Le Loup-garou

Loup-garou, créature du folklore (Berry), illustration

Sur un chemin creux du Berry, sous la pleine lune, un homme tombe à quatre pattes et son ombre change de forme. Le loup-garou est la plus universelle des créatures nocturnes : l'homme qui devient loup. Mais dans les campagnes françaises, la légende a des visages bien plus étranges que celui du monstre de cinéma.

La légende

Le principe est connu de tous : un être humain, la nuit venue, se change en loup ou en créature mi-homme mi-bête, et court la campagne jusqu'à l'aube. La tradition associe la métamorphose à la nuit et, dans ses versions les plus répandues, à la pleine lune. Au matin, l'homme reprend forme humaine, parfois sans mémoire, parfois marqué au corps : une blessure infligée au loup se retrouve sur l'homme, et c'est ainsi qu'on le démasque.

Dans l'ouest de la France, le garou est moins un prédateur qu'un damné. En Normandie, le varou est une âme frappée de malédiction pour un crime resté impuni : condamné à courir chaque nuit sous une peau de bête, battu par le diable lui-même, il ne peut être délivré que si quelqu'un le blesse et fait couler une goutte de son sang. La transformation y est une peine à purger, souvent sept années durant, plus proche du purgatoire que de la chasse.

Le Berry, lui, a sa propre version de l'homme aux loups : le meneur de loups. George Sand, qui a recueilli les croyances de sa Vallée Noire dans ses Légendes rustiques en 1858, décrit de vieux bûcherons ou des gardes-chasse « savants et mystérieux » qui possèdent le secret de charmer et de conduire les loups. On racontait qu'un tel homme traversait la brande suivi de trente loups dociles, et Sand rapporte l'histoire d'un sonneur de cornemuse de Saint-Août dont la musique étrange, apprise d'une musette enchantée, faisait marcher les bêtes derrière lui.

Origines et histoire

Le mot lui-même est un fossile : garou vient du francique werwolf, qui signifiait déjà homme-loup. Dire « loup-garou », c'est donc dire deux fois loup ; la langue a redoublé le mot quand elle a cessé d'en comprendre la racine. Les formes régionales ont mieux gardé l'original : varou en Normandie, et jusqu'au rougarou de Louisiane, exporté par les colons français.

La croyance plonge dans l'Antiquité, mais elle a connu son heure la plus sombre aux XVIe et XVIIe siècles, quand la justice s'en est mêlée : des procès en lycanthropie ont envoyé au bûcher des accusés comme Gilles Garnier, jugé en Franche-Comté au XVIe siècle pour des meurtres d'enfants attribués à sa forme de loup. Derrière la légende, une réalité pesait sur les campagnes : les loups tuaient réellement. Les historiens estiment qu'entre 1580 et 1840, environ 1 600 morts ont été imputées aux loups en France, attaques de bêtes enragées comprises. La peur du loup réel a nourri le monstre imaginaire.

Au XIXe siècle, quand les grands prédateurs reculent, la figure s'adoucit : en Berry, note George Sand, le mot garou survit mais la croyance à la transformation s'efface au profit du meneur, simple maître des loups. Le monstre redevient sorcier.

Variantes et cousins

Le folklore français décline l'homme-loup à l'infini : bisclavret de la Bretagne médiévale, lubins et lupins qui rôdent près des cimetières berrichons, ganipotes et voirloups d'autres provinces. Chaque terroir a doté sa bête de règles propres : ici on devient garou pour avoir manqué la messe sept ans, là pour avoir été maudit par un prêtre.

Dans le bestiaire de Crie au loup, le loup-garou du Berry chasse sur les mêmes terres que le lutin des sous-bois et le géant Gargantua, et sous les mêmes futaies que le cerf blanc, son exact contraire : l'un est la bête qui élève, l'autre la bête qui dévore. Quant au dahu des montagnes, il rappelle qu'on peut aussi rire des bêtes introuvables ; personne n'a jamais ri d'un garou.

Dans la culture

Le loup-garou est devenu l'un des monstres les plus rentables de la culture populaire : cinéma fantastique, romans, séries et jeux vidéo ont fixé son image moderne, pleine lune, balle d'argent et morsure contagieuse comprises. La France y a ajouté sa contribution la plus conviviale : le jeu des Loups-garous de Thiercelieux, où tout un village s'accuse à la veillée, ce qui n'est pas si loin des vraies veillées berrichonnes où l'on se racontait le meneur de loups.

Dans Crie au loup, le Loup-garou est une bête nocturne du Berry, coût 3, puissance 1 : inoffensif en apparence tant qu'il fait jour, redoutable une nuit sur deux, comme il se doit.

Ce que la légende raconte

Le loup-garou pense une peur très concrète : celle du loup réel, qui tua bel et bien dans les campagnes françaises. Donner au prédateur un visage humain, c'est dire que la menace peut venir du voisin, que la nuit défait l'ordre social et que la frontière entre l'homme et la bête ne tient qu'au jour. On peut y lire la plus vieille angoisse des communautés serrées : celle du membre qui se retourne contre les siens.

La légende sert aussi de gendarme moral : on devient garou pour avoir manqué la messe, pour un crime resté impuni, et la métamorphose est une peine à purger plus qu'un pouvoir. Les procès en lycanthropie des XVIe et XVIIe siècles montrent la version tragique de ce mécanisme : les historiens y lisent la fabrique du bouc émissaire, où crimes réels, terreur du loup et sorcellerie supposée se condensent sur un accusé.

La mue finale est éclairante : quand les loups reculent au XIXe siècle, George Sand ne recueille plus dans le Berry que des meneurs de loups, hommes des marges auxquels on prête un pouvoir sur le sauvage. Le monstre suit la démographie du prédateur : moins de loups, moins de garous, et la légende s'adoucit en sorcellerie de veillée.

Le Loup-garou existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Aucune métamorphose n'a jamais été observée ; les procès en lycanthropie condamnaient des hommes bien réels.

  • La peur du loup réel a nourri le monstre : entre 1580 et 1840, environ 1 600 morts ont été imputées aux loups en France, attaques de bêtes enragées comprises.
  • Les procès en lycanthropie des XVIe et XVIIe siècles, comme celui de Gilles Garnier en Franche-Comté, mêlaient crimes réels, sorcellerie supposée et terreur du loup.
  • Au XIXe siècle, la croyance s'adoucit en légende de meneurs de loups : plus de métamorphose, mais des hommes réputés commander aux bêtes.

Dans les archives

Le Loup-garou (ou Le Cannibale), gravure sur bois de Lucas Cranach l'Ancien, vers 1512.
Le Loup-garou (ou Le Cannibale), gravure sur bois de Lucas Cranach l'Ancien, vers 1512. Lucas Cranach l'Ancien, CC0 (The Metropolitan Museum of Art)
L'exécution de Peter Stumpp, accusé d'être le loup-garou de Bedburg, gravure de Lucas Mayer, Nuremberg, 1589.
L'exécution de Peter Stumpp, accusé d'être le loup-garou de Bedburg, gravure de Lucas Mayer, Nuremberg, 1589. Lucas Mayer, domaine public

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un loup-garou exactement ?

C'est un être humain qui se transforme en loup, ou en créature mi-homme mi-loup, généralement la nuit et, dans les versions les plus connues, à la pleine lune. Le mot vient du francique werwolf (homme-loup) : garou signifiait déjà loup-garou à lui seul. Le folklore français en connaît de nombreuses variantes : varou normand, bisclavret breton, lubins du Berry.

Qui sont les meneurs de loups du Berry ?

Des hommes qui, selon la croyance berrichonne recueillie par George Sand dans ses Légendes rustiques (1858), possédaient le secret de charmer et de conduire les loups : vieux bûcherons, gardes-chasse ou sonneurs dont la musique faisait suivre les bêtes. C'est la forme locale et tardive de la légende du loup-garou, où l'homme ne se transforme plus mais commande aux loups.

Y a-t-il eu de vrais procès de loups-garous en France ?

Oui : aux XVIe et XVIIe siècles, la justice a condamné des accusés de lycanthropie, comme Gilles Garnier, exécuté en Franche-Comté au XVIe siècle. Ces procès mêlaient crimes réels, sorcellerie supposée et terreur du loup : entre 1580 et 1840, environ 1 600 morts ont été attribuées aux loups en France.

Comment se protégeait-on du loup-garou ?

Les traditions divergent : reconnaître l'homme sous la bête (une blessure faite au loup se retrouve sur l'homme), porter des objets bénits, ou délivrer le garou en le blessant. En Normandie, faire couler une goutte de sang entre les yeux du varou suffisait à rompre la malédiction. La balle d'argent, elle, appartient surtout au folklore moderne et au cinéma.

Ses cousins dans le monde

  • Bête du GévaudanGévaudanBête bien réelle celle-là : des attaques documentées au XVIIIe siècle que la rumeur habilla en monstre, quand le garou reste une métamorphose imaginaire.
  • Grand méchant loupContes européensLe loup des contes n'est pas un homme : il incarne le prédateur pur, sans la culpabilité du damné qui reprend forme humaine au matin.
  • WendigoAmérique du NordHomme changé en monstre lui aussi, mais par la famine et l'hiver des traditions algonquiennes, pas par la lune ni la malédiction.
  • StrigoïRoumanieAutre humain qui échappe à sa condition la nuit, mais mort sorti de la tombe plutôt que vivant changé en bête.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Loup-garou
  2. George Sand, Légendes rustiques : Le Meneu' de Loups (Wikisource)
  3. Pays de Vire Tourisme : légendes normandes, le Varou
  4. Wikipédia : Bisclavret

Loup-garou dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Loup-garou y coûte 3 chandelles pour 1 de puissance, avec cette capacité : « La nuit : 3, 4 ou 5 selon la lune. À la pleine lune, sa puissance est multipliée par 3. » Le Loup-garou gagne +2 dès que la lune se lève, un point de plus à chaque quartier jusqu'aux trois quarts, et sa puissance est multipliée par trois à la pleine lune. Le jour, il redevient l'homme sans histoire des chemins creux du Berry : ce n'est pas la nuit seule qui le fait basculer, c'est l'état du ciel au-dessus du bocage.

On peut la croiser sur Le Miroir d'eau et Moulin hanté, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 1 : Loup-garou frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Loup-garou : Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du pèreLoup-garou