Le Conteur

Le Conteur, créature du folklore (Bretagne), illustration

Dans une ferme de Bretagne, un soir d'hiver entre la Toussaint et la Chandeleur, la maisonnée se serre autour de l'âtre. Un homme prend la parole, et dans la lueur du feu naissent des korrigans, des bêtes de la nuit, des charrettes qui grincent. Le conteur n'est pas une créature du folklore : il en est la source. Sans lui, pas de légendes du tout.

La légende

La veillée fut, du Moyen Âge jusqu'au début du XXe siècle, la grande institution des campagnes européennes. On s'y réunissait à la tombée de la nuit, surtout en automne et en hiver, pour économiser feu et chandelle en travaillant ensemble : filage, couture, réparations. Et pendant que les mains s'activaient, la parole circulait : nouvelles, chansons, prières, jeux, et surtout récits.

C'est là que le conteur officiait. Les anciens y instruisaient les enfants par les contes et les traditions orales ; on y apprenait qui était l'Ankou, pourquoi il ne faut pas danser avec les korrigans, ce qui rôde dans les chemins creux après le coucher du soleil. La veillée était à la fois l'école, le journal et le cinéma du village.

L'écrivain breton Pierre-Jakez Hélias a résumé l'affaire d'une formule que citent encore les folkloristes : « le conte n'existe que par le conteur ». Un récit n'est rien sur le papier ; il vit par une voix, des silences, un public qui frissonne au bon moment. C'est cet art de la performance, longtemps négligé par les chercheurs au profit des textes, qui faisait la magie des veillées.

Origines et histoire

La Bretagne doit à ses collecteurs du XIXe siècle d'avoir gardé trace de ce répertoire. Émile Souvestre publie « Le Foyer breton » en 1844 ; Théodore Hersart de La Villemarqué donne le célèbre Barzaz Breiz ; François-Marie Luzel (1821-1895) fait paraître ses « Contes bretons » en 1870 puis des volumes de contes et de gwerzioù ; Paul Sébillot (1843-1918) arpente la Haute-Bretagne ; Anatole Le Braz recueille « La Légende de la mort » (1893).

Luzel revendiquait une fidélité scrupuleuse à la langue de ses « conteurs rustiques », sans la corriger ni l'embellir. C'est aussi lui qui, en 1872, conteste l'authenticité du Barzaz Breiz de La Villemarqué ; les travaux ultérieurs (Gourvil en 1960, Laurent en 1974) lui donneront largement raison. Cette querelle fondatrice a posé une question toujours actuelle : que collecte-t-on, la parole vivante ou une belle réécriture ?

Puis la veillée est morte de son vivant, tuée par l'électricité, la radio, la télévision et l'exode rural. Les folkloristes du XXe siècle, d'abord obnubilés par les textes, n'ont commencé que tardivement à étudier ce qui disparaissait vraiment : le cadre, la voix, la transmission orale elle-même. Des campagnes scientifiques de collecte ont encore eu lieu dans les années 1950 et 1960, notamment celles d'Ariane de Félice et de Geneviève Massignon, in extremis auprès des derniers conteurs de tradition.

Variantes et cousins

Le conteur a des doubles dans toute l'Europe : barde, griot, veilleur d'histoires ; chaque culture a son passeur. Dans le jeu comme dans le folklore, il est entouré de ses créations : la Légende, née d'une histoire bien racontée, est littéralement sa fille. L'Ankou et le korrigan, stars du répertoire breton, n'existent pour nous que parce que des conteurs les ont racontés et des collecteurs notés.

Même les grands personnages des contes merveilleux, l'ogre ou le grand méchant loup, passaient par sa voix. À la veillée, le conteur était la frontière vivante entre le monde des vivants et le légendaire : tant qu'il parlait, les créatures étaient là, dans la pièce.

Dans la culture

Le conte breton n'a pas disparu avec les veillées. Depuis les années 1980, une nouvelle génération de conteurs, professionnels ou bénévoles, a repris le flambeau dans les festivals, les médiathèques et les veillées reconstituées, même si peu content encore en breton ou en gallo.

Les recueils des grands collecteurs, eux, sont devenus des classiques constamment réédités, et la figure du conteur au coin du feu reste l'image d'Épinal de la Bretagne des légendes. C'est une image juste sur le fond : tout ce que ce site raconte a d'abord été dit à voix haute, un soir d'hiver, devant un feu.

Ce que la légende raconte

La figure du conteur dit d'abord ce qu'était la veillée : la grande institution de transmission des campagnes, à la fois école, journal et divertissement. Par sa voix passaient les normes du groupe : qui était l'Ankou, pourquoi on ne danse pas avec les korrigans, ce qui guette les enfants sur les chemins après la nuit. On peut lire tout le légendaire breton comme un code de conduite mis en récits, et le conteur comme celui qui le faisait respecter sans jamais donner d'ordre : il faisait peur, rire et retenir, ce qui vaut tous les règlements.

La formule de Pierre-Jakez Hélias, « le conte n'existe que par le conteur », porte une leçon que les chercheurs ont mis longtemps à entendre : la légende n'est pas un texte mais une performance. Les silences, la voix, le public qui frissonne font partie du récit. C'est pourquoi la disparition des veillées fut une extinction : quand le cadre meurt, les histoires écrites survivent, mais quelque chose d'irremplaçable s'éteint avec la parole.

La querelle du Barzaz Breiz, où Luzel accusa La Villemarqué d'avoir embelli ses collectes, ajoute une dernière lecture : dès qu'on note la parole vivante, on la transforme. Ce que nous appelons folklore est toujours, en partie, l'œuvre de ceux qui l'ont recueilli.

Dans les archives

« Les Merveilles de la nuit de Noël », gravure offerte en 1844 avec Le Foyer breton d'Émile Souvestre (musée de Bretagne, Rennes).
« Les Merveilles de la nuit de Noël », gravure offerte en 1844 avec Le Foyer breton d'Émile Souvestre (musée de Bretagne, Rennes). Auteur inconnu, domaine public

Sur les traces de Le Conteur

  • MuséeMusée de Bretagne, RennesConserve « Les Merveilles de la nuit de Noël », gravure offerte en 1844 avec Le Foyer breton d'Émile Souvestre.

Questions fréquentes

Qu'était une veillée ?

Une réunion des campagnes d'autrefois, tenue à la tombée de la nuit en automne et en hiver, principalement entre la Toussaint et la Chandeleur. On y travaillait ensemble à la lumière du foyer en échangeant chansons, prières, nouvelles et récits : c'était le grand lieu de transmission des contes et légendes.

Qui a collecté les contes et légendes de Bretagne ?

Principalement les folkloristes du XIXe siècle : Émile Souvestre (Le Foyer breton, 1844), La Villemarqué (Barzaz Breiz), François-Marie Luzel (Contes bretons, 1870), Paul Sébillot pour la Haute-Bretagne et Anatole Le Braz (La Légende de la mort, 1893). L'âge d'or de la collecte se situe entre 1870 et 1920.

Pourquoi les veillées ont-elles disparu ?

L'arrivée de l'électricité, puis de la radio et de la télévision, ainsi que l'exode rural, ont transformé la vie des campagnes au XXe siècle et vidé les veillées de leur fonction. Le conte, lui, a survécu : depuis les années 1980, une nouvelle génération de conteurs fait revivre ce répertoire.

Ses cousins dans le monde

  • LégendeBretagneSa créature : l'un est la voix, l'autre l'histoire qui prend corps quand elle est bien racontée.
  • OgreEuropePersonnage de son répertoire : il n'existe que le temps du récit, quand le conteur, lui, était bien réel.
  • Grand méchant loupEuropeAutre vedette du répertoire, taillée pour faire peur aux enfants ; sans une voix pour le porter, il reste couché sur la page.
  • GriotAfrique de l'OuestPasseur de mémoire professionnel attaché à une lignée, quand le conteur de veillée était un voisin doué parmi les siens.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Veillée
  2. Bécédia (Bretagne Culture Diversité) : le conte en Bretagne
  3. Wikipédia : François-Marie Luzel

Le Conteur dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Le Conteur y coûte 6 chandelles pour 7 de puissance, avec cette capacité : « Ses histoires prennent vie — invoque une Légende 3/3 sur chaque autre lieu. » Dans « Crie au loup », le Conteur (coût 6, puissance 7) invoque à sa révélation une Légende 3/3 sur chaque autre lieu : ses histoires prennent vie et se répandent de veillée en veillée, exactement comme les récits collectés jadis voyageaient de ferme en ferme.

On peut la croiser sur Auberge de la Veillée, Champ de menhirs, Cimetière abandonné, Forêt de Brocéliande, Lande aux korrigans, Seuil des apparitions et Veillée funèbre, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 6, puissance 7 : Le Conteur frappe plus fort que 78 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Le Conteur : Cortège des TsukumogamiLe Conteur