Le Coq

Le Coq, créature du folklore (Gaule), illustration

Toutes les créatures de la nuit ont la même faiblesse : elles ne survivent pas au premier chant du coq. Revenants, sorcières en sabbat, démons de carrefour, tous doivent rentrer avant que l'oiseau ne lance son cri du haut du toit. C'est l'une des croyances les mieux partagées d'Europe, et elle a laissé une trace bien visible : le coq de métal qui tourne encore au sommet de la plupart des clochers de nos villages.

La légende

La règle est simple et ne souffre pas d'exception : ce qui appartient à la nuit doit disparaître à son chant. Les récits de veillée l'utilisent comme une horloge de sûreté. Le voyageur poursuivi tient bon jusqu'au petit matin, la danse des sorcières se défait d'un coup, le mort qui rôdait retourne à sa fosse. Le coq ne combat rien : il annonce, et l'annonce suffit.

Sa force tient à ce qu'il chante avant le lever du soleil, dans cette bande d'heure où il fait encore noir. Il ne constate pas le jour, il le proclame en avance, et c'est précisément ce qui en fait une créature à part : il perçoit la lumière avant tout le monde. Beaucoup de traditions en font moins un animal qu'un veilleur.

De là vient un vaste répertoire de protections domestiques. On lui a prêté le pouvoir d'écarter le tonnerre, le brouillard, les maladies, les bêtes nuisibles. Les bâtisseurs plaçaient l'oiseau au sommet de leurs constructions pour en écarter les forces mauvaises. Le geste n'a rien perdu de sa visibilité : il se pratique encore, en métal, à chaque restauration de clocher.

Notons ce que cette croyance dit du monde qu'elle décrit : la nuit n'est pas dangereuse en soi, elle est un territoire qui appartient à d'autres. Le chant du coq n'est pas une arme, c'est une frontière qui se referme.

Origines et histoire

Le coq monte sur les toits au IXe siècle. Le cas le mieux documenté est celui de l'évêque Rampert de Brescia qui, vers 820, fait fondre un coq de bronze doré et le fait dresser au faîte de son clocher. La pratique se répand ensuite dans toute la chrétienté latine, jusqu'à devenir un réflexe de bâtisseur.

L'origine exacte de l'usage reste discutée, et les sources ne s'accordent pas. Les unes l'attribuent au pape Nicolas Ier, les autres à Léon IV, qui l'aurait étendu à la basilique Saint-Pierre. Prudence, donc : ce qui est certain, c'est la date d'apparition au IXe siècle et la rapidité de la diffusion, pas le nom de celui qui l'a lancée.

Même chose pour le sens. La lecture la plus répandue rattache le coq de clocher au reniement de saint Pierre, à cause de la phrase de l'Évangile : « Avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois. » D'autres travaux font remarquer que ce passage donne un repère horaire, pas une raison de percher l'animal sur un toit, et rattachent plutôt le symbole à la victoire de l'aube sur les ténèbres. Les deux lectures coexistent depuis longtemps et se sont probablement renforcées l'une l'autre.

Ce qui est sûr, c'est que l'objet comptait. En 1091, l'évêque de Coutances fait restaurer le coq doré de sa cathédrale endommagé par une tempête, et sa réinstallation est traitée comme un événement considérable. Au XIe siècle, la tapisserie de Bayeux montre un homme en train de poser un coq sur l'abbaye de Westminster : la pratique est alors bien établie. Au XIIIe siècle, le liturgiste Guillaume Durand compare l'oiseau aux membres du clergé et à leur mission.

Variantes et cousins

La croyance dépasse largement le christianisme et l'Europe de l'Ouest : dans une grande partie du monde, le premier chant marque la fin de l'emprise nocturne. C'est ce qui explique qu'on la retrouve appliquée à des créatures qui n'ont rien à voir entre elles, du revenant slave au démon de carrefour.

Dans le folklore, le coq est le contraire exact des créatures nocturnes rassemblées dans ce jeu : le Loup-garou, dont la nuit est la condition même, ou la Goja catalane qui sort à la pleine lune. Là où elles ont besoin de l'obscurité pour exister, lui la referme. Ce sont deux camps du même calendrier.

Il partage en revanche quelque chose d'essentiel avec l'Olifant : tous deux agissent par le son et portent au-delà de l'endroit où ils se tiennent. Un cor appelle des renforts qui arrivent d'ailleurs, un chant nettoie un village entier depuis un seul toit. Dans les deux cas, ce qui compte n'est pas la force mais la portée.

Dans la culture

Le coq de clocher est probablement l'objet folklorique le plus visible de France : il est au-dessus de milliers de villages, et presque personne ne se demande plus pourquoi. Sa descente lors d'une réfection de toiture reste un moment de village, où l'on ouvre parfois la boule qui le porte pour y trouver les documents laissés par les ouvriers précédents.

Le motif du chant qui met fin au surnaturel est devenu un ressort narratif universel, du théâtre au cinéma d'épouvante : quand le jour se lève, ce qui hantait doit partir. Les récits modernes l'utilisent souvent sans savoir qu'ils citent une croyance vieille de plus de mille ans.

Le coq est enfin devenu un emblème national français, par un jeu de mots latin entre gallus, le coq, et Gallus, le Gaulois. C'est une histoire distincte de celle du clocher, mais les deux se sont mélangées dans l'imaginaire commun au point qu'on ne les distingue plus toujours.

Le Coq existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Croyance largement partagée en Europe, adossée à un comportement animal réel (le coq chante avant l'aube). L'effet prêté au chant relève de la croyance, sa trace matérielle sur les clochers est parfaitement attestée.

  • Le coq chante avant que le soleil ne soit visible : il annonce la lumière au lieu de la constater, ce qui a suffi à en faire un veilleur plutôt qu'un animal ordinaire.
  • Les sources divergent sur l'origine de l'usage du coq de clocher (pape Nicolas Ier ou Léon IV) et sur son rattachement au reniement de saint Pierre. Le fait établi est la datation au IXe siècle, pas l'initiateur.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on que le chant du coq chasse les fantômes ?

Parce qu'il chante avant le lever du soleil : il annonce le jour alors qu'il fait encore nuit. Dans le folklore européen, ce qui appartient à la nuit doit disparaître à ce signal. Le coq ne combat rien, il marque la fin de la période où les créatures nocturnes ont cours.

Depuis quand met-on un coq sur les clochers ?

Depuis le IXe siècle. Le cas le mieux documenté est celui de l'évêque Rampert de Brescia qui fait dresser un coq de bronze doré vers 820. Au XIe siècle, la tapisserie de Bayeux montre déjà l'installation d'un coq sur l'abbaye de Westminster.

Le coq de clocher vient-il du reniement de saint Pierre ?

C'est l'explication la plus répandue, appuyée sur la phrase « Avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois ». Mais elle est discutée : ce passage donne un repère horaire plus qu'une raison de percher l'oiseau sur un toit. D'autres lectures y voient d'abord le symbole de la victoire de l'aube sur les ténèbres. Les deux se sont sans doute renforcées.

Légendes voisines

Sources

  1. Décoder les églises et les châteaux : pourquoi un coq domine-t-il le clocher de nos églises ?
  2. Passion Patrimoine : le coq du clocher
  3. Wikipédia : Girouette (le coq au sommet des clochers)

Le Coq dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Le Coq y coûte 2 chandelles pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Il ne fait jamais nuit au lieu de droite. » Dans « Crie au loup », Le Coq (coût 2, puissance 2) empêche la nuit de tomber sur le lieu voisin de droite. Il ne frappe personne : il retire simplement leur condition d'existence aux créatures nocturnes d'à côté. Le contre exact des decks de nuit, fidèle à une croyance où le chant ne combat pas, il referme la frontière. (La nuit volée à la veillée, elle, est du ressort de L'Alouette.)

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 2 : Le Coq frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Le Coq : Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, ClurichaunLe Coq