Les légendes d'Amérique latine
De Mexico à l'Amazonie, l'Amérique latine tisse ses légendes avec trois fils : les mythologies précolombiennes, les apports européens de la colonisation et les frayeurs très contemporaines. On y pleure au bord des rivières, on s'y perd dans la forêt sur de fausses traces, et on y guette depuis les années 1990 un suceur de chèvres.
La reine des larmes est mexicaine : La Llorona, la Pleureuse. Vêtue de blanc, elle erre la nuit le long des rivières et des rues en criant « ay, mis hijos ! », pleurant les enfants qu'elle a noyés, dans la plupart des versions, par désespoir d'amour avant de se donner la mort. L'entendre s'approcher passe pour un très mauvais présage, et des générations d'enfants mexicains ont appris à rentrer avant la nuit grâce à elle. Certains chercheurs font remonter la figure aux présages aztèques qui, à la veille de la conquête espagnole, évoquaient déjà une femme pleurant ses enfants dans la nuit de Tenochtitlan.
Le Mexique garde aussi de son passé préhispanique les Chaneques, petits gardiens espiègles de la nature issus des traditions du golfe. Le Chaneque protège sources, collines et animaux sauvages : qui abîme son territoire s'expose à être égaré, frappé de « perte d'âme » ou simplement tourmenté jusqu'à réparation. On raconte qu'ils font perdre leur chemin aux promeneurs, que seuls retrouvent ceux qui retournent leurs vêtements.
Le Brésil oppose à ses visiteurs deux protecteurs redoutables. Le Saci, gamin unijambiste au bonnet rouge et à la pipe éternelle, voyage dans les tourbillons de vent et multiplie les farces : lait tourné, chevaux aux crinières tressées, objets introuvables ; on peut le capturer en jetant un tamis sur son tourbillon, mais mieux vaut négocier. Le Curupira, lui, ne plaisante pas : ce gardien de l'Amazonie aux cheveux de feu a les pieds tournés vers l'arrière, si bien que ses traces éloignent les chasseurs de sa piste au lieu de les y mener. Attesté dès les premières chroniques missionnaires du XVIe siècle, il punit quiconque chasse plus que nécessaire : l'écologie avait ses légendes bien avant d'avoir un nom.
La légende la plus récente du continent est née à Porto Rico : le Chupacabra. En 1995, des éleveurs découvrent des bêtes mortes, prétendument vidées de leur sang par des morsures inexpliquées ; la presse baptise le coupable « suceur de chèvres », et la panique gagne en quelques années le Mexique, le Texas et toute l'Amérique hispanophone. Les analyses vétérinaires concluent régulièrement à des attaques de chiens ou de coyotes galeux, mais le Chupacabra est déjà entré au bestiaire mondial : preuve qu'une veillée peut encore, à l'ère de la télévision, accoucher d'un monstre planétaire en une saison.
Les créatures (5)
Questions fréquentes
Qui est La Llorona ?
La Llorona est le fantôme d'une femme qui, selon la légende mexicaine, a noyé ses enfants par désespoir et les pleure pour l'éternité le long des rivières. Son cri dans la nuit passe pour un présage funeste, et son histoire sert d'avertissement aux enfants qui traînent après le coucher du soleil.
Le chupacabra existe-t-il vraiment ?
Aucune preuve scientifique n'appuie son existence : les carcasses attribuées au chupacabra depuis 1995 se sont révélées être l'oeuvre de prédateurs ordinaires, souvent des chiens ou des coyotes atteints de gale. La créature reste néanmoins l'une des légendes contemporaines les plus vivaces des Amériques.
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