plein : la faim inversée en gloutonnerie cosmique.
Les lectures savantes complètent le tableau sans le clore : Henri Gaidoz proposa en 1863 d'en faire l'héritier d'un dieu celtique Gargan, hypothèse toujours discutée ; et Rabelais, en transformant la farce de colportage en satire humaniste, a créé un cas presque unique d'aller-retour entre folklore et littérature, le livre relançant à son tour les légendes locales.
Gargantua existe-t-il vraiment ?
Créature de légende Géant de traditions populaires et de littérature : aucune réalité observée, mais une toponymie entière porte son nom.
- Henri Gaidoz proposa en 1863 de voir en Gargantua l'héritier d'un dieu celtique hypothétique, Gargan ; l'hypothèse reste discutée chez les spécialistes.
- Pour les folkloristes comme Paul Sébillot et Henri Dontenville, les récits gargantuins expliquent les paysages : collines, menhirs et palets attribués aux gestes du géant.
Dans les archives


Sur les traces de Gargantua
- MuséeMusée Rabelais, La Devinière, Seuilly (Indre-et-Loire)La métairie natale de l'écrivain, au cœur des paysages de la guerre picrocholine, est le seul musée consacré à Rabelais et à son géant.
Questions fréquentes
Qui a inventé Gargantua ?
Personne en particulier : le géant existait dans la culture populaire avant Rabelais. Un livret anonyme à succès, les Grandes chroniques, paraît à Lyon en 1532 ; Rabelais s'en inspire pour publier son propre Gargantua en 1534-1535. Les folkloristes ont ensuite recensé de nombreuses traditions orales et noms de lieux liés au géant à travers la France.
Pourquoi Gargantua s'appelle-t-il ainsi ?
Dans le roman de Rabelais, son père s'exclame à sa naissance « que grand tu as ! » (sous-entendu : le gosier), et l'on baptise l'enfant Gargantua. Le nom repose sur les racines évoquant la gorge et la gueule, que l'on retrouve dans « gargariser » ou « gargouille » : c'est le géant à l'immense gosier.
Où se passe l'histoire de Gargantua ?
Rabelais situe l'enfance du géant et la guerre picrocholine autour de La Devinière, près de Chinon en Touraine, sa propre région natale, surnommée depuis la Rabelaisie. On peut y visiter le musée Rabelais. Le folklore, lui, fait voyager le géant dans toute la France, où quantité de rochers et de collines portent son nom.
Gargantua est-il un personnage de folklore ou de littérature ?
Les deux. C'est un héros de roman, sommet de la littérature de la Renaissance, mais aussi une figure des traditions populaires : chroniques de colportage, récits oraux et toponymie « gargantuine » étudiés par des folkloristes comme Paul Sébillot et Henri Dontenville. La légende et le livre se sont nourris l'un l'autre.
Ses cousins dans le monde
- OgreFrance et Europe des contesLe cousin féroce et domestique : même appétit, mais tourné vers la chair fraîche des enfants, sans la bonhomie du géant.
- TrollScandinavieGéant lié aux rochers lui aussi, mais nocturne et pétrifié au soleil, quand Gargantua banquette en plein jour.
- TarasqueProvenceAutre monstre dévorant d'un terroir français, mais vaincu et promené en procession, quand Gargantua n'a jamais trouvé son maître.
Légendes voisines
Sources
Gargantua dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Gargantua y coûte 6 chandelles pour 10 de puissance, avec cette capacité : « Dévore votre carte la plus faible d'ici et gagne sa puissance. » À la révélation, Gargantua dévore votre carte la plus faible du lieu et gagne sa puissance : l'appétit légendaire du géant ne fait pas le tri, et quiconque se cache dans sa salade, pèlerin ou lutin, finit avalé avec le reste.
On peut la croiser sur Le Miroir d'eau et Moulin hanté, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 6, puissance 10 : Gargantua frappe plus fort que 94 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.