Le Pooka

Sur les chemins creux d'Irlande, à la nuit tombée, un cheval noir aux yeux de feu propose parfois son dos au voyageur fatigué. Mauvaise idée : c'est le pooka, le grand farceur métamorphe du folklore irlandais. La chevauchée sera folle, terrifiante, inoubliable, mais au matin, contrairement aux victimes du kelpie écossais, on s'en tire vivant.
La légende
Le pooka, qu'on écrit aussi púca ou puka, est un esprit changeur de forme. Sa silhouette favorite est celle d'un grand cheval noir à la crinière sauvage et aux yeux flamboyants, mais la tradition lui prête bien d'autres visages : chèvre, lièvre sombre, chien noir aux yeux luisants, oiseau, et même forme humaine. Dans ce dernier cas, un détail le trahit toujours : des cornes, une queue ou des sabots que le déguisement n'efface pas. Presque toutes ses formes ont en commun un pelage sombre.
Son grand jeu, c'est la peur. Le pooka surgit à la tombée de la nuit pour égarer les voyageurs, effrayer les jeunes filles, bousculer les retardataires et rôder autour des fermes isolées. Le récit le plus répandu est celui de la chevauchée forcée : l'imprudent qui monte sur son dos part pour un galop échevelé à travers landes et fossés, et se retrouve au petit matin jeté dans un champ, trempé, terrifié et parfaitement indemne.
Car le pooka n'est pas un tueur. Les folkloristes insistent sur cette nuance : contrairement au kelpie qui noie et dévore ses cavaliers, le púca malmène mais ne fait généralement pas de mal durable. C'est un esprit ambivalent, tantôt fléau, tantôt allié : on lui attribue aussi bien les verres renversés et les assiettes cassées que des coups de main aux fermiers ou des prophéties livrées à qui ose l'approcher avec respect.
Origines et histoire
Le nom púca viendrait d'un mot ancien signifiant « esprit » ou « fantôme », et la créature se rencontre sous des noms voisins dans toutes les traditions celtiques des îles Britanniques : Irlande, Écosse, pays de Galles. Les philologues rapprochent le púca irlandais du puck anglais, ce qui fait de notre farceur des chemins creux le cousin direct du Robin Goodfellow de la tradition anglaise.
Le pooka est étroitement lié au calendrier paysan. Sa grande nuit est Samhain, l'ancêtre celtique de la Toussaint : les fermiers laissaient sur pied une part de la récolte, la « part du púca », pour s'assurer la bienveillance de l'esprit pendant l'année. La tradition fait du 1er novembre le jour du púca, le seul où l'on peut compter sur sa civilité : ce jour-là, dit-on, il se montre moins malicieux, et certains récits le décrivent même rendant des oracles.
Ces coutumes disent bien la fonction ancienne du personnage : le pooka incarne la part sauvage et imprévisible de la campagne, celle qu'on ne peut ni clôturer ni labourer, et avec laquelle il faut composer. On lui laisse sa part, il laisse la vôtre.
Variantes et cousins
Le parent le plus illustre du pooka est le Puck anglais, que Shakespeare a immortalisé dans « Le Songe d'une nuit d'été » sous les traits de l'espiègle serviteur d'Obéron. Même goût des farces, même plaisir à égarer les mortels : le dramaturge n'a fait que donner un rôle en or à un esprit que les campagnes connaissaient depuis longtemps.
Côté bestiaire, le cheval d'eau écossais, le kelpie, est son double sombre : même apparence de monture engageante, mais la promenade se termine au fond du loch. La comparaison des deux dit tout de la différence entre farce et malveillance. Dans son propre pays, le pooka côtoie les autres solitaires du folklore irlandais : le leprechaun et le clurichaun, farceurs à leur manière, ou le changeling que les fées laissent dans les berceaux.
On peut enfin le ranger dans la grande famille des esprits domestiques et champêtres à demi apprivoisés, comme le lutin français ou le korrigan breton : des voisins invisibles, ni bons ni mauvais, qu'un bol de lait ou une part de récolte suffit souvent à amadouer.
Dans la culture
Par l'intermédiaire de Puck, le pooka a conquis la littérature mondiale : le personnage de Shakespeare a essaimé dans le théâtre, la peinture, puis le cinéma et les jeux vidéo, au point de devenir l'archétype même de l'esprit farceur.
Le púca proprement dit reste très vivant en Irlande, où il donne son nom à des lieux, des pubs et des festivals, et où les guides touristiques le racontent volontiers aux visiteurs. La créature apparaît régulièrement dans la fantasy contemporaine et les bestiaires de jeux de rôle, presque toujours fidèle à sa fiche d'identité folklorique : un métamorphe nocturne, sombre, imprévisible, et finalement moins méchant qu'il n'en a l'air.
Ce que la légende raconte
Les folkloristes lisent dans le pooka la part sauvage et imprévisible de la campagne, celle qu'on ne peut ni clôturer ni labourer. La « part du púca », cette portion de récolte laissée sur pied à Samhain, est une négociation rituelle avec cette part : on sacrifie un peu de son grain pour garder le reste, on reconnaît à l'incontrôlable son dû annuel.
La chevauchée forcée, elle, fonctionne comme une peur pédagogique adoucie. Ne traîne pas dehors la nuit, ne monte pas sur ce que tu ne connais pas : la leçon est la même que celle du kelpie écossais, mais l'issue non mortelle change tout. On revient du pooka trempé, terrifié et vivant, c'est-à-dire avec une histoire à raconter : le conte d'avertissement se recharge lui-même à chaque veillée.
Son calendrier enfin dit sa fonction : lié à Samhain et au 1er novembre, seul jour où on le dit civil, le pooka borne l'année paysanne et incarne le seuil entre la moitié claire et la moitié sombre. Un esprit de frontière, entre champ et lande, entre saison des récoltes et saison des histoires.
Le Pooka existe-t-il vraiment ?
Créature de légende Esprit métamorphe des traditions celtiques des îles Britanniques ; créature de récit, sans observation documentée.
- Les folkloristes lisent dans le pooka la personnification de la part sauvage et imprévisible de la campagne, celle qu'on ne peut ni clôturer ni labourer et avec laquelle le monde paysan devait composer.
Dans les archives


Sur les traces de Pooka
- LieuPoulaphouca (Poll an Phúca), comté de WicklowCascade et réservoir sur la Liffey dont le nom gaélique signifie « le trou du púca », trace du farceur dans la toponymie irlandaise.
Questions fréquentes
Le pooka est-il dangereux ?
Rarement de façon mortelle. Le pooka terrorise, égare et malmène ses victimes, notamment en les emportant dans des chevauchées nocturnes échevelées, mais la tradition insiste : contrairement au kelpie écossais qui noie ses cavaliers, le púca les rend vivants, quoique couverts de boue et guéris de l'envie de recommencer.
Quelles formes le pooka peut-il prendre ?
C'est un métamorphe complet : cheval noir aux yeux de feu (sa forme la plus célèbre), chèvre, lièvre, chien noir, oiseau, et même silhouette humaine. Un détail le trahit alors : cornes, queue ou sabots subsistent sous le déguisement. Presque toutes ses formes sont sombres.
Qu'est-ce que la part du púca ?
Une coutume paysanne irlandaise liée à Samhain : les fermiers laissaient sur pied une partie de la récolte en offrande au púca, pour s'assurer sa bienveillance. Le 1er novembre, jour du púca, est réputé le seul où l'esprit se montre civil, voire de bon conseil.
Puck et pooka, est-ce la même créature ?
Ce sont deux branches d'une même famille. Le púca irlandais et le puck anglais partagent probablement une origine commune, et Shakespeare a puisé dans cette tradition pour créer le Puck du « Songe d'une nuit d'été », serviteur espiègle du roi des fées Obéron.
Ses cousins dans le monde
- KelpieÉcosseMême piège de la monture engageante, mais le kelpie noie ses cavaliers quand le pooka les rend au petit matin.
- ClurichaunIrlandeFarceur d'intérieur cantonné aux caves, quand le pooka règne dehors, sur les chemins creux et les landes.
- ChangelingIrlandeAutre visage du petit peuple irlandais, mais sa farce vire au drame : il s'invite au berceau et y prend la place de l'enfant.
- PuckAngleterreLe cousin anglais du púca, immortalisé par Shakespeare, passé des chemins creux à la cour du roi des fées.
Légendes voisines
Sources
Pooka dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Pooka y coûte 2 chandelles pour 4 de puissance, avec cette capacité : « Il gâte tout ce qu'il touche : la nuit, -1 à chaque carte ennemie d'ici. » La nuit, le Pooka use tour après tour toutes les cartes ennemies de son lieu sans jamais en abattre aucune : c'est exactement la chevauchée du grand farceur irlandais, dont on ressort rompu et hagard au petit matin, mais vivant.
La carte parmi les 252
Coût 2, puissance 4 : Pooka frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.