Le Paysan

Le Paysan, créature du folklore (Berry), illustration

Dans presque toutes les légendes de campagne, il y a un homme qui rentre tard. Il traverse un champ à la nuit tombante, il entend un bruit derrière une haie, il voit quelque chose qu'il ne saura pas nommer, et il court. Il n'a ni pouvoir, ni arme, ni formule : sa seule ressource est de partir à temps. Le paysan du Berry n'est pas une créature du folklore, il en est le témoin, et c'est par sa bouche que tout le reste nous est parvenu.

La légende

Le personnage est toujours le même et son rôle ne varie pas. Il revient des champs, il rentre du bourg, il coupe par le chemin creux parce qu'il est plus court. La rencontre a lieu au crépuscule ou après, dans ce moment où l'on distingue encore les formes sans pouvoir les identifier. Ce qu'il croise n'est jamais décrit longuement : une lueur qui suit, une lavandière qui bat son linge trop tard, une bête grande comme un veau.

Sa réaction est le cœur du récit. Il ne combat pas, il ne discute pas, il s'en va. Les histoires de veillée ne récompensent jamais le courage face au surnaturel : celui qui reste pour voir de plus près finit mal, celui qui s'écarte et rentre chez lui vit assez longtemps pour raconter. La prudence est la morale, et la fuite en est le geste.

C'est aussi ce qui rend ces récits crédibles pour ceux qui les écoutent. Le témoin ne prétend pas avoir vaincu quoi que ce soit, seulement avoir vu. Il donne un lieu précis, souvent nommé, parfois une heure. Et comme la campagne est pleine de chemins creux et de mares, chacun autour du feu peut situer la scène et frissonner à sa place.

Ce statut de témoin ordinaire lui donne une autorité que n'ont pas les héros. Un paysan qui a peur, cela ne s'invente pas : c'est exactement ce qu'aurait fait celui qui l'écoute.

Origines et histoire

Le Berry est l'une des régions de France dont les croyances sont les mieux documentées, et on le doit largement à George Sand. Elle a grandi à Nohant au milieu de ces récits, entendus lors des veillées d'hiver et des séances de brayage du chanvre, où les chanvreurs, les grand-mères et les sacristains racontaient pendant que les mains travaillaient. Ces soirées lui ont laissé des peurs précises, notamment celle de la « grand'bête », la bête fantôme des campagnes.

Elle publie en 1858, chez A. Morel, les « Légendes rustiques » : douze légendes du Berry, illustrées par les gravures de son fils Maurice Sand, qui avait collecté une partie de la matière dans les campagnes. Une édition posthume paraît en 1877. Elle avait déjà abordé le sujet dans un article de 1851, « Les Visions de la nuit dans les campagnes ».

Ce recueil vaut mieux qu'un livre de contes, et c'est le chercheur Daniel Bernard qui l'a le mieux montré dans son étude « Le regard ethnographique de George Sand » (Presses universitaires de Rennes) : Sand pratiquait une enquête de terrain avant l'heure, par observation directe et par entretiens, en participant aux fêtes du pays. C'est dans la préface de ces « Légendes rustiques » qu'elle forge l'expression « littérature orale », en insistant sur un point que les folkloristes retiendront après elle : chaque version diffère des autres, et cette variation n'est pas un défaut, c'est la nature même de la tradition orale.

Son projet littéraire tout entier porte la trace de ces soirées : elle voulait d'abord réunir ses romans champêtres sous le titre « Veillées du chanvreur », et « Les Maîtres Sonneurs » est raconté au fil de trente-deux veillées de brayage. Ce qu'elle a fixé sur le papier, c'est la parole d'un monde rural qu'elle voyait disparaître sous l'industrialisation.

Variantes et cousins

Le témoin n'appartient à aucune région en particulier : c'est le personnage commun de tout le folklore européen. Sous d'autres cieux il devient berger, pêcheur, bûcheron, colporteur, mais sa fonction reste identique. Il est celui qui se déplace seul, à la mauvaise heure, dans un espace que les créatures considèrent comme le leur.

Dans le Berry même, il croise le Lutin qui s'occupe des chevaux la nuit, le Loup-garou dont on prétend savoir qui il est le jour, ou le Cerf blanc qui traverse le chemin sans bruit. Ces trois-là ont un statut différent du sien : eux appartiennent à la nuit, lui la traverse en intrus.

Il faut enfin le distinguer du Conteur, avec qui on le confond parfois. Le paysan a vu, le conteur répète. C'est la même chaîne, mais deux maillons différents : sans le premier il n'y a rien à raconter, sans le second personne ne l'apprend.

Dans la culture

Les « Légendes rustiques » n'ont jamais cessé d'être rééditées et restent la porte d'entrée du folklore berrichon. Le texte est aujourd'hui librement accessible en ligne, gravures comprises, ce qui en fait l'un des recueils régionaux les plus consultés.

Le pays de George Sand vit largement de cet héritage : la maison de Nohant, les chemins balisés autour des lieux de ses romans, les fêtes qui rejouent les veillées. Le tourisme littéraire a pris le relais de la transmission orale, avec les mêmes histoires.

Plus largement, le paysan-témoin est le personnage qui a rendu possible la discipline du folklore. Les grandes collectes du XIXe siècle, en France comme ailleurs, consistent d'abord à écouter des gens ordinaires raconter ce qu'ils tiennent de leurs anciens. Ce que nous appelons aujourd'hui patrimoine immatériel est né de ces conversations près du feu.

Le Paysan existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Le paysan-témoin n'est pas une créature mais le personnage par lequel les légendes ont été transmises. Ce sont ses récits, recueillis au XIXe siècle, qui constituent la matière documentaire du folklore rural.

  • La fuite systématique du témoin est la morale du récit : ces histoires enseignaient la prudence à ceux qui devaient rentrer de nuit par les mêmes chemins.
  • George Sand insiste dans sa préface sur le fait que chaque version diffère : la variation n'est pas une altération du récit, c'est le mode d'existence normal de la tradition orale.

Sur les traces de Le Paysan

  • MuséeMaison de George Sand, Nohant-Vic (Indre)La demeure où l'écrivaine a grandi et entendu les récits de veillée qui ont nourri les Légendes rustiques. Elle se visite.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une veillée de chanvreur ?

Une soirée d'hiver où les paysans du Berry se réunissaient pour brayer le chanvre, c'est-à-dire en briser les tiges. Le travail occupait les mains mais pas la parole : on y racontait des légendes pendant des heures. George Sand y a entendu, enfant, la matière de ses récits, au point de vouloir intituler ses romans champêtres « Veillées du chanvreur ».

Qu'est-ce que les Légendes rustiques de George Sand ?

Un recueil de douze légendes du Berry publié en 1858, illustré de gravures de son fils Maurice Sand, qui avait participé à la collecte. George Sand y voulait fixer par écrit une tradition orale menacée par l'industrialisation. C'est dans sa préface qu'elle emploie l'expression « littérature orale ».

Pourquoi le paysan fuit-il toujours dans ces histoires ?

Parce que la morale de ces récits est la prudence, pas la bravoure. Celui qui s'approche pour mieux voir finit mal, celui qui s'écarte rentre chez lui et peut raconter. La fuite n'est pas une faiblesse du personnage : c'est la leçon que la veillée transmet à ceux qui rentreront tard à leur tour.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Légendes rustiques (George Sand, 1858)
  2. Project Gutenberg : George Sand, « Légendes rustiques » (texte intégral)
  3. Daniel Bernard, « Le regard ethnographique de George Sand », Presses universitaires de Rennes

Le Paysan dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Le Paysan y coûte 1 chandelle pour 2 de puissance, avec cette capacité : « S'il y a un ennemi ici, il s'enfuit vers un autre lieu. » Dans « Crie au loup », Le Paysan (coût 1, puissance 2) s'enfuit à la fin du tour dès qu'un ennemi partage son lieu. Il n'a aucune capacité offensive et c'est volontaire : le témoin des légendes ne se bat jamais, il part à temps. Une carte qu'on ne garde pas où on la pose.

On peut la croiser sur Le Miroir d'eau et Moulin hanté, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 2 : Le Paysan frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Le Paysan : Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, GnomeLe Paysan