La Reine des fées

Reine des fées, créature du folklore (Brocéliande), illustration

Dans un cercle de pierres levées, au cœur de Brocéliande, une haute silhouette lève lentement la main et tout le petit peuple se redresse d'un coup. Le monde des fées a une cour, et cette cour a une souveraine. De la Titania de Shakespeare aux grandes dames de Brocéliande, la reine des fées est l'une des figures les plus anciennes et les plus élégantes du merveilleux européen.

La légende

Le folklore anglais racontait depuis longtemps qu'une reine gouvernait les fées, mais sans jamais lui donner de nom. C'est Shakespeare qui le lui offre : dans « Le Songe d'une nuit d'été », la souveraine s'appelle Titania, épouse d'Obéron, roi des fées. Le dramaturge emprunte le nom aux Métamorphoses d'Ovide, où « Titania » désigne les descendantes des Titans : la petite reine des bois reçoit ainsi une ascendance mythologique.

La pièce lui réserve d'ailleurs la plus célèbre humiliation du répertoire féerique : ensorcelée par le lutin Puck sur ordre de son propre époux, Titania s'éprend de Bottom, un artisan affublé d'une tête d'âne. Même la souveraine de l'invisible n'est pas à l'abri d'un mauvais tour : chez Shakespeare, la cour des fées a les mêmes querelles conjugales que celle des hommes, en plus poétique.

Shakespeare connaissait une autre reine : Mab, que Mercutio décrit dans « Roméo et Juliette » (1597) comme la minuscule accoucheuse des rêves, semeuse de songes et de folies. Deux visages d'une même idée : la nuit appartient à une souveraine, tour à tour majestueuse et inquiétante, qui gouverne ce que les mortels ne contrôlent pas.

Car la reine des fées n'est pas une figure décorative. Dans la tradition médiévale, les fées dirigent les destins des humains : elles peuvent protéger, aimer, haïr, accorder richesse et enfants. Toutes ont des pouvoirs, aucune ne les possède tous ; la reine est celle qui tient la cour ensemble, et devant qui même les plus turbulents du petit peuple se tiennent droits.

Origines et histoire

Le mot fée vient du latin fata, dérivé du destin : les fées héritent des Parques romaines et des Moires grecques, ces divinités qui filaient la vie des hommes. Les fées médiévales apparaissent au XIIe siècle dans l'Occident chrétien, héritières des messagères de l'Autre Monde celtique : des dames de taille humaine, marraines penchées sur les berceaux ou amantes surnaturelles des chevaliers.

La Bretagne a ses propres souveraines : en Brocéliande règnent Morgane, dame du Val sans Retour, et Viviane, à qui la tradition confie l'enchantement de Merlin, aux côtés de Mélusine dans le panthéon des grandes fées. Puis l'image change : Shakespeare miniaturise les fées au XVIe siècle, et l'époque victorienne achève d'en faire de petites créatures ailées. La reine du folklore, elle, garde sa stature de dame médiévale.

Variantes et cousins

La reine des fées a des rivales et des doubles partout : Titania et Mab en Angleterre, Morgane en Brocéliande, souveraine d'Avalon. Dans le jeu comme dans les récits, elle règne sur tout le petit peuple : les korrigans des landes bretonnes en sont les sujets les plus turbulents, et leur Roi des Korrigans fait figure d'homologue champêtre, monarque des dolmens face à la souveraine des clairières.

Il faut aussi la distinguer de ses sujets : le korrigan ou le pixie sont des lutins locaux attachés à leurs pierres, quand la reine incarne l'institution féerique elle-même. C'est la différence entre un braconnier et la couronne : les deux vivent dans la même forêt, mais pas au même rang.

Dans la culture

Titania a fait une carrière exceptionnelle : peinte tout au long du XIXe siècle, chantée à l'opéra, elle a même donné son nom à la plus grande lune d'Uranus, découverte par William Herschel en 1787. Plus récemment, on la croise du « Sandman » aux jeux vidéo, de Warframe à Final Fantasy XIV.

La reine des fées reste un archétype fécond : chaque univers de fantasy qui se respecte a sa cour féerique et sa souveraine ambiguë, à la fois protectrice et dangereuse. Une longévité logique : depuis les Parques, la dame qui tient les destins n'a jamais cessé de nous fasciner, et les veillées d'autrefois savaient déjà qu'il vaut mieux être bien vu de la cour.

Ce que la légende raconte

Derrière la reine des fées, les folkloristes lisent un très vieil héritage : celui des Parques et des Moires, ces divinités qui filaient les destins et dont le mot fée garde la racine. La souveraine du petit peuple personnifie ce qui échappe aux mortels : la nuit, le rêve, la chance et la malchance. Lui donner une cour, une étiquette et des humeurs, c'était rendre négociable l'inégociable : on ne commande pas au destin, mais on peut être bien vu de sa cour.

La cour féerique fonctionne d'ailleurs comme un miroir de la société : hiérarchie, rangs, faveurs et disgrâces. On peut y lire une transposition des rapports que les petites gens entretenaient avec les puissants, où tout se joue en respect, en prudence et en présents. Shakespeare pousse le miroir jusqu'à la comédie : sa Titania subit querelles conjugales et humiliations, preuve que même l'invisible a des ménages.

Reste l'histoire des images : dames de taille humaine au Moyen Âge, les fées rapetissent chez Shakespeare puis gagnent des ailes à l'époque victorienne. La reine, elle, garde sa stature : signe que ce que la figure incarne, le destin qui tient sa cour, n'a jamais cessé d'imposer le respect.

La Reine des fées existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Souveraine de récit jamais observée : la tradition anglaise la connaissait sans la nommer, avant que Shakespeare ne la baptise Titania.

  • Le mot fée vient du latin fata, le destin : les folkloristes font des fées les héritières des Parques romaines et des Moires grecques.
  • Le nom Titania est un emprunt littéraire aux Métamorphoses d'Ovide, où il désigne les descendantes des Titans.

Dans les archives

« The Quarrel of Oberon and Titania » de Joseph Noel Paton (1849), Scottish National Gallery, Édimbourg.
« The Quarrel of Oberon and Titania » de Joseph Noel Paton (1849), Scottish National Gallery, Édimbourg. Joseph Noel Paton, domaine public
« Titania and Bottom » de Johann Heinrich Füssli (vers 1790) : la reine des fées ensorcelée (Tate Britain, Londres).
« Titania and Bottom » de Johann Heinrich Füssli (vers 1790) : la reine des fées ensorcelée (Tate Britain, Londres). Henry Fuseli, domaine public

Sur les traces de Reine des fées

  • MuséeScottish National Gallery, ÉdimbourgConserve « The Quarrel of Oberon and Titania » de Joseph Noel Paton (1849), grande scène de la cour féerique.
  • MuséeTate Britain, LondresConserve « Titania and Bottom » de Füssli (vers 1790), la reine des fées ensorcelée.

Questions fréquentes

Qui est la reine des fées ?

La souveraine du petit peuple dans le folklore européen. La tradition anglaise la connaissait sans la nommer ; Shakespeare l'a baptisée Titania dans « Le Songe d'une nuit d'été », en empruntant le nom aux Métamorphoses d'Ovide. D'autres traditions donnent ce rôle à Mab ou, en Bretagne, aux grandes fées comme Morgane.

Titania et la reine Mab sont-elles la même fée ?

Non : ce sont deux figures distinctes utilisées par Shakespeare. Titania est la reine majestueuse du « Songe d'une nuit d'été », épouse d'Obéron ; Mab, évoquée par Mercutio dans « Roméo et Juliette » (1597), est une minuscule semeuse de rêves, plus inquiétante. Les deux incarnent la royauté féerique sous des angles opposés.

Pourquoi une lune d'Uranus s'appelle-t-elle Titania ?

La plus grande lune d'Uranus, découverte par William Herschel le 11 janvier 1787, a été nommée d'après la reine des fées de Shakespeare. Les lunes d'Uranus portent traditionnellement des noms de personnages de Shakespeare et de Pope.

Ses cousins dans le monde

  • Fée MorganeBrocéliandeSouveraine d'Avalon mais magicienne singulière des romans arthuriens, quand la reine incarne l'institution féerique elle-même.
  • Roi des KorrigansBretagneSon homologue champêtre : monarque des dolmens et de la bruyère, face à la souveraine des clairières.
  • KorriganBretagneLe sujet turbulent attaché à ses pierres, quand la reine tient la cour entière.
  • Reine MabAngleterreLa minuscule accoucheuse des rêves de « Roméo et Juliette » : l'autre visage, inquiétant, de la royauté féerique chez Shakespeare.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Titania (personnage)
  2. Wikipédia : Fée
  3. Destination Brocéliande : le monde des fées
  4. Wikipédia : Le Songe d'une nuit d'été

Reine des fées dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Reine des fées y coûte 6 chandelles pour 9 de puissance, avec cette capacité : « +2 à vos autres fées, partout. » Dans « Crie au loup », la Reine des fées (coût 6, puissance 9) donne en continu +2 à vos autres fées, où qu'elles soient : la souveraine tient sa cour, et tout le petit peuple, du korrigan au pixie, se redresse en sa présence.

On peut la croiser sur Auberge de la Veillée, Champ de menhirs, Cimetière abandonné, Forêt de Brocéliande, Lande aux korrigans, Seuil des apparitions et Veillée funèbre, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 6, puissance 9 : Reine des fées frappe plus fort que 90 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

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