Les légendes d'Amérique du Nord

Le folklore nord-américain superpose trois couches : les grands mythes des nations amérindiennes, les paniques des colons européens et les canulars flamboyants de l'ère moderne. Résultat : un continent où un esprit du tonnerre côtoie un lièvre à cornes inventé par deux taxidermistes du Wyoming.

La couche la plus ancienne appartient aux Premières Nations. L'Oiseau-tonnerre domine les mythologies des Grandes Plaines et de la côte nord-ouest : rapace colossal dont les battements d'ailes produisent le tonnerre et dont les yeux lancent les éclairs, il est une puissance protectrice, adversaire des esprits des eaux, omniprésent sur les mâts totémiques et les tambours. Tout autre est le Wendigo des peuples algonquiens de la région des Grands Lacs : esprit cannibale de l'hiver et de la famine, géant décharné au coeur de glace, il incarne l'interdit absolu du cannibalisme et la terreur des hivers de disette. Devenu figure d'épouvante populaire, il reste, dans les cultures d'origine, un avertissement moral d'une gravité extrême.

Vient ensuite la grande énigme des forêts du Nord-Ouest : le Sasquatch. Son nom vient d'une langue salish de Colombie-Britannique, et les traditions autochtones de la chaîne des Cascades parlaient d'hommes sauvages des bois bien avant les colons. L'Amérique moderne en a fait Bigfoot : empreintes géantes médiatisées en 1958, puis le fameux film de Patterson et Gimlin en 1967, quelques secondes tremblées devenues les images cryptozoologiques les plus analysées de l'histoire. Aucune preuve n'a jamais suivi, mais des congrès entiers continuent de traquer le géant velu.

La côte Est a son diable : le Diable de Jersey. La légende des Pine Barrens, ces forêts de pins du sud du New Jersey, raconte qu'en 1735 une certaine mère Leeds, excédée par sa treizième grossesse, aurait voué l'enfant au diable : le nouveau-né se changea en créature ailée à tête de cheval et s'enfuit par la cheminée. En janvier 1909, une vague d'observations et d'empreintes inexpliquées mit la région en émoi : écoles fermées, battues, récompenses. Le monstre est depuis devenu l'emblème de l'État, jusqu'à donner son nom à son équipe de hockey.

La dernière couche assume la blague. Le Jackalope, lièvre à bois de cerf, naît dans les années 1930 à Douglas, dans le Wyoming, quand les frères Herrick, taxidermistes de leur état, greffent des cornes sur un lièvre empaillé et vendent la bête aux curieux. La ville en a fait son fonds de commerce, délivrant des permis de chasse au jackalope valables un seul jour par an. L'Amérique du Nord, qui n'a jamais eu peur du grand écart, range ainsi côte à côte l'esprit du tonnerre et le trophée pour attrape-touristes : deux façons également sérieuses de peupler un continent immense.

Les créatures (5)

Les lieux de la région en jeu

Questions fréquentes

Le Wendigo est-il une invention d'Hollywood ?

Non : le Wendigo appartient aux traditions des peuples algonquiens de la région des Grands Lacs, où il incarne l'esprit de la famine et l'interdit du cannibalisme. Le cinéma et les jeux vidéo en ont repris le nom, souvent en s'éloignant beaucoup des croyances d'origine.

D'où vient le jackalope ?

Le jackalope a été créé dans les années 1930 à Douglas, dans le Wyoming, par les frères Herrick, deux taxidermistes qui montèrent des bois de cerf sur un lièvre empaillé. Le canular a si bien pris que la ville en a fait son emblème touristique.

Régions voisines

Rituels et croyances, Japon, Amérique latine et Ailleurs dans le monde.

Sources

  1. Wikipédia : Wendigo
  2. Wikipédia : Bigfoot
  3. Wikipédia : Diable de Jersey