Le Troll

Dans les gorges de Norvège, on montre encore du doigt des rochers aux silhouettes étranges : des trolls, dit-on, surpris par l'aube. Car ce géant des montagnes ne vit que la nuit. Qu'un rayon de soleil le touche, et il se fige en pierre pour toujours. C'est l'une des figures les plus anciennes et les plus vivaces du folklore scandinave.
La légende
Le troll des récits norvégiens est une force de la nature : un être énorme, au long nez crochu, souvent affublé de quatre doigts et quatre orteils, d'une queue touffue, parfois de plusieurs têtes ou d'un œil unique. La tradition le dit d'une force colossale et d'une intelligence limitée : dans les contes, le héros s'en sort rarement par les armes, presque toujours par la ruse.
Il vit à l'écart des hommes, dans les grottes, les éboulis, les forêts profondes et les montagnes. Habile de ses mains malgré sa balourdise, on le disait capable de façonner des objets de pierre et de métal. Mais sa grande affaire, c'est la lumière : le troll craint le soleil par-dessus tout. Exposé aux premiers rayons de l'aube, il se transforme en pierre, quand il n'éclate pas purement et simplement.
De là vient l'une des plus belles inventions du folklore norvégien : les paysages eux-mêmes seraient des cimetières de trolls. Au centre de la Norvège, les pitons rocheux de Trold-Tindterne, « les pics des trolls », passeraient pour deux armées entières pétrifiées en pleine bataille, surprises par le lever du jour.
Origines et histoire
Le mot vient du vieux norrois « trǫll », qu'on rapproche du verbe « trylla », ensorceler, rendre furieux. Au Moyen Âge, le terme est un fourre-tout : il désigne aussi bien des géants que des sorcières, des esprits malfaisants, des démons ou des guerriers berserkir. Dans la mythologie nordique ancienne, les trolls se confondent largement avec les jötnar, les géants qui incarnent les forces brutes de la nature. Le mot est entré dans la langue française au début du XVIIe siècle.
La christianisation de la Scandinavie, entre le Xe et le XIIIe siècle, change le personnage. De peuple mythologique vivant en société dans ses montagnes, le troll devient une créature solitaire et bestiale, ennemie des hommes et, disent les récits, du son des cloches d'église. Les folkloristes notent des nuances régionales : en Norvège, le troll est surtout un géant de conte, adversaire du héros ; en Suède et au Danemark, on y a longtemps cru comme à un voisin surnaturel bien réel, soupçonné d'enlever des enfants pour les remplacer par les siens, les changelins.
Au XIXe siècle, les illustrateurs Theodor Kittelsen et John Bauer fixent l'image moderne : de grands êtres hirsutes au nez énorme, vêtus de haillons, émergeant des forêts brumeuses. Toute l'imagerie actuelle des trolls descend de leurs dessins.
Variantes et cousins
Dans la famille des colosses, le troll voisine avec l'ogre des contes français, mangeur d'hommes comme lui, et avec le yéti des montagnes himalayennes, autre géant velu des sommets. Sur les côtes norvégiennes, son pendant marin est le kraken, monstre des profondeurs qui appartient au même imaginaire scandinave.
Le folklore nordique lui oppose d'ailleurs un parfait contraire : le tomte suédois et le nisse danois et norvégien, minuscules esprits domestiques qui protègent la ferme quand le troll, lui, hante les solitudes. Entre le géant des montagnes et le lutin de l'étable, c'est toute la carte du merveilleux scandinave qui se dessine.
Dans la culture
En Norvège, le troll est partout : dans la toponymie d'abord, avec la falaise de Trolltunga, « la langue du troll », perchée à 1 180 mètres, ou la route vertigineuse de Trollstigen, « l'échelle du troll ». Ces sites comptent aujourd'hui parmi les plus visités du pays, et le troll est devenu un emblème touristique national, décliné en figurines dans toutes les boutiques de souvenirs.
Un vieux conte danois résume bien le personnage : un troll accepte de bâtir une église, contre l'âme du commanditaire s'il ne devine pas son nom ; le nom est surpris dans une berceuse chantée par la femme du troll, et le géant est joué. Des sagas médiévales aux films et jeux vidéo contemporains, en passant par les aquarelles de Kittelsen, le troll n'a jamais quitté la scène : il incarne, aujourd'hui encore, l'attachement des Norvégiens à leurs montagnes et à leurs vieilles histoires.
Ce que la légende raconte
Le troll donne un corps à tout ce qui, au-delà des champs, ne se laisse pas apprivoiser : la montagne, la nuit, la forêt profonde. Sa pétrification au soleil peut se lire comme la victoire rituelle du jour sur les puissances de l'ombre : chaque aube remet le monde sauvage à sa place, et le paysage garde les trophées de cette bataille sous forme de rochers aux silhouettes étranges.
Les folkloristes y voient aussi une histoire religieuse. Héritier des jötnar, les géants du paganisme nordique, le troll a été rétrogradé par la christianisation en brute solitaire qui fuit le son des cloches : le vieux monde païen, repoussé dans les montagnes, y survit en croquemitaine. Et la croyance suédoise et danoise aux enfants échangés, les changelins, suggère que cette peur pouvait aussi mettre des mots sur l'inexplicable au berceau.
Reste la morale des contes, étonnamment constante : face au colosse stupide, le héros gagne par la ruse. Le troll enseigne que la force brute n'est pas une fatalité, et qu'un nom surpris dans une berceuse peut abattre ce qu'aucune épée n'entame.
Le Troll existe-t-il vraiment ?
Créature de légende Créature de conte jamais observée ; les « trolls pétrifiés » montrés en Norvège sont des formations rocheuses naturelles.
- La pétrification au soleil sert d'explication populaire aux rochers aux silhouettes étranges, comme les pics de Trold-Tindterne présentés comme des armées de trolls figées par l'aube.
- Les folkloristes rattachent le troll aux jötnar, les géants de la mythologie nordique, que la christianisation de la Scandinavie a transformés en créatures solitaires et bestiales.
Dans les archives


Sur les traces de Troll
- LieuTrolltunga, « la langue du troll »Falaise en surplomb perchée à 1 180 mètres d'altitude, l'un des sites naturels les plus visités de Norvège.
- LieuTrollstigen, « l'échelle du troll »Route de montagne vertigineuse en lacets, ouverte à la belle saison, devenue un emblème touristique norvégien.
- LieuTrold-Tindterne, « les pics des trolls »Pitons rocheux du centre de la Norvège que la tradition présente comme deux armées de trolls pétrifiées par le lever du jour.
Questions fréquentes
Pourquoi les trolls se transforment-ils en pierre au soleil ?
C'est le grand tabou du troll dans le folklore scandinave : créature de la nuit, il ne supporte pas la lumière du jour. Surpris par l'aube, il se fige en pierre, voire éclate. La légende explique ainsi les formations rocheuses aux silhouettes étranges de Norvège, comme les pics de Trold-Tindterne, présentés comme des armées de trolls pétrifiées.
Où voir des « trolls » en Norvège ?
Les sites les plus célèbres sont Trolltunga, « la langue du troll », falaise en surplomb à 1 180 mètres d'altitude, la route de montagne Trollstigen et les pics de Trold-Tindterne. La tradition y voit des trolls ou des morceaux de trolls changés en pierre par le soleil.
Quelle est la différence entre un troll et un ogre ?
L'ogre des contes français est un mangeur d'hommes d'apparence humaine, souvent riche et bien logé. Le troll scandinave est plus proche de la nature sauvage : géant difforme des montagnes et des forêts, pétrifié par le soleil, il descend des jötnar de la mythologie nordique. Les deux partagent la force brute, l'appétit et une intelligence limitée que le héros exploite.
Ses cousins dans le monde
- OgreFranceMangeur d'hommes d'apparence humaine, souvent riche et bien logé, quand le troll est un géant difforme des solitudes.
- YétiHimalayaAutre géant velu des montagnes, mais discret et fuyant, sans la pétrification au soleil ni le rôle d'adversaire de conte.
- GrendelDanemarkMonstre solitaire du poème Beowulf, proche parent littéraire, mais il hante les marais d'un seul récit épique au lieu de peupler tout un folklore.
- KrakenNorvègeLe colosse de l'imaginaire scandinave côté mer : il engloutit les navires quand le troll règne sur les montagnes.
Légendes voisines
Sources
Troll dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Troll y coûte 3 chandelles pour 7 de puissance, avec cette capacité : « Le soleil le pétrifie : jouable uniquement la nuit (tours pairs). » Avec ses 7 de puissance jouables uniquement la nuit (tours pairs), la carte traduit littéralement la légende : le Troll est un colosse, mais le soleil le pétrifie.
La carte parmi les 252
Coût 3, puissance 7 : Troll frappe plus fort que 78 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.