L'Alkonost

Alkonost, créature du folklore (Russie), illustration

Dans les images populaires russes, un oiseau au buste et au visage de femme couronnée chante au bord d'une mer parfaitement calme : c'est l'Alkonost, l'oiseau de paradis des légendes de Russie. Son chant est si beau que celui qui l'écoute oublie tout, jusqu'à sa propre vie. Le plus étonnant est sa naissance : l'Alkonost est née d'une erreur de copiste, une ligne grecque mal lue qui, de siècle en siècle, est devenue une créature.

La légende

L'Alkonost appartient aux oiseaux merveilleux de la tradition russe : corps d'oiseau, tête et buste de très belle femme, souvent couronnée. La légende la loge au paradis ou sur une île lointaine des mers d'Orient, d'où elle descend parfois vers le monde des hommes. Quand elle chante, sa voix surpasse tout ce qu'on peut entendre sur terre : celui qui l'écoute oublie tout, les soucis, les désirs, le boire et le manger, et ne souhaite plus qu'une chose, l'entendre encore.

Les vieux textes lui prêtent un prodige emprunté à l'Antiquité : l'Alkonost pond ses œufs au bord de la mer, ou dans ses profondeurs, aux jours du cœur de l'hiver, et pendant qu'elle couve, la mer reste étale, sans une tempête. Ces sept jours de calme sont sa signature : l'oiseau merveilleux tient l'océan en respect par sa seule présence.

Dans l'imagerie russe, elle est généralement une figure de joie et de consolation, oiseau du matin et du paradis. Mais son chant garde une ombre : l'oubli total qu'il procure ressemble fort à celui des sirènes, et l'on comprend que les hommes qui l'écoutent trop longtemps ne reviennent pas tout à fait.

Origines et histoire

L'Alkonost a l'acte de naissance le plus singulier du folklore slave : une coquille de copiste. Tout part de l'alcyon, l'oiseau-martin-pêcheur des Grecs, lié au mythe d'Alcyone changée en oiseau, et aux « jours alcyoniens », cette accalmie d'hiver pendant laquelle l'alcyon était censé couver sur la mer, décrite par Aristote et Pline. Dans la traduction slave d'un texte byzantin, la formule « l'alcyon est un oiseau de mer » a été mal découpée : les mots se sont soudés, et « alkonost » est né, nom propre d'une créature qui n'existait pas.

L'erreur a fait souche. On la retrouve dans la Paleïa des livres slaves anciens, puis dans les azbukovniki, ces lexiques savants russes des XVIe et XVIIe siècles, qui amplifient les merveilles : ponte au fond de la mer, œufs qui flottent, calme garanti pendant la couvaison. La créature acquiert au fil des copies son visage de femme, sans doute par contamination avec la sirène des bestiaires, et entre dans l'iconographie religieuse et populaire.

Le loubok, l'estampe populaire russe, l'installe définitivement à partir du XVIIIe siècle : l'oiseau-femme couronné y chante, entouré de légendes explicatives, souvent en paire avec son double, l'oiseau Sirin. C'est dans ces images bon marché, punaisées dans les isbas, que l'Alkonost est devenue familière à toute la Russie.

Variantes et cousins

Impossible de parler de l'Alkonost sans son double de cendre : le Sirin, l'autre oiseau-femme du loubok, héritier direct des sirènes grecques, dont le chant fait lui aussi tout oublier mais tire vers la mort. La tradition populaire les a appariés, et la fin du XIXe siècle en a fait un couple symbolique, l'oiseau de joie et l'oiseau de tristesse ; ce partage net des rôles doit beaucoup aux artistes modernes, Vasnetsov en tête, plus qu'aux vieux textes.

Le troisième oiseau de la famille est Gamayun, la prophétesse qui sait tout du passé et de l'avenir. Et derrière eux se profile l'Oiseau de feu des contes, la merveille ailée que les tsarévitchs poursuivent. Hors de Russie, les cousines sont les sirènes-oiseaux de l'Antiquité et les harpies, mais l'Alkonost s'en distingue par sa douceur : elle est une merveille du paradis, pas un monstre des écueils.

Dans la culture

Le tableau qui a fixé son image moderne est de Viktor Vasnetsov : Sirin et Alkonost, chant de joie et de tristesse (1896), conservé à la galerie Tretiakov, où les deux oiseaux-femmes se répondent, l'un sombre, l'autre clair. Alexandre Blok en tira un poème, et l'image des deux oiseaux jumeaux s'imposa si bien qu'on la croit aujourd'hui immémoriale, alors qu'elle cristallise à la fin du XIXe siècle.

L'Alkonost chante aussi à l'opéra : elle apparaît parmi les oiseaux de paradis de La Légende de la ville invisible de Kitège de Rimski-Korsakov, consolatrice des âmes. L'imagerie des vieux-croyants russes l'a conservée sur ses images pieuses, et l'artisanat populaire la peint toujours.

Elle a même une postérité inattendue : son nom a été donné à des groupes de musique, à des éditions, et il circule dans la culture russe comme un synonyme de beauté consolante. Belle carrière pour une faute de copie : l'Alkonost est la preuve qu'en légende, une erreur bien racontée vaut une vérité.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'Alkonost ?

Un oiseau merveilleux des légendes russes, à corps d'oiseau et tête de femme couronnée, qui vit au paradis ou sur une île lointaine. Son chant est si beau que celui qui l'écoute oublie tout. On la représente souvent en paire avec le Sirin, son double mélancolique.

D'où vient le nom Alkonost ?

D'une erreur de copiste sur l'alcyon grec : dans la traduction slave d'un texte byzantin, la phrase « l'alcyon est un oiseau de mer » a été mal découpée et les mots se sont soudés en « alkonost ». La créature a ensuite hérité du mythe grec des jours alcyoniens, la mer calme pendant la couvaison.

Quelle différence entre l'Alkonost et le Sirin ?

Ce sont les deux oiseaux-femmes du loubok russe. La tradition moderne fait de l'Alkonost l'oiseau de joie et du Sirin l'oiseau de tristesse, partage popularisé par le tableau de Vasnetsov de 1896. Dans les textes anciens, la distinction était moins nette : les deux chantent à faire tout oublier.

Pourquoi la mer se calme-t-elle quand l'Alkonost couve ?

C'est l'héritage direct des « jours alcyoniens » des Anciens : Aristote et Pline rapportaient qu'au cœur de l'hiver, la mer restait calme pendant que l'alcyon couvait. Les livres slaves ont transféré ce prodige à l'Alkonost, qui pond au bord ou au fond de la mer.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Alkonost
  2. Wikipédia russe : Алконост (erreur de copiste, Paleïa, azbukovniki, loubok)
  3. Idemvmuzei : Images of the paradisal birds Sirin and Alkonost in Russian art

Alkonost dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Alkonost y coûte 3 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « Le jour, à sa révélation : l'adversaire défausse 1 carte (une bouffée de son chant et l'on oublie). » À sa révélation, la carte ferait défausser une carte à l'adversaire : une bouffée du chant de l'Alkonost, et l'on oublie jusqu'à ce qu'on tenait en main.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 4 : Alkonost frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Alkonost : Áine, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul NozAlkonost