Les légendes du Japon
Le Japon possède un mot pour son peuple de créatures : les yōkai. Esprits, monstres et animaux métamorphes y forment une société parallèle, recensée depuis des siècles par les conteurs, les peintres de rouleaux et les encyclopédistes. Voici les cinq grandes figures de ce bestiaire, et l'accessoire qui leur sert de baguette magique.
Les métamorphes d'abord. Le Kitsuné, renard doté de pouvoirs qui croissent avec l'âge, peut vivre des siècles et gagner jusqu'à neuf queues : messager du dieu Inari dans les sanctuaires, il est aussi le trompeur par excellence, capable de se changer en femme superbe pour éprouver, séduire ou ruiner les hommes. Son rival le Tanuki, inspiré du chien viverrin bien réel, est plus bonhomme : ventru, amateur de saké, il se métamorphose surtout pour faire des farces, et sa statue accueille les clients à l'entrée des commerces japonais. Le folklore prête aux deux le même geste : poser une feuille sur leur tête avant de se transformer. C'est cette Feuille magique que le jeu Crie au loup a glissée dans son set japonais, hommage à l'accessoire le plus discret du merveilleux nippon.
Les rivières appartiennent au Kappa. Cet homme-tortue verdâtre porte au sommet du crâne une cavité remplie d'eau, source de sa force : les enfants apprenaient à le saluer bien bas, car le kappa, poli malgré lui, rend toujours les révérences et vide ainsi sa réserve. Friand de concombres, on apaisait sa faim en gravant le nom des enfants sur le légume avant de le jeter à la rivière. Sous la silhouette comique perce l'avertissement : le kappa noie les imprudents, et sa légende a longtemps servi de garde-fou au bord des eaux.
Les montagnes ont leurs maîtres : les Tengu. Mi-hommes mi-rapaces, au visage rouge et au nez démesuré dans leur forme la plus connue, ils punissent l'orgueil, enlèvent les voyageurs et gardent jalousement leurs sommets. La tradition en fait aussi des maîtres d'armes : plusieurs récits célèbres montrent un tengu enseignant l'escrime à un héros, et les guerriers vénéraient ces adversaires devenus précepteurs.
L'hiver enfin a son visage : la Yuki-onna, la dame des neiges. Femme d'une beauté glaçante qui apparaît aux voyageurs pris dans la tempête, elle gèle les uns de son souffle et épargne les autres sous condition de silence. Lafcadio Hearn a fixé sa plus belle version dans son recueil Kwaidan, publié en 1904 : un jeune bûcheron épargné par la dame la retrouve, sans le savoir, dans l'épouse qu'il aime, jusqu'au soir où il raconte son souvenir. Entre farce de tanuki et fantôme des neiges, le Japon des yōkai couvre ainsi toute la palette de la veillée : on y rit beaucoup, et on y frissonne mieux encore.
Les créatures (5)
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un yōkai ?
Yōkai est le terme japonais qui désigne l'ensemble des créatures surnaturelles du folklore : esprits, monstres, objets animés et animaux métamorphes comme le kitsuné ou le tanuki. Ils sont recensés depuis des siècles dans les récits, les estampes et les encyclopédies illustrées.
Pourquoi le kitsuné a-t-il neuf queues ?
Selon la tradition, le renard gagne en pouvoir et en sagesse en vieillissant, et une nouvelle queue marque chaque étape. Le kyūbi no kitsune, renard à neuf queues, représente le sommet de cette évolution : un être quasi divin, capable de prodiges.
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