Mami Wata

Mami Wata, créature du folklore (Golfe de Guinée), illustration

Sur les côtes du golfe de Guinée et le long des grands fleuves d'Afrique, un esprit règne sur les eaux : Mami Wata, « Maman de l'eau », sirène somptueuse au miroir et au grand serpent. Séductrice, riche à millions, dangereuse pour qui lui manque de parole, elle est l'une des divinités les plus vénérées et les plus représentées du continent.

La légende

Un pêcheur ou un nageur disparaît dans l'estuaire. Quand il reparaît, des heures ou des jours plus tard, il n'est plus le même : il raconte un royaume sous les eaux, d'une beauté paradisiaque, et une femme éblouissante qui l'y a retenu. La tradition est formelle : ceux que Mami Wata enlève et qui reviennent, reviennent transformés, souvent promis à la fortune.

On la décrit comme une femme d'une beauté extraordinaire, aux longs cheveux abondants, mi-femme mi-poisson ou accompagnée d'un grand serpent qu'elle porte enroulé autour d'elle, symbole de divination. Elle tient un miroir, frontière brillante entre son monde et le nôtre, et l'on dit sa coquetterie légendaire : parfums, bijoux et belles étoffes comptent parmi ses offrandes préférées, avec des douceurs très terrestres comme les sodas.

Mami Wata est une donnante-donnante. À ses fidèles, elle promet richesse, santé et réussite ; en échange, elle exige la discrétion et une fidélité stricte, parfois le renoncement à toute autre relation. Les récits abondent d'hommes et de femmes comblés de biens puis ruinés ou rendus fous pour avoir rompu le pacte. Comme l'eau qu'elle incarne, elle donne la vie et peut tout reprendre.

Origines et histoire

Son nom vient des pidgins côtiers d'Afrique de l'Ouest : Mami Wata, la « mère de l'eau ». Les esprits des eaux sont anciens en Afrique, mais les historiens de l'art font naître la figure moderne de Mami Wata des premiers contacts entre Africains et Européens, au XVe siècle : les sirènes des proues et des images de marins ont donné un visage nouveau à des puissances aquatiques bien plus vieilles.

Un épisode étonnant a fixé son iconographie. À la fin du XIXe siècle, une chromolithographie imprimée en Allemagne, représentant une charmeuse de serpents de cirque, s'est diffusée massivement en Afrique de l'Ouest. Cette image de femme aux longs cheveux entourée de serpents est devenue le portrait officiel de Mami Wata, reproduite sur les murs des sanctuaires comme dans la peinture populaire. Au XXe siècle, des images religieuses hindoues, apportées par les commerçants indiens, ont encore enrichi ce répertoire visuel.

Mami Wata est donc une divinité-carrefour : africaine par ses racines, mondiale par ses images. Les musées lui ont d'ailleurs consacré une grande exposition itinérante, « Mami Wata : Arts for Water Spirits in Africa and Its Diasporas », montée en 2008 au Fowler Museum de Los Angeles sous la direction de l'historien de l'art Henry John Drewal, puis présentée au musée national d'art africain de la Smithsonian : cinq cents ans de culture visuelle pour un seul esprit des eaux.

Variantes et cousins

Partie d'Afrique avec les captifs de la traite, Mami Wata a essaimé dans tout l'Atlantique noir. En Haïti, elle devient Lasirèn, la sirène du vaudou ; au Suriname et dans les Guyanes, Watramama ; ailleurs dans la Caraïbe, « Maman de l'eau ». Au Brésil, la grande orisha marine Yemanja, honorée en foule sur les plages, appartient à la même constellation d'esprits des eaux venus d'Afrique.

Dans le jeu, ses cousines et cousins d'eau ne manquent pas : le bunyip australien garde ses billabongs comme elle garde ses estuaires, et le serpent de mer comme le léviathan portent la version monstrueuse de ce que Mami Wata incarne en majesté : la souveraineté des eaux sur les hommes. Elle est aussi, par sa nature d'esprit exigeant et donnant, une lointaine parente du djinn, avec qui l'on passe des pactes à ses risques et périls.

Dans la culture

Peu de figures folkloriques ont inspiré autant d'artistes : masques, statues, peintures de barbier, autels, toiles contemporaines. L'exposition du Fowler Museum et de la Smithsonian a montré l'ampleur du phénomène, des sanctuaires du Bénin et du Togo aux artistes de la diaspora. Sur les côtes d'Afrique de l'Ouest, ses images peintes ornent toujours échoppes et embarcations.

Mami Wata irrigue aussi la musique, la littérature et le cinéma africains, jusqu'au film nigérian Mami Wata sorti en 2023, ode en noir et blanc à la déesse des eaux. Figure de fierté, de peur et de fascination, elle reste ce qu'elle a toujours été : la preuve que l'eau, en Afrique comme ailleurs, a une maîtresse qu'il vaut mieux saluer.

Ce que la légende raconte

Mami Wata est l'esprit de la modernité autant que des eaux. Ses attributs, miroir, parfums, sodas, belles étoffes, sont des marchandises du monde global, et ses pactes parlent d'argent, de réussite et de leur prix. Les historiens y lisent une divinité née des contacts euro-africains et grandie avec le commerce atlantique : une figure qui permet de penser la richesse soudaine, sa fascination et ses dangers, dans des sociétés bouleversées par l'économie monétaire.

Sa règle du donnant-donnant porte une morale ambivalente : la fortune venue de l'eau exige fidélité et discrétion, et se retire aussi vite qu'elle est venue. On peut y entendre une méditation populaire sur l'enrichissement : ce qui arrive sans travail visible engage toujours une dette invisible.

Elle est enfin une divinité de la diaspora : partie avec les captifs de la traite, devenue Lasirèn en Haïti ou Watramama au Suriname, elle relie les deux rives de l'Atlantique noir. Ses images elles-mêmes, chromolithographie allemande, motifs venus d'ailleurs, disent une religion-monde : Mami Wata absorbe tout ce qui circule, comme l'eau qu'elle incarne.

Mami Wata existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Divinité des eaux toujours vénérée en Afrique de l'Ouest et dans les diasporas ; aucune observation vérifiée, mais un culte bien réel.

  • Les historiens de l'art font naître la figure moderne des premiers contacts euro-africains du XVe siècle : les sirènes des proues et des images de marins ont donné un visage nouveau à des esprits des eaux bien plus anciens.
  • Son iconographie a été fixée par une chromolithographie allemande de charmeuse de serpents diffusée massivement en Afrique de l'Ouest à la fin du XIXe siècle.

Dans les archives

Chromolithographie de la charmeuse de serpents imprimée à Hambourg dans les années 1880, devenue le portrait de référence de Mami Wata.
Chromolithographie de la charmeuse de serpents imprimée à Hambourg dans les années 1880, devenue le portrait de référence de Mami Wata. Adolph Friedländer Company, domaine public
Statuette de Mami Wata (Nigeria, XXe siècle) exposée au Horniman Museum de Londres.
Statuette de Mami Wata (Nigeria, XXe siècle) exposée au Horniman Museum de Londres. Ethan Doyle White, CC BY-SA 4.0

Sur les traces de Mami Wata

  • MuséeStatuette de Mami Wata, Horniman Museum, LondresUne figurine nigériane du XXe siècle de la divinité au serpent figure dans les collections exposées du musée.

Questions fréquentes

Qui est Mami Wata ?

Un esprit des eaux vénéré en Afrique de l'Ouest et centrale, représenté comme une femme d'une grande beauté, sirène ou charmeuse de serpents, tenant souvent un miroir. Elle accorde richesse et réussite à ses fidèles en échange de fidélité et de discrétion, et son nom signifie « mère de l'eau » en pidgin.

Pourquoi Mami Wata est-elle représentée avec un serpent ?

Le grand serpent qu'elle porte enroulé autour d'elle est un symbole de divination et de pouvoir. Cette image doit beaucoup à une chromolithographie allemande de la fin du XIXe siècle représentant une charmeuse de serpents, diffusée massivement en Afrique de l'Ouest, où elle est devenue le portrait de référence de la divinité.

Quel lien entre Mami Wata et les sirènes ?

Les historiens de l'art font remonter son iconographie de sirène aux premiers contacts entre Africains et Européens au XVe siècle : figures de proue et images de marins ont donné une forme nouvelle à des esprits des eaux africains bien plus anciens. Mami Wata est ainsi une sirène profondément africaine aux images métissées.

Mami Wata existe-t-elle hors d'Afrique ?

Oui, dans toutes les diasporas issues de la traite atlantique : Lasirèn dans le vaudou haïtien, Watramama au Suriname, « Maman de l'eau » dans la Caraïbe francophone, et la constellation des esprits marins afro-brésiliens autour de Yemanja. Partout, elle reste la souveraine des eaux, belle, riche et exigeante.

Ses cousins dans le monde

  • MélusineFranceLa fée-serpente fonde une lignée par un pacte conjugal secret ; Mami Wata enrichit ses fidèles au prix d'une fidélité exclusive.
  • L'OndineEurope germaniqueL'esprit des eaux cherche l'amour et une âme ; Mami Wata règne, donne et reprend en souveraine.
  • Le DjinnArabieAutre puissance avec qui l'on passe des pactes risqués, mais invisible et théologisée, quand Mami Wata vit dans les images.
  • Le BunyipAustralieGardien farouche des billabongs, il incarne l'eau qui menace, quand Mami Wata incarne l'eau qui séduit et négocie.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Mami Wata
  2. Fowler Museum (UCLA) : Mami Wata, Arts for Water Spirits in Africa and Its Diasporas
  3. Wikipedia (EN) : Mami Wata

Mami Wata dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Mami Wata y coûte 4 chandelles pour 6 de puissance, avec cette capacité : « L'eau la reprend : détruite sur un lieu aquatique, elle revient dans votre main. » Détruite sur un lieu aquatique, Mami Wata revient dans votre main au lieu de disparaître : on ne se débarrasse pas de la maîtresse des eaux, l'eau la reprend et la rend à qui saura la rappeler.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 4, puissance 6 : Mami Wata frappe plus fort que 71 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Mami Wata : Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, IsonadeMami Wata