Cime des géants

Levez les yeux vers une crête déchiquetée, un bloc erratique posé en équilibre, une colline trop ronde pour être honnête : le folklore a longtemps donné à ces bizarreries une seule explication. Un géant est passé par là, et la montagne garde la trace de ses pas.
Le lieu et sa légende
Dans les mythologies européennes, les géants précèdent les hommes et souvent les dieux eux-mêmes. La mythologie nordique fait du monde entier le cadavre d'un géant : de la chair d'Ymir, tué par Odin et ses frères, naissent la terre, de ses os les montagnes, de son crâne la voûte du ciel. Les Grecs racontaient la Gigantomachie, guerre des Géants nés de Gaïa contre les dieux de l'Olympe, dont les corps foudroyés gisent, dit-on, sous les volcans.
Le folklore français a son colosse familier : Gargantua. Bien avant Rabelais, les traditions populaires lui attribuaient la fabrique du paysage : collines nées de la terre tombée de sa hotte, rochers jetés depuis l'horizon, buttes et « monts Gargan » semés dans la toponymie. Les hauteurs sont son domaine : un géant, ça enjambe les vallées, ça s'assoit sur les sommets, et ça laisse partout des sièges, des pas et des palets de pierre que les paysans montraient encore il y a un siècle.
Dans l'histoire
Les folkloristes du XIXe siècle ont pris ces récits au sérieux. Dès les années 1810, des érudits relèvent les toponymes gargantuesques ; en 1863, Henri Gaidoz rattache Gargantua à un hypothétique dieu celtique, et Paul Sébillot compile l'ensemble dans « Gargantua et les traditions populaires » (1883). Leur conclusion : le géant des contes est un vieux fonds populaire que Rabelais a emprunté et transfiguré, non l'inverse. Ses chroniques gargantuines se vendaient d'ailleurs, ironisait Rabelais, mieux que les Bibles.
Les géants ne sont pas restés dans les livres : les géants processionnels du Nord de la France et de la Belgique, mannequins d'osier hauts de plusieurs mètres promenés dans les fêtes, sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Et la Bible elle-même a ses colosses, de Goliath à Og de Basan. Partout le même réflexe : quand quelque chose dépasse la mesure humaine, une montagne, une victoire, une pierre levée, on convoque un géant pour l'expliquer.
Le lieu dans le jeu
Dans « Crie au loup », la Cime des géants donne +2 aux géants qui s'y trouvent. C'est leur royaume d'origine : là-haut, sur les crêtes qu'ils ont eux-mêmes empilées, les colosses retrouvent l'appui de la montagne entière.
En jeu, le lieu transforme vos géants, déjà massifs, en monuments presque imprenables. Il force aussi un choix : monter à la cime disputer le terrain aux colosses, ou leur abandonner la haute montagne pour gagner la partie dans les vallées.
Questions fréquentes
Pourquoi associe-t-on les géants aux montagnes ?
Parce que le folklore explique les reliefs par leurs gestes : dans le mythe nordique, les montagnes sont les os du géant Ymir ; dans les traditions françaises, collines et rochers isolés sont la terre tombée de la hotte de Gargantua ou ses palets jetés. Le géant est une explication du paysage.
Gargantua existait-il avant Rabelais ?
Oui. Les folkloristes du XIXe siècle, dont Paul Sébillot dans « Gargantua et les traditions populaires » (1883), ont montré que le géant appartenait aux traditions populaires et à la toponymie (monts Gargan) avant que Rabelais n'en fasse son héros littéraire en 1535.