Le Kobold

Kobold, créature du folklore (Harz), illustration

Dans les fermes comme dans les galeries de mine du Harz, les Allemands d'autrefois comptaient avec un petit voisin invisible : le kobold. Serviable quand on le respecte, redoutable quand on le vexe, ce lutin a laissé une trace inattendue dans la science moderne, puisque c'est lui qui a donné son nom au cobalt.

La légende

Le kobold est d'abord un esprit domestique. Installé dans un recoin de la maison, près du foyer ou dans l'étable, il balaie, soigne les bêtes et veille sur la famille pendant la nuit. En échange, il exige sa part : un bol de nourriture, des égards, et surtout qu'on ne se moque jamais de lui. Un kobold froissé devient un cauchemar : vaisselle brisée, lait tourné, coups frappés dans les murs jusqu'à ce que la maisonnée fasse amende honorable.

Mais c'est sous terre que le kobold a gagné sa réputation la plus noire. Les mineurs allemands, notamment dans les montagnes du Harz, entendaient dans les galeries des coups, des rires, des éboulements inexpliqués. Ils y voyaient l'œuvre de kobolds souterrains, esprits jaloux des richesses de la montagne, capables de provoquer des accidents ou d'empoisonner l'air des galeries.

La tradition rapporte enfin des kobolds embarqués : le Klabautermann, esprit de navire attaché à la coque comme d'autres le sont au foyer, dont le nom viendrait d'un verbe bas-allemand signifiant remuer bruyamment. Petit peuple aux mille postes, le kobold est décrit comme un être minuscule, entre trente centimètres et un mètre, tantôt enfant en belle veste, tantôt vieillard à barbe rousse selon Jacob Grimm, presque toujours coiffé d'un bonnet pointu. Mais on le voit rarement : il tient à son invisibilité comme à son dû.

Origines et histoire

Le mot vient du moyen haut allemand « kobolt ». Son étymologie exacte fait débat, mais l'explication aujourd'hui retenue y lit un composé germanique : la racine « kob », la chambre, le réduit, l'abri, associée à un second élément qu'on rattache au verbe « walten », régner. Le kobold serait donc, littéralement, celui qui règne sur un coin de la maison : tout son personnage tient dans son nom. Une hypothèse plus ancienne, qui le faisait venir du grec kobalos, le fripon, n'a plus la faveur des linguistes.

L'esprit des galeries, lui, était déjà décrit par les spécialistes. Dès 1549, dans son De animantibus subterraneis, le minéralogiste saxon Georg Agricola consacre un traité aux êtres qu'on disait vivre sous terre et distingue deux sortes de démons souterrains, l'un brutal, l'autre paisible, qu'il appelle notamment Bergmännlein et cobalos. Le folklore des mineurs avait donc, un siècle avant les grands recueils, son ethnographe.

Sa trace la plus durable est minéralogique. Les mineurs de Saxe et de Bohême tombaient parfois sur un minerai qui ressemblait à du minerai d'argent ou de cuivre mais ne donnait, à la fonte, que des fumées toxiques chargées d'arsenic et une matière inutilisable. Ils accusaient les kobolds d'avoir volé le vrai métal et de l'avoir remplacé par cette roche maudite, qu'ils baptisèrent de leur nom.

Le mot passe en français dès le XVIe siècle : le CNRTL relève « kobolt » chez Paracelse en 1526 et la forme « cobalt » en français avant 1564, chez le naturaliste Pierre Belon. Un texte de 1671 parle encore d'« un Diable qu'ils nomment Kobalde ». En 1735, le chimiste suédois Georg Brandt tire de ce minerai trompeur un métal nouveau, puis démontre en 1745 que c'est lui qui colore les verres en bleu : le cobalt entre dans la chimie, lutin devenu élément.

Les kobolds qui ont un nom

Certains kobolds ont eu droit à un dossier. Le plus ancien, Hödekin, hantait le palais épiscopal de Hildesheim ; son nom saxon signifie « petit chapeau », d'après le couvre-chef de feutre dont il ne se séparait jamais. Sa première mention connue figure dans le Chronicon Hirsaugiense de Johannes Trithemius, rédigé entre 1495 et 1503, qui situe les faits vers 1132, et le récit devient célèbre en Europe après son entrée dans l'édition allemande de 1586 du De praestigiis daemonum de Johann Weyer.

L'histoire ne prête pas à rire. Serviable, Hödekin avertit l'évêque Bernhard d'un désordre à Winzenburg, ce qui permit à l'Église de Hildesheim de s'emparer du comté. Mais un marmiton prit l'habitude de le railler et de lui jeter des eaux sales : le kobold l'étrangla, le découpa et mit sa chair à cuire dans une marmite. Les frères Grimm ont recueilli l'épisode dans leurs Deutsche Sagen, et Thomas Keightley l'a fait connaître en anglais dès 1828.

Deux autres figures reviennent sans cesse. Hinzelmann, installé au château de Hudemühlen, était un métamorphe qui se montrait tour à tour sous forme de plume, de martre ou de serpent, et menait la maisonnée pendant des années. Les Heinzelmännchen de Cologne, eux, faisaient le travail des artisans pendant leur sommeil, jusqu'au jour où une curieuse chercha à les surprendre : ils disparurent, dit-on, vers 1780, et la ville leur a gardé une affection intacte.

Variantes et cousins

Le kobold change de nom à chaque province : Chimmeken au Mecklembourg, Niß-Puk dans le Schleswig-Holstein, Schrat en Bavière, sans compter le Klabautermann des marins de la mer du Nord. Au-delà, il appartient à une immense famille européenne d'esprits du foyer : le lutin français, le korrigan breton, le brownie écossais ou le leprechaun irlandais partagent le même contrat tacite avec les humains, services rendus contre offrandes et respect. Partout, la règle est la même : bien traité, l'esprit enrichit la maison ; humilié, il la ruine ou la quitte.

Dans le jeu, le kobold côtoie ses voisins germaniques : Dame Holle, maîtresse exigeante qui récompense le travail, ou le Golem de Prague, autre habitant de l'ombre d'Europe centrale. Côté mines, il a des équivalents dans tout l'arc minier européen, à commencer par le gnome des Alpes, plus équitable que lui, et les folkloristes rapprochent souvent ses tours de ceux du farceur Wolpertinger : deux créatures qui prospèrent sur la crédulité et l'inattention des humains.

Dans la culture

Le kobold est devenu l'un des piliers de la fantasy moderne. Jeux de rôle et jeux vidéo en ont fait une créature reptilienne de bas étage qu'on affronte par meutes entières, assez loin de l'esprit domestique d'origine. L'image du petit être des mines, elle, survit dans d'innombrables romans et jeux où des peuples souterrains gardent jalousement leurs filons.

Sa vraie postérité est pourtant ailleurs : dans le tableau périodique des éléments. Chaque fois qu'on parle de bleu de cobalt ou de batteries au cobalt, on cite sans le savoir un lutin des galeries allemandes. Avec le nickel, dont le nom vient d'un autre esprit moqueur des mines, le kobold est l'un des rares êtres du folklore à avoir signé la chimie moderne.

Ce que la légende raconte

Le kobold met en règles le fragile équilibre d'une maisonnée : ce qu'on lui doit, nourriture et respect, c'est en réalité ce que chacun doit au foyer commun. On peut lire dans ses colères une pédagogie domestique : le lait tourne et la vaisselle se brise quand la maison se néglige, et l'esprit offensé donne un visage aux petits malheurs quotidiens autrement inexplicables.

Sous terre, la fonction change de gravité. Dans les galeries du Harz, où le travail tuait, les coups et les éboulements attribués aux kobolds donnaient forme à une peur bien réelle : on peut y voir la manière dont les mineurs négociaient avec un milieu mortel, en le peuplant d'esprits qu'il est possible d'apaiser, là où la roche, elle, ne s'apaise pas.

Les récits nommés, Hödekin et son marmiton découpé, Hinzelmann et ses métamorphoses, disent enfin la violence contenue dans le pacte : l'esprit familier n'est pas un domestique, et la moquerie se paie. L'histoire du cobalt achève d'en faire un cas d'école, car le minerai « maudit » qui empoisonnait les fontes était bel et bien toxique. L'accusation portée contre le lutin était une explication d'avant la chimie pour un phénomène chimique réel, assez robuste pour laisser son nom à un élément du tableau périodique.

Le Kobold existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Esprit du folklore germanique jamais observé ; sa trace la plus tangible est le nom qu'il a laissé au cobalt.

  • Les minerais « maudits » attribués aux kobolds étaient des minerais de cobalt : semblables au minerai d'argent ou de cuivre, ils ne donnaient à la fonte que des fumées toxiques chargées d'arsenic.
  • Les coups, rires et éboulements inexpliqués entendus dans les galeries du Harz étaient interprétés comme l'œuvre de kobolds souterrains jaloux des richesses de la montagne.
  • Dès 1549, l'ingénieur des mines Georg Agricola consigne ces croyances dans un traité et distingue deux classes d'esprits souterrains : le folklore minier avait son observateur savant avant d'avoir ses folkloristes.

Dans les archives

Le kobold vu par le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy, gravure de Louis Breton, 1863.
Le kobold vu par le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy, gravure de Louis Breton, 1863. Louis Breton, domaine public
Le kobold Chim dans la cuisine, illustration de Gustave Doré pour la Mythologie du Rhin de Saintine, 1862.
Le kobold Chim dans la cuisine, illustration de Gustave Doré pour la Mythologie du Rhin de Saintine, 1862. Gustave Doré, domaine public
Le Klabautermann, kobold des navires, gravé d'après Anton von Werner pour l'ouvrage Zur See, 1885.
Le Klabautermann, kobold des navires, gravé d'après Anton von Werner pour l'ouvrage Zur See, 1885. Anton von Werner, domaine public

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un kobold dans le folklore allemand ?

C'est un petit esprit du folklore germanique, haut de trente centimètres à un mètre, qui vit auprès des humains. On en distingue trois grands types : l'esprit domestique qui aide au foyer, l'esprit des mines qui hante les galeries, et l'esprit des navires, le Klabautermann.

Quel est le lien entre le kobold et le cobalt ?

Les mineurs de Saxe et de Bohême accusaient les kobolds de remplacer le bon minerai par une roche toxique à l'arsenic, qu'ils ont appelée de leur nom. En 1735, Georg Brandt en a extrait un métal nouveau : le cobalt, littéralement « le métal du lutin ».

Le kobold est-il bienveillant ou dangereux ?

Les deux. Bien traité, c'est un auxiliaire précieux qui travaille la nuit pour la maisonnée. Vexé ou moqué, il se venge par des farces qui peuvent tourner au harcèlement : le kobold Hödekin de Hildesheim aurait tué un marmiton qui le raillait. Les kobolds des mines, eux, passaient carrément pour provoquer des accidents.

D'où vient le mot kobold ?

Du moyen haut allemand « kobolt ». Les linguistes y lisent aujourd'hui un composé germanique associant « kob », la chambre ou le réduit, à un élément apparenté à « walten », régner : le kobold est celui qui règne sur un coin de la maison. L'ancienne hypothèse d'un emprunt au grec kobalos, le fripon, est abandonnée.

Ses cousins dans le monde

  • LutinFranceMême esprit familier attaché à la maison, mais sans la face sombre des galeries de mine.
  • KorriganBretagneCousin du petit peuple, davantage lié aux landes et aux pierres qu'au foyer et aux filons.
  • NisseDanemarkGardien de ferme scandinave au même contrat de nourriture et de respect, mais sans double souterrain.
  • GnomeAlpesL'autre esprit des profondeurs, réputé honnête et équitable, quand le kobold se venge de la moindre moquerie.
  • WolpertingerBavièreAutre farceur germanique, sauf que lui n'existe que pour faire rire : personne n'a jamais craint le Wolpertinger.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Kobold
  2. Wikipedia (EN) : Kobold (étymologie, types, récits nommés)
  3. Wikipedia (EN) : Hödekin, le kobold de Hildesheim
  4. CNRTL : étymologie de « cobalt »
  5. Wikipédia : Cobalt (histoire et étymologie)
  6. Wikipedia (EN) : Gnome, sur Agricola et les esprits des mines (De animantibus subterraneis, 1549)

Kobold dans Crie au loup

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On peut la croiser sur Forêt-Noire et Observatoire du mage, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 1 : Kobold frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Kobold : Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, FarfadetKobold