Le Wolpertinger

Dans les forêts de Bavière rôderait une créature impossible : corps de lièvre, bois de cerf, ailes, crocs, parfois une crête de coq. Le Wolpertinger est la chimère officielle du folklore bavarois, mi-légende mi-canular, qu'on ne croise empaillée que dans les auberges et au musée de la Chasse et de la Pêche de Munich. Et c'est précisément ce clin d'œil qui fait tout son charme.
La légende
Demandez à un Bavarois de vous décrire le Wolpertinger : vous n'obtiendrez jamais deux fois la même bête. La tradition en fait un assemblage à la façon d'une chimère, empruntant à divers animaux des forêts alpines. La base la plus courante est un lièvre ou un écureuil cornu, auquel s'ajoutent selon les versions des ailes de canard ou de faisan, des crocs, une crête de coq. On raconte qu'il naît des amours improbables du lièvre et du chevreuil, ou d'autres croisements entre renards, canards et martres, chaque petit héritant d'un mélange unique.
L'animal serait fort timide et farouche, ne sortant qu'à la nuit tombée dans les sous-bois. D'où la difficulté notoire à l'observer, et le folklore de la chasse qui va avec : on attraperait le Wolpertinger en lui versant du sel sur la queue, ou en l'attirant à la bougie dans un sac ouvert. Une variante encore plus précise affirme qu'il ne se montre qu'aux jolies jeunes femmes, à condition qu'elles soient accompagnées du bon jeune homme.
Bien entendu, personne n'en a jamais capturé de vivant. Mais les preuves « matérielles » abondent : des dizaines de spécimens naturalisés trônent dans les auberges bavaroises, comme à l'auberge de la Poste de Vorderriß où l'un d'eux surplombe la table des chasseurs. Le doute fait partie du jeu, et c'est au visiteur crédule d'en faire les frais.
Origines et histoire
Les racines du Wolpertinger sont difficiles à dater : la tradition bavaroise en fait remonter les légendes au XVIe siècle, mais c'est au XIXe que la créature prend sa forme actuelle, quand des taxidermistes se mettent à assembler des morceaux de petit gibier et d'oiseaux pour illustrer les récits de veillée. Ces montages, d'abord des blagues entre gens du cru, deviennent vite des attrape-touristes assumés : on les vendait ou les exhibait comme des animaux véritables aux visiteurs de passage.
La créature change de nom selon la vallée : Oibadrischl en Basse-Bavière, Rammeschucksn dans le Haut-Palatinat, Raurackl en Basse-Autriche. Cette prolifération de noms est le signe des traditions orales bien vivantes, chaque région brodant sa propre version de la bête.
Une explication naturelle a été proposée : la papillomatose du lapin, une maladie virale qui provoque des excroissances cornées sur la tête des lièvres et lapins sauvages. Un lièvre ainsi « cornu », aperçu au crépuscule, a très bien pu nourrir la légende. Le canular taxidermique aurait alors prospéré sur un fond d'observations réelles mal comprises.
Variantes et cousins
Le Wolpertinger appartient à une joyeuse internationale de bêtes montées de toutes pièces : le jackalope américain, lièvre à bois d'antilope des plaines du Wyoming, le skvader suédois, mi-lièvre mi-grand tétras, ou le Rasselbock de Thuringe et l'Elwedritsche du Palatinat, ses cousins allemands directs. Partout, le même procédé : une taxidermie impossible, un récit bien rodé, et des visiteurs qu'on regarde y croire.
Le grand cousin français, c'est évidemment le dahu, autre gibier introuvable des montagnes, dont la chasse est un rite d'initiation moqueur. Dans le jeu, le Wolpertinger côtoie aussi le kobold, autre farceur germanique, et voisine en Bavière avec des figures autrement plus sérieuses comme Perchta : le folklore alpin sait faire peur et faire rire, souvent dans la même veillée.
Dans la culture
Le lieu de pèlerinage des amateurs est le Deutsches Jagd- und Fischereimuseum de Munich, le musée allemand de la Chasse et de la Pêche, qui présente des Wolpertinger naturalisés dans ses collections permanentes depuis le XXe siècle. Répliques en peluche, statuettes et enseignes prolongent la bête dans les hôtels, restaurants et boutiques de souvenirs de toute la Bavière.
Le Wolpertinger a aussi conquis les mondes imaginaires : on le croise dans des jeux vidéo, des romans de fantasy et des bestiaires illustrés, où sa silhouette absurde en fait une mascotte idéale. Canular devenu patrimoine, il incarne une vérité du folklore : une légende à laquelle plus personne ne croit peut continuer à faire rire, et donc à vivre.
Ce que la légende raconte
Le Wolpertinger est un canular que tout le monde connaît et que personne ne dénonce : sa fonction n'est pas de faire croire, mais de faire rire ensemble. On peut y lire un rite d'intégration à l'envers : le récit se raconte à l'étranger, au touriste, au crédule, et c'est sa réaction qui fait le spectacle. Savoir sourire de la bête impossible, c'est montrer qu'on est du pays.
Les chasses moqueuses, celle du Wolpertinger comme celle du dahu, fonctionnent comme des bizutages traditionnels : envoyer le naïf tenir le sac pendant que les autres rient trace la frontière entre le groupe et le nouveau venu, sur le mode le plus doux qui soit. La taxidermie fantaisiste ajoute une parodie de cabinet de curiosités : à l'époque où la science inventoriait le monde, les auberges bavaroises inventoriaient l'impossible, et vendaient le doute aux visiteurs de passage.
Devenu mascotte et souvenir de boutique, le Wolpertinger montre enfin qu'une légende peut survivre à la croyance : plus personne n'y croit, tout le monde le raconte encore. Le folklore qui se sait folklore ne meurt pas, il change simplement de registre, et le rire y remplace la peur.
Le Wolpertinger existe-t-il vraiment ?
Canular documenté Chimère fabriquée par des taxidermistes bavarois : les spécimens « naturalisés » des auberges sont des montages assumés.
- La papillomatose du lapin, maladie virale qui provoque des excroissances cornées sur la tête des lièvres et lapins sauvages, a pu nourrir la légende du lièvre cornu.
- Au XIXe siècle, des taxidermistes ont assemblé des morceaux de petit gibier et d'oiseaux, montages ensuite vendus ou exhibés comme animaux véritables aux visiteurs de passage.
Dans les archives


Sur les traces de Wolpertinger
- MuséeDeutsches Jagd- und Fischereimuseum, MunichLe musée allemand de la Chasse et de la Pêche présente des Wolpertinger naturalisés dans ses collections permanentes.
- LieuAuberge de la Poste de Vorderriß (Bavière)L'un des spécimens empaillés les plus connus y surplombe la table des chasseurs, comme dans nombre d'auberges bavaroises.
Questions fréquentes
Le Wolpertinger existe-t-il vraiment ?
Non. C'est une créature imaginaire du folklore bavarois, matérialisée par des taxidermies assemblées à partir de plusieurs animaux. La légende a pu être nourrie par la papillomatose du lapin, maladie qui donne aux lièvres des excroissances semblables à des cornes.
Où peut-on voir un Wolpertinger ?
Au musée allemand de la Chasse et de la Pêche de Munich, qui en expose dans ses collections permanentes, et dans de nombreuses auberges bavaroises qui affichent fièrement leur spécimen empaillé, comme l'auberge de la Poste de Vorderriß.
Comment attrape-t-on un Wolpertinger selon la légende ?
Les recettes traditionnelles, à prendre au dixième degré : lui verser du sel sur la queue, ou l'attirer de nuit avec une bougie vers un sac ouvert. Une variante veut qu'il ne se montre qu'aux jolies jeunes femmes bien accompagnées.
Quelle est la différence entre le Wolpertinger et le jackalope ?
Ce sont deux cousins du même canular : le jackalope américain est un simple lièvre à bois d'antilope, tandis que le Wolpertinger bavarois est une chimère plus débridée, qui cumule bois de cerf, ailes, crocs et crête selon les versions.
Ses cousins dans le monde
- DahuMontagnes françaisesMême gibier introuvable et même chasse moqueuse, mais le dahu se passe de taxidermie : il tient tout entier dans le récit.
- JackalopeÉtats-UnisLe cousin américain se contente d'un lièvre à bois d'antilope ; le Wolpertinger cumule cornes, ailes, crocs et crête.
- KoboldAllemagneFarceur germanique lui aussi, mais on le craignait pour de bon, dans les maisons comme au fond des mines.
- SkvaderSuèdeMi-lièvre mi-grand tétras, autre chimère taxidermique nordique née d'une histoire de chasse.
Légendes voisines
Sources
Wolpertinger dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Wolpertinger y coûte 2 chandelles pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Fait de morceaux d'autres bêtes : il dévore votre carte la plus faible d'ici et gagne sa puissance. » Le Wolpertinger dévore votre carte la plus faible du lieu et s'approprie sa puissance : c'est la fabrication même du canular bavarois, une bête impossible assemblée avec les morceaux des autres, bois de cerf, ailes et crocs compris.
On peut la croiser sur Forêt-Noire et Observatoire du mage, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 2, puissance 2 : Wolpertinger frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.