Le Leprechaun

Un marteau qui tape quelque part dans la campagne d'Irlande, toujours sur une seule chaussure, jamais sur la paire : c'est ainsi qu'on repère un leprechaun. Ce petit cordonnier bourru garde un chaudron d'or caché, dit-on, au pied de l'arc-en-ciel. Attrapez-le et ne le quittez pas des yeux : un seul battement de cils, et il s'évanouit avec son trésor.
La légende
La tradition décrit le leprechaun comme un vieil homme minuscule, quatre-vingt-dix centimètres tout au plus, barbu, l'air renfrogné, vêtu selon les époques de rouge ou de vert, chapeau sur la tête et boucles aux souliers. Il vit seul, à l'écart, dans les collines et les recoins boisés, et il exerce avec un sérieux obsessionnel le seul métier du petit peuple : cordonnier. Les récits le montrent éternellement penché sur une chaussure unique, tapant du marteau du soir au matin.
Ce travail acharné a fait de lui le banquier du monde féerique. Le leprechaun garde des chaudrons remplis de pièces d'or, des trésors que la tradition dit enterrés en temps de guerre et retrouvés par les lutins. La version la plus célèbre veut qu'il cache son chaudron au pied de l'arc-en-ciel : autant dire à un endroit qu'aucun humain ne peut atteindre, puisque l'arc-en-ciel recule à mesure qu'on avance.
Tout l'enjeu de la légende tient dans la capture. Qui attrape un leprechaun peut exiger son trésor ou trois vœux, mais le lutin est le plus roublard des négociateurs : il promet, ergote, détourne l'attention. Il suffit que son ravisseur détourne le regard une seconde pour qu'il disparaisse. Les contes irlandais regorgent de fermiers persuadés d'avoir fait fortune et qui rentrent chez eux les mains vides, avec pour tout butin une bonne leçon.
Origines et histoire
Le leprechaun a des racines médiévales solidement documentées. Son nom vient du vieil irlandais luchorpán, « petit corps », qui a donné des variantes régionales : luchramán en Ulster, lúracán dans le Connacht, luprachán dans le Leinster, lurgadán dans le Munster. La première attestation écrite se trouve dans l'Echtra Fergusa maic Léti, l'« Aventure de Fergus fils de Léti », un récit médiéval daté du VIIIe siècle : le roi Fergus y est enlevé dans son sommeil par de petites créatures aquatiques, les luchorpáin, qu'il capture et qui lui accordent des vœux pour prix de leur liberté.
Le personnage moderne se fixe au XIXe siècle, quand les folkloristes irlandais collectent les traditions orales : Thomas Crofton Croker lui consacre des pages dans ses « Fairy Legends and Traditions of the South of Ireland » (1825), et le poète William Allingham popularise le petit cordonnier dans son poème « The Lepracaun » vers 1870.
Un détail amusera les puristes : le leprechaun ancien portait le plus souvent du rouge. Les descriptions traditionnelles en font un vieillard laid et ridé en manteau écarlate, loin du bonhomme jovial d'aujourd'hui. Le vert, couleur nationale irlandaise, ne s'est imposé que tardivement, avec l'imagerie de la Saint-Patrick et l'émigration irlandaise aux États-Unis.
Variantes et cousins
Son plus proche parent est le clurichaun, ce cousin ivrogne qui hante les caves à vin : même taille, même goût du secret, mais là où le leprechaun travaille sans relâche, le clurichaun boit. Certains folkloristes se demandent d'ailleurs s'il ne s'agit pas de la même créature à deux moments de sa soirée. Le far darrig, farceur au manteau rouge, complète la famille des solitaires irlandais, aux côtés du pooka, le métamorphe des chemins creux.
Au-delà de la mer d'Irlande, le leprechaun retrouve tous les petits artisans cachés du folklore européen : le korrigan breton qui danse autour des menhirs, le farfadet du Midi, le lutin des campagnes françaises. Partout le même motif : un être minuscule, un savoir-faire précieux, un trésor ou un service à arracher par la ruse, et un humain qui finit généralement berné.
Ce qui distingue le leprechaun, c'est l'or. Aucun de ses cousins n'est aussi étroitement associé à la richesse cachée : il est le gardien de trésor par excellence, et c'est ce rôle qui a fait sa fortune mondiale.
Dans la culture
Le leprechaun est devenu l'emblème officieux de l'Irlande entière. Chaque 17 mars, pour la Saint-Patrick, des foules entières défilent en costume de lutin : chapeau haut de forme vert à boucle dorée, barbe rousse, habit vert, chaudron de pièces en plastique. L'image est si installée qu'on oublie qu'elle est récente et largement américanisée.
Le cinéma et la publicité ont achevé la métamorphose : des films d'horreur de la série « Leprechaun » aux mascottes de céréales, le vieux cordonnier bourru des contes est devenu un bonhomme rigolard à chapeau vert. Les folkloristes grincent des dents, mais la légende, elle, continue de faire exactement ce qu'elle a toujours fait : promettre de l'or qu'on n'attrapera jamais.
Ce que la légende raconte
Le chaudron caché au pied de l'arc-en-ciel est une des plus belles images morales du folklore : une richesse parfaitement réelle et parfaitement inaccessible, qui recule à mesure qu'on avance. Les contes de capture disent tous la même chose aux fermiers des veillées : la fortune tombée du ciel n'existe pas, et qui court après l'or d'un autre rentre bredouille, avec pour tout butin une leçon.
On peut aussi lire dans le leprechaun une éthique du travail. Seul membre du petit peuple à exercer un métier, il tape du marteau du soir au matin et thésaurise pièce à pièce : son or n'est pas magique, il est gagné. Face au ravisseur qui veut le lui prendre, la ruse du petit qui berne le fort rejoue un motif universel du conte populaire.
Sa métamorphose moderne est une leçon en soi : le vieillard bourru en manteau rouge des collecteurs est devenu la mascotte verte de la Saint-Patrick, portée par l'émigration irlandaise aux États-Unis. Les folkloristes y lisent moins une trahison que la manière dont une nation dispersée s'est fabriqué un emblème exportable, quitte à laisser le folklore d'origine au vestiaire.
Le Leprechaun existe-t-il vraiment ?
Créature de légende Lutin du folklore irlandais attesté par des textes depuis le Moyen Âge ; personnage de conte, jamais observé.
Dans les archives


Sur les traces de Leprechaun
- MuséeNational Leprechaun Museum, DublinMusée du conte consacré au petit peuple irlandais et au leprechaun, dans le centre de Dublin.
- Fête vivanteDéfilés de la Saint-PatrickChaque 17 mars, en Irlande comme dans la diaspora, les foules défilent en costume de leprechaun, chapeau vert et barbe rousse.
Questions fréquentes
Que se passe-t-il si on attrape un leprechaun ?
La tradition dit qu'un leprechaun capturé doit acheter sa liberté : trésor ou vœux, selon les versions. Mais il ne faut jamais le quitter des yeux, car au premier regard détourné il disparaît. Dans les contes, l'humain finit presque toujours bredouille, victime d'une ruse du lutin.
Pourquoi le leprechaun cache-t-il son or au pied de l'arc-en-ciel ?
Parce que c'est la cachette parfaite : l'arc-en-ciel n'a pas de pied atteignable, il recule à mesure qu'on s'en approche. Le motif dit en une image toute la légende du leprechaun : un trésor bien réel, mais à jamais hors de portée.
Depuis quand le leprechaun existe-t-il dans les textes ?
La première trace écrite remonte au récit médiéval Echtra Fergusa maic Léti, daté du VIIIe siècle, où de petites créatures appelées luchorpáin (« petits corps ») capturent le roi Fergus endormi puis lui accordent des vœux. Le personnage du cordonnier au trésor se fixe ensuite au XIXe siècle.
Pourquoi le leprechaun est-il habillé en vert ?
Il ne l'a pas toujours été : les descriptions traditionnelles l'habillent le plus souvent de rouge. Le vert s'est imposé tardivement, porté par l'imagerie nationale irlandaise et les défilés de la Saint-Patrick, notamment aux États-Unis.
Ses cousins dans le monde
- ClurichaunIrlandeMême silhouette, autre éthique : l'un tape du marteau et cache son or, l'autre boit la cave et paie en fausse monnaie.
- KorriganBretagnePetit peuple des landes lui aussi, mais collectif et danseur, sans chaudron d'or à défendre.
- FarfadetMidi de la FranceFarceur domestique du Sud, sans métier ni trésor, qui taquine plus qu'il ne négocie.
- LutinFranceL'esprit à tout faire des campagnes françaises rend service à la maisonnée ; le leprechaun ne travaille que pour lui.
Légendes voisines
Sources
Leprechaun dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Leprechaun y coûte 2 chandelles pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Attrapé, il livre son or : +2 Encre au prochain tour. » Ce n'est pas en arrivant que le Leprechaun rapporte de l'énergie, c'est en tombant : le petit cordonnier ne lâche jamais son or de bon cœur, il faut l'avoir attrapé et tenu à l'œil pour qu'il consente enfin à payer sa rançon.
La carte parmi les 252
Coût 2, puissance 2 : Leprechaun frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.