La Tarasque

Tarasque, créature du folklore (Tarascon), illustration

Peu de monstres peuvent se vanter d'avoir donné leur nom à une ville. La tarasque, créature amphibie qui écumait le Rhône en Provence, dévorait les passants et coulait les barques jusqu'à ce qu'une sainte venue de Palestine la mène en laisse dans les rues de Tarascon. De cette défaite est née l'une des plus vieilles fêtes de France, aujourd'hui reconnue par l'UNESCO.

La légende

La bête défie la zoologie. Les descriptions traditionnelles lui donnent une tête de lion, six pattes d'ours, un poitrail de bœuf, une carapace de tortue hérissée de dards et une queue de serpent terminée en dard de scorpion. Tapie dans les marécages des bords du Rhône, entre Arles et Avignon, elle noyait les bateliers, dévorait les passants et empoisonnait l'air de son haleine.

Arrive alors sainte Marthe. Selon la tradition provençale, la sœur de Marie-Madeleine et de Lazare aborde en Provence au premier siècle et trouve le pays terrorisé. Là où les hommes d'armes ont échoué, elle s'avance sans autre arme que l'eau bénite et le signe de croix. Le monstre se fait doux comme un agneau ; la sainte le mène en ville, où la foule, encore folle de peur et de colère, abat la bête désormais docile.

La légende a une morale à double fond, que les conteurs provençaux aiment souligner : la tarasque meurt apprivoisée, non vaincue. La ville prend son nom, Tarascon, et gardera pour elle une tendresse paradoxale : le monstre qu'on a tué devient l'emblème qu'on promène, et sa fête est une réconciliation autant qu'une commémoration.

Origines et histoire

Le récit s'est fixé au Moyen Âge : c'est la Légende dorée de Jacques de Voragine, compilée vers 1260, qui donne à l'épisode sa forme classique et le diffuse dans toute la chrétienté. Mais le monstre est bien plus vieux que sa sainte. La « tarasque de Noves », statue de pierre découverte en 1849 près d'Avignon, montre un fauve dévoreur d'hommes sculpté dès le premier siècle avant notre ère : le pays avait son ogre bien avant le christianisme.

Les historiens lisent dans la tarasque une personnification des dangers du Rhône, ses crues, ses noyades, ses bancs traîtres. Dompter le monstre, c'était conjurer le fleuve. Des sculptures romanes du XIIe siècle, à l'abbaye de Montmajour et à Saint-Trophime d'Arles, montrent déjà la bête à l'œuvre, preuve que la légende était solidement installée bien avant les fêtes.

Le tournant, c'est le roi René. Le 14 avril 1474, le comte de Provence institue les jeux et courses de la Tarasque et fonde un ordre des chevaliers de la Tarasque pour en garantir la pérennité. Cinq siècles et demi plus tard, le contrat est tenu : les fêtes de la Tarasque animent toujours Tarascon chaque année autour du dernier week-end de juin, et une imposante effigie, portée par les Tarascaïres, parcourt la ville depuis 1946.

Variantes et cousins

La tarasque a un frère ennemi juste en face : le drac de Beaucaire, monstre invisible de la rive languedocienne du Rhône. Les deux créatures se partagent le même fleuve et la même fonction, incarner ses dangers, mais avec des styles opposés : la tarasque est une masse qu'on affronte, le drac un piège qu'on ne voit pas venir.

Elle appartient plus largement à la famille des grands reptiles dévoreurs du folklore français, aux côtés du dragon des légendes bourguignonnes et de la vouivre des sources jurassiennes. Son histoire suit le schéma classique des saints sauroctones, ces saints tueurs ou dompteurs de dragons ; sa singularité est d'avoir été vaincue par une femme, sans épée, et pleurée par sa propre ville. Même le dahu des montagnes, roi des farces, n'a pas obtenu pareil honneur : une fête séculaire à son nom.

Dans la culture

La tarasque est devenue un monument du patrimoine vivant. En 2005, l'UNESCO a proclamé les fêtes de la Tarasque patrimoine culturel immatériel au titre des géants et dragons processionnels de Belgique et de France, et la fiche d'inventaire du ministère de la Culture documente cette tradition parmi les plus anciennes fêtes de ce type. La sainte, elle, est toujours fêtée à Tarascon, où la collégiale royale Sainte-Marthe abrite sa mémoire.

Le monstre a aussi une postérité inattendue du côté des sciences : un dinosaure carnivore découvert dans le sud de la France en 1991 a été baptisé Tarascosaurus, hommage des paléontologues au dévoreur provençal. Entre effigie processionnelle, mascotte municipale et fossile, la tarasque prouve qu'en Provence, on ne se débarrasse jamais vraiment de son dragon : on l'adopte.

Ce que la légende raconte

Les historiens sont ici formels : la tarasque personnifie les dangers du Rhône, ses crues, ses noyades, ses bancs traîtres, et dompter le monstre, c'était conjurer le fleuve. On peut y lire la fonction première du dragon local : donner un corps, une tanière et un nom à une menace diffuse contre laquelle les bras ne pouvaient rien.

Le récit chrétien y ajoute son schéma classique, celui des saints sauroctones : la bête vaincue met en image la victoire de la foi sur le paganisme. Mais la version provençale a sa singularité, que les conteurs aiment souligner : la tarasque cède à une femme sans arme, et meurt apprivoisée, non vaincue. On peut y lire un éloge de la douceur rare dans les histoires de dragons, et peut-être le regret qui va avec, celui d'une foule qui tue une bête devenue docile.

La fête retourne ce regret en rite. Depuis le roi René, Tarascon promène l'effigie du monstre qu'elle a abattu, et les conteurs provençaux y voient une réconciliation autant qu'une commémoration. Adopter sa peur, en faire son emblème et jusqu'à son nom : peu de villes ont poussé aussi loin l'art d'apprivoiser leur monstre.

La Tarasque existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Créature de récit hagiographique jamais observée ; elle personnifie les dangers bien réels du Rhône, crues et noyades.

  • Les historiens lisent dans la tarasque une personnification des dangers du Rhône, crues, noyades et bancs traîtres : dompter le monstre, c'était conjurer le fleuve.
  • Le monstre est antérieur au christianisme : la tarasque de Noves, fauve dévoreur d'hommes sculpté au Ier siècle avant notre ère, montre que le pays avait déjà son ogre.
  • Le récit suit le schéma des saints sauroctones : terrasser ou dompter la bête mettait en image la victoire du christianisme sur le paganisme.

Dans les archives

L'effigie de la Tarasque sur une carte postale du début du XXe siècle.
L'effigie de la Tarasque sur une carte postale du début du XXe siècle. Photo-Modern, domaine public
La Tarasque et ses chevaliers lors des fêtes de Tarascon, juin 2006.
La Tarasque et ses chevaliers lors des fêtes de Tarascon, juin 2006. Gérard Marin, CC BY 2.5
La tarasque de Noves, fauve dévoreur d'hommes sculpté au Ier siècle avant notre ère (musée lapidaire d'Avignon).
La tarasque de Noves, fauve dévoreur d'hommes sculpté au Ier siècle avant notre ère (musée lapidaire d'Avignon). Rvalette, CC BY-SA 4.0

Sur les traces de Tarasque

  • Fête vivanteFêtes de la Tarasque, Tarascon (Bouches-du-Rhône)Chaque année autour du dernier week-end de juin, l'effigie portée par les Tarascaïres parcourt la ville ; tradition instituée par le roi René en 1474, reconnue par l'UNESCO depuis 2005.
  • MuséeTarasque de Noves, musée lapidaire d'AvignonLe fauve dévoreur d'hommes sculpté au Ier siècle avant notre ère, découvert en 1849 près d'Avignon, y est exposé.
  • LieuCollégiale royale Sainte-Marthe, TarasconL'église abrite la mémoire de la sainte qui dompta le monstre, toujours fêtée dans la ville.
  • StatueSculptures romanes de la tarasque, Montmajour et Saint-Trophime d'ArlesDes sculptures du XIIe siècle montrent déjà la bête à l'œuvre, à l'abbaye de Montmajour et à l'église Saint-Trophime.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la Tarasque ?

C'est un monstre légendaire de Provence : une créature amphibie à tête de lion, six pattes d'ours, carapace de tortue et queue de serpent, qui hantait le Rhône près de Tarascon et dévorait les passants. La ville lui doit son nom et lui consacre des fêtes séculaires.

Qui a vaincu la Tarasque ?

Selon la tradition, sainte Marthe, arrivée de Palestine en Provence au premier siècle, a dompté le monstre avec de l'eau bénite et un signe de croix, sans combat. Menée docile dans la ville, la bête fut abattue par les habitants. Le récit s'est diffusé grâce à la Légende dorée, vers 1260.

Quand ont lieu les fêtes de la Tarasque à Tarascon ?

Chaque année autour du dernier week-end de juin, à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. Instituées par le roi René le 14 avril 1474, elles font défiler une grande effigie du monstre portée par les Tarascaïres, et sont reconnues par l'UNESCO depuis 2005 au titre du patrimoine culturel immatériel.

La Tarasque a-t-elle existé ?

Non, mais elle personnifie des dangers bien réels : les crues et noyades du Rhône. Le monstre est antérieur au christianisme, comme le montre la tarasque de Noves, statue d'un fauve dévoreur d'hommes sculptée au premier siècle avant notre ère et découverte en 1849 près d'Avignon.

Ses cousins dans le monde

  • DracLanguedocLe voisin d'en face sur le Rhône : insaisissable et trompeur, quand la tarasque est une masse qu'on affronte.
  • DragonBourgogneFléau de la même famille, vaincu à Couches par la ruse d'un magicien plutôt que par une sainte.
  • VouivreJuraSerpent gardien des sources, qui ne dévore personne mais défend son escarboucle.
  • Grand'GoulePoitouDragon des eaux de Poitiers vaincu par sainte Radegonde et promené lui aussi en effigie.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Tarasque
  2. Ministère de la Culture : fiche d'inventaire PCI des fêtes de la Tarasque
  3. Portail de Provence : Tarasque, légende, origine et fêtes
  4. Wikipédia : Drac (démon), le monstre de la rive d'en face
  5. UNESCO : géants et dragons processionnels de Belgique et de France

Tarasque dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Tarasque y coûte 5 chandelles pour 8 de puissance, avec cette capacité : « -4 à la carte ennemie la plus forte d'ici. » À la révélation, la Tarasque inflige -4 à la carte ennemie la plus forte : comme dans la légende, c'est le champion d'en face qu'elle vient briser, elle qui ne céda elle-même que devant plus fort que la force, la douceur d'une sainte.

On peut la croiser sur Grotte du Drac, lieu de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 5, puissance 8 : Tarasque frappe plus fort que 83 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Tarasque : Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, KochtcheïTarasque