Abhartach

Dans le comté de Derry, en Irlande du Nord, un gros bloc de pierre coincé sous une aubépine porte un nom qui dit tout : la tombe du Géant. C'est là, raconte-t-on, que gît Abhartach, nain magicien et tyran, qu'il fallut tuer plusieurs fois parce qu'il remontait de sa tombe chaque lendemain d'enterrement. On le présente aujourd'hui comme le vampire originel de l'Irlande, ancêtre secret de Dracula. La vérité est plus fine, et tout aussi intéressante.
La légende
La version recueillie au XIXe siècle est déjà une belle histoire d'horreur. Abhartach, dont le nom évoque le nain en irlandais, règne par la magie et la cruauté sur le territoire de Slaghtaverty. Un chef voisin, que la tradition locale nomme Cathán et que certains récits anciens appelaient Fionn mac Cumhaill, finit par l'abattre et l'enterre debout, comme il convient à un chef.
Le lendemain, Abhartach est de retour, plus cruel et plus vigoureux que jamais. On le tue une deuxième fois, on l'enterre debout : il revient encore. Ce n'est qu'au troisième round, sur les conseils d'un druide, que le tyran est neutralisé pour de bon : tué une dernière fois et enterré la tête en bas. Le renversement du corps verrouille le revenant ; le tertre qu'on éleva dessus donna son nom au lieu, Slaghtaverty, le « monument funéraire d'Abhartach ».
La version moderne, celle des livres de vampires et des visites guidées, a enrichi la recette : Abhartach y remonte de sa tombe pour exiger des bols de sang tirés des veines de ses sujets, on l'y tue avec une épée en bois d'if, on sème des épines autour de la fosse et l'on pose une grande pierre sur le tout. C'est cette pierre, sous son aubépine solitaire, que les gens du pays évitent toujours de toucher : les arbres à fées ne se coupent pas, et celui-là moins qu'un autre.
Origines et histoire
La source d'origine est identifiée : Patrick Weston Joyce, historien des noms de lieux irlandais, publie la légende dans The Origin and History of Irish Names of Places au début des années 1870, pour expliquer le toponyme Slaghtaverty. Or dans le récit de Joyce, tout y est sauf l'essentiel du vampire : le nain magicien revient de sa tombe, mais il ne boit le sang de personne. C'est un revenant, un mort qui marche, pas un buveur de sang.
Le sang arrive plus d'un siècle plus tard. En 1997, Peter Haining et Peter Tremayne suggèrent dans The Un-Dead qu'Abhartach réclamait du sang et aurait pu inspirer Bram Stoker ; en 2000, Bob Curran, maître de conférences à Coleraine, développe la version désormais standard, bols de sang, épée d'if et prêtre chrétien compris, et défend l'hypothèse Dracula. Les critiques des sources, comme le blog spécialisé Cassidyslangscam, ont montré pièce par pièce que ces éléments n'existent dans aucune source ancienne : le « premier vampire d'Irlande » a été vampirisé rétroactivement.
Quant au lien avec Dracula, il reste une spéculation séduisante : Stoker était dublinois, le mot irlandais droch-fhola (« mauvais sang ») ressemble à Dracula, et l'Irlande aime l'idée. Mais les notes de travail de Stoker, conservées, montrent qu'il a trouvé son nom dans un livre sur la Valachie : Dracula doit son état civil au voïvode Vlad, pas au nain de Derry. Il faut choisir ses légendes : celle d'Abhartach n'a pas besoin de ce renfort.
Variantes et cousins
Abhartach appartient à la vraie tradition irlandaise des neamh-mairbh, les morts-qui-marchent, et aux innombrables récits européens de revenants qu'il faut neutraliser physiquement : enterrement inversé, pierre sur la tombe, épines. L'archéologie connaît bien ces sépultures dites déviantes, jusqu'en Irlande même, où des squelettes médiévaux ont été retrouvés avec des pierres calées dans la bouche.
Dans le set de la Grande Peur, il forme un duo instructif avec la Dearg Due de Waterford : deux « vampires irlandais », deux greffes modernes sur des racines différentes, la sienne étant authentiquement documentée dès 1870. Le Sluagh, horde des morts sans repos, complète le tableau des défunts irlandais qui refusent de le rester.
Hors d'Irlande, ses parents évidents sont le strigoï roumain et le Nosferatu du cinéma, déjà à la veillée, et le Koschei slave pour l'increvabilité. La différence est de méthode : le vampire des Carpates se combat à l'ail et au pieu, Abhartach à la géométrie, la tête en bas et une pierre par-dessus.
Dans la culture
Le dolmen de Slaghtaverty, la « tombe du Géant », existe bel et bien : un bloc massif et deux pierres sous une aubépine tordue, au sud de Maghera. La tradition locale rapporte des mésaventures survenues à ceux qui ont tenté de dégager la parcelle, tronçonneuses en panne et sang versé comprises : le folklore continue de sécréter ses garde-fous autour de la pierre.
L'hypothèse Dracula, même fragile, a fait la fortune médiatique du personnage : documentaires, articles chaque mois d'octobre, et un film d'horreur irlandais, Boys from County Hell (2021), qui met en scène Abhartach avec un humour très local. Le comté de Derry tient son monstre national, et ne compte pas le rendre.
Dans Crie au loup, Abhartach fait la seule chose qu'il ait jamais vraiment sue faire : revenir. Détruit, il retourne dans la main de son propriétaire, prêt à être enterré de nouveau. Les druides du jeu n'ont pas encore trouvé la position qui le fixe pour de bon, et c'est tant mieux pour la légende.
Questions fréquentes
Qui est Abhartach ?
Un nain magicien et tyran de la légende de Slaghtaverty (comté de Derry, Irlande du Nord), qui remontait de sa tombe chaque lendemain d'enterrement. Il ne fut neutralisé qu'enterré la tête en bas. La légende a été publiée par Patrick Weston Joyce dans les années 1870 pour expliquer le nom du lieu.
Abhartach était-il un vampire ?
Pas dans les sources anciennes : chez Joyce (1870), c'est un revenant, sans la moindre goutte de sang bue. Le motif vampirique a été ajouté en 1997 par Haining et Tremayne, puis développé par Bob Curran en 2000. Abhartach est un authentique mort-vivant irlandais, vampirisé rétroactivement par des auteurs modernes.
Abhartach a-t-il inspiré Dracula ?
C'est une hypothèse populaire mais fragile : les notes de travail de Bram Stoker montrent qu'il a tiré le nom Dracula d'un livre sur la Valachie et le voïvode Vlad. Rien n'atteste que le Dublinois ait connu la légende de Slaghtaverty.
Peut-on voir la tombe d'Abhartach ?
Oui : le dolmen de Slaghtaverty, dit la « tombe du Géant », se trouve près de Maghera, en Irlande du Nord : un gros bloc et deux pierres sous une aubépine solitaire. La tradition locale déconseille vivement d'y toucher, et raconte des incidents arrivés à ceux qui ont essayé.
Légendes voisines
Sources
Abhartach dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Abhartach y coûte 4 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « Détruit, il ressort ici même, plus fort de 3 : on l’a mal enterré. » Détruite, la carte revient dans votre main : c'est la signature d'Abhartach, qu'aucun enterrement ordinaire ne retient. Tant que personne ne trouve la bonne façon de l'inhumer, il ressort de terre et se représente à la veillée.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 4, puissance 5 : Abhartach frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.