Le Saci

Saci, créature du folklore (Brésil), illustration

Au Brésil, quand un tourbillon de poussière traverse la cour, les anciens sourient : c'est le saci qui passe. Ce petit farceur unijambiste au bonnet rouge est sans doute le personnage le plus populaire du folklore brésilien, au point d'avoir sa journée nationale, le 31 octobre, en face à face assumé avec Halloween.

La légende

Le lait a tourné, les clés ont disparu, la jument a la crinière tressée de nœuds impossibles et le rôti a brûlé alors qu'on le surveillait. Dans une ferme brésilienne, le coupable est tout trouvé : le saci est passé par là. On le décrit comme un jeune garçon noir qui n'a qu'une jambe, fume une pipe et porte un bonnet rouge d'où lui viennent tous ses pouvoirs.

Car le saci n'est pas un farceur ordinaire. Il disparaît et réapparaît à volonté, voyage au cœur des tourbillons de poussière qu'il fait danser lui-même, et sautille sur sa jambe unique plus vite qu'un cheval au galop. Ses blagues sont innombrables : effrayer les bêtes, réveiller les dormeurs, cacher les objets, emmêler les fils, éteindre les feux. Rien de mortel, tout d'exaspérant.

La tradition explique aussi comment s'en débarrasser, ou mieux, le capturer. On peut jeter un chapelet dans son tourbillon, l'attraper avec un tamis marqué d'une croix, ou lui voler son bonnet, ce qui le prive de tous ses pouvoirs. Le folklore popularisé au XXe siècle ajoute la méthode la plus célèbre : l'enfermer dans une bouteille. Un saci capturé doit exaucer les vœux de son maître, mais gare : son bonnet sent si fort que la main qui l'a tenu en garde l'odeur des années.

Origines et histoire

Le saci est un pur produit du métissage brésilien. Son socle est indigène : les folkloristes le rapprochent du Yaci-Yateré des traditions guaranies du sud, esprit farceur de la sieste et des enfants égarés. Sur ce fond tupi-guarani se sont greffées des influences africaines, apportées par les esclaves, qui ont donné au personnage son visage actuel, et des touches européennes, comme le bonnet rouge, qui rappelle les lutins du Vieux Continent.

Le folkloriste Luís da Câmara Cascudo a proposé une origine plus inattendue encore : le saci serait né d'un oiseau, le matitaperê, dont le chant moqueur semble venir de partout et de nulle part, et que la tradition décrit comme sautillant sur une patte. L'oiseau invisible serait devenu petit homme au fil des récits.

C'est l'écrivain Monteiro Lobato qui a fixé le personnage moderne. En 1917, il lance une enquête auprès des lecteurs d'un journal de São Paulo sur les histoires de saci ; il publie la compilation en 1918, puis un livre pour enfants, O Saci, en 1921. Ses récits, best-sellers de la littérature enfantine brésilienne, ont imposé l'image du farceur à la bouteille et transmis la légende à toutes les générations suivantes.

Variantes et cousins

La tradition distingue plusieurs sacis : le saci-pererê, le plus classique ; le saci-trique, réputé plus inoffensif ; et le saci-saçurá, aux yeux rouges. Selon les régions, il est plus ou moins malicieux, plus ou moins dangereux, mais toujours insaisissable.

Dans la grande famille des farceurs, le saci tient la place brésilienne aux côtés du curupira, le gardien de la forêt aux pieds inversés, avec qui on le confond parfois. Ses cousins d'Europe sont faciles à trouver : le korrigan breton et le lutin des campagnes françaises partagent ses farces domestiques, et le leprechaun irlandais son goût des bonnets, des ruses et des vœux arrachés sous la contrainte. Quant au chaneque mexicain, il cache les objets avec le même entrain, mais y ajoute une mission de gardien que le saci n'a jamais revendiquée.

Dans la culture

Le saci est omniprésent dans la culture brésilienne : livres scolaires, bandes dessinées, dessins animés, et jusqu'à la série Netflix La Cité invisible (2021), qui l'a fait découvrir au public mondial. Un astéroïde porte même son nom, hommage cosmique à un personnage qui n'a qu'une jambe pour courir.

Surtout, le Brésil lui a offert une fête. Lancée en 2003 par des associations de défense du folklore à São Luiz do Paraitinga, la Journée du Saci a été adoptée par l'État de São Paulo en 2004, puis reprise à l'échelle nationale, chaque 31 octobre. Le choix de la date est un manifeste : opposer aux citrouilles importées d'Halloween un héros bien de chez soi. La fête reste discrète, mais le symbole est là : le petit farceur unijambiste est devenu porte-drapeau du folklore brésilien.

Ce que la légende raconte

Le saci est la légende du quotidien qui déraille. Lait tourné, clés perdues, crinières emmêlées, rôti brûlé : autant de petites contrariétés sans coupable auxquelles le farceur unijambiste donne un visage et, surtout, une réponse : on rit au lieu de s'accuser. On peut y voir la fonction la plus douce du folklore, celle qui transforme l'agacement domestique en histoire à raconter le soir.

Le personnage porte aussi l'histoire du Brésil dans son corps même : socle indigène, visage venu d'Afrique avec les esclaves, bonnet rouge emprunté aux lutins d'Europe. Les folkloristes le lisent comme un condensé du métissage brésilien, une figure née de trois continents et qui n'appartient qu'au Brésil.

Sa fête en fait enfin un manifeste culturel : instituer le Jour du Saci un 31 octobre, face aux citrouilles d'Halloween, c'est dire qu'un pays préfère ses propres créatures à celles qu'on lui importe. Le petit farceur est devenu porte-drapeau : défendre le saci, c'est défendre une culture populaire contre l'uniformisation.

Le Saci existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Farceur du folklore brésilien jamais observé ; le personnage moderne a été fixé par la littérature au début du XXe siècle.

  • Le folkloriste Luís da Câmara Cascudo fait naître le saci de l'oiseau matitaperê, au chant qui semble venir de partout et réputé sautiller sur une patte.
  • Les folkloristes décrivent un personnage de métissage : socle tupi-guarani (le Yaci-Yateré), influences africaines et touches européennes comme le bonnet rouge.

Dans les archives

Timbre brésilien de 1974 de la série Légendes brésiliennes consacré au Saci.
Timbre brésilien de 1974 de la série Légendes brésiliennes consacré au Saci. Poste du Brésil, domaine public

Sur les traces de Saci

  • Fête vivanteJour du Saci (Dia do Saci), BrésilJournée du folklore brésilien célébrée chaque 31 octobre, née en 2003 à São Luiz do Paraitinga et officialisée par l'État de São Paulo en 2004.

Questions fréquentes

Comment capturer un saci ?

La tradition propose trois méthodes : jeter un chapelet ou un tamis marqué d'une croix dans le tourbillon où il voyage, lui voler son bonnet rouge (ce qui le prive de ses pouvoirs), ou l'enfermer dans une bouteille, méthode popularisée par les livres de Monteiro Lobato. Un saci capturé doit exaucer les vœux de son maître.

Pourquoi le saci n'a-t-il qu'une jambe ?

Les récits divergent. Le folkloriste Câmara Cascudo y voit la trace d'une origine ornithologique : l'oiseau matitaperê, qui semble se tenir sur une patte. D'autres versions populaires racontent qu'il aurait perdu sa jambe en jouant à la capoeira. L'unijambisme est en tout cas sa marque distinctive depuis les plus anciens récits.

C'est quoi le jour du Saci au Brésil ?

Une journée célébrée le 31 octobre, née en 2003 à São Luiz do Paraitinga et officialisée par l'État de São Paulo en 2004 avant d'être reprise nationalement. La date, calquée sur Halloween, est volontaire : promouvoir les personnages du folklore brésilien plutôt que les fêtes importées.

Ses cousins dans le monde

  • Le CurupiraBrésilL'autre esprit brésilien est un gardien qui punit les excès ; le saci fait des farces sans autre cause que le plaisir.
  • Le KorriganBretagneLe Breton partage les farces domestiques et la susceptibilité, sans tourbillon ni bonnet magique à voler.
  • Le LeprechaunIrlandeMême logique de capture intéressée : attrapé, chacun doit exaucer les vœux de son maître, et chacun fait tout pour filer.
  • Le ChanequeMexiqueLe Mexicain cache aussi les objets, mais en gardien des lieux qui punit un manque de respect.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Saci
  2. Wikipedia (EN) : Saci (Brazilian folklore)
  3. Bibliomonde : 31 octobre, la Journée de Saci

Saci dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Saci y coûte 1 chandelle pour 1 de puissance, avec cette capacité : « Déplace une carte ennemie d'ici vers un autre lieu. » En jeu, le saci déplace une carte ennemie vers un autre lieu au moment où il se révèle : pur concentré de sa légende, il surgit dans son tourbillon, attrape l'intrus par le col et le dépose ailleurs, hilare, sans jamais chercher l'affrontement.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 1 : Saci frappe plus fort que 2 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Saci : Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, FarfadetSaci