Le Jackalope

Dans les plaines d'armoise du Wyoming bondit une créature que personne n'a jamais capturée vivante : un lièvre coiffé de bois de cerf, aussi rapide qu'insaisissable. Le jackalope est un cas d'école du folklore américain : né d'un canular de taxidermistes dans les années 1930, il est devenu en un siècle une véritable légende de l'Ouest, avec sa capitale, ses permis de chasse et ses histoires de veillée.
La légende
Le jackalope tient du jackrabbit, le lièvre des plaines, et de l'antilope d'Amérique, dont il porterait les cornes ; l'imagerie populaire lui prête le plus souvent des bois de cerf. Farouche entre tous, il ne se laisse jamais approcher : on le dit capable de pointes de vitesse fulgurantes et de bonds latéraux qui déroutent les meilleurs chasseurs.
Son talent le plus célèbre est vocal. Les histoires de cow-boys racontent qu'il imite parfaitement la voix humaine : autour des feux de camp, il reprendrait en chœur les chansons des vachers, ou lancerait un « par ici ! » moqueur pour semer ses poursuivants. Certains récits affirment qu'il ne s'accouple que pendant les orages, quand les éclairs illuminent la plaine.
La tradition de Douglas ajoute ses propres détails : du lait de jackalope aux vertus supposées, un caractère féroce quand la bête est acculée, et un calendrier de chasse pour le moins restrictif. La créature reste, bien sûr, introuvable : c'est même sa principale caractéristique.
Origines et histoire
L'histoire documentée commence à Douglas, Wyoming, dans les années 1930. Les frères Douglas et Ralph Herrick, chasseurs et taxidermistes, rapportent des lièvres d'une sortie de chasse ; une carcasse atterrit dans l'atelier à côté d'une paire de bois de cerf, et l'idée jaillit : monter les deux ensemble. Selon les sources, la scène se situe en 1932 ou en 1934. Le premier spécimen est vendu une dizaine de dollars à Roy Ball, hôtelier de Douglas, qui l'expose fièrement à l'hôtel LaBonte, d'où le trophée sera volé des décennies plus tard.
La ville de Douglas brode ensuite sa propre mythologie : la tradition locale raconte qu'un trappeur nommé Roy Ball aurait aperçu le premier jackalope dès 1829, antidatant joliment la légende. Les cartes postales de lièvres cornus circulent dans tout le pays à partir des années 1930, relayées ensuite par les clubs automobiles et la presse touristique.
Le folklore du lièvre cornu est pourtant bien plus ancien que le Wyoming : les bestiaires européens décrivaient déjà un lepus cornutus, et le wolpertinger bavarois combine lièvre, cornes et ailes depuis des siècles. Les naturalistes rapportent une explication probable : le papillomavirus de Shope, une maladie bien réelle, provoque chez les lapins des excroissances dures qui peuvent évoquer des cornes. Le canular américain a donc greffé des bois neufs sur une très vieille racine.
Variantes et cousins
Le jackalope appartient à la grande famille des « fearsome critters », ces créatures inventées par les bûcherons et cow-boys américains pour éprouver la crédulité des nouveaux venus. Dans cette tradition du canular assumé, il côtoie le dahu de nos montagnes françaises, autre animal impossible que l'on fait chasser aux naïfs, de préférence de nuit et avec un sac.
Sur ses terres, il partage l'affiche avec les autres légendes d'Amérique du Nord : le sasquatch des forêts du Nord-Ouest, l'oiseau-tonnerre des Grandes Plaines et le diable de Jersey des pinèdes de l'Est. Le jackalope est le plus léger de la bande : ni terreur ni présage, juste un clin d'œil malicieux au promeneur crédule.
Son cousin européen le wolpertinger trône dans les auberges bavaroises, et le skvader suédois combine lièvre et tétras : partout, la taxidermie fantaisiste a produit les mêmes hybrides de comptoir. Le jackalope reste le plus célèbre d'entre eux, exportation américaine oblige.
Dans la culture
Douglas s'est proclamée « capitale mondiale du jackalope » et fait vivre la légende avec un sérieux impeccable : une statue géante de la créature trône en ville, et la chambre de commerce délivre chaque année des milliers de permis de chasse au jackalope. Les conditions sont dignes du personnage : la chasse n'est ouverte que le 31 juin, entre minuit et deux heures du matin.
Les archives de l'université du Wyoming documentent cette success story touristique : trophées vendus par centaines, cartes postales, articles de presse et produits dérivés, jusqu'au lait de jackalope en conserve. Le canular des frères Herrick est devenu un patrimoine local à part entière, entretenu de génération en génération de taxidermistes.
La créature a conquis la culture populaire mondiale : on la croise dans des jeux vidéo comme Red Dead Redemption, dans l'animation, et jusque dans le nom d'une version du système Ubuntu. Dans Crie au loup, le Jackalope bondit vers un autre lieu à la révélation : une petite carte imprévisible, fidèle au lièvre cornu qu'on n'attrape jamais là où on l'a vu.
Ce que la légende raconte
Le jackalope est un canular assumé, et c'est précisément sa fonction sociale : il appartient aux « fearsome critters », ces créatures que bûcherons et cow-boys inventaient pour éprouver la crédulité des nouveaux venus. Faire chercher le lièvre cornu au petit nouveau, c'était l'intégrer par le rire : la farce partagée soude le groupe mieux qu'un serment, et celui qui a marché la racontera au suivant.
On peut aussi y lire l'autodérision de l'Ouest américain, qui a transformé la blague d'atelier en patrimoine : capitale autoproclamée, permis de chasse délivrés par milliers, statue géante et lait de jackalope en conserve. Douglas cultive son canular avec un sérieux impeccable, et ce sérieux est la moitié du plaisir : tout le monde sait que c'est faux, et tout le monde joue le jeu.
Le lièvre cornu montre enfin comment une légende peut naître d'un objet : le trophée des frères Herrick a précédé les récits, et la créature s'est étoffée ensuite de chansons de cow-boys et de détails de comptoir. C'est le folklore à l'envers, où la preuve fabriquée engendre l'histoire, sur la très vieille racine du lepus cornutus des bestiaires.
Le Jackalope existe-t-il vraiment ?
Canular documenté Fabrication documentée et assumée : le premier trophée de lièvre à bois de cerf a été monté vers 1932-1934 par les taxidermistes Douglas et Ralph Herrick à Douglas, Wyoming.
- Une maladie bien réelle, le papillomavirus de Shope, provoque chez les lapins des excroissances dures qui peuvent évoquer des cornes et a probablement nourri les récits de lièvres cornus.
- Le motif est bien plus ancien que le canular américain : les bestiaires européens décrivaient déjà un lepus cornutus, et le wolpertinger bavarois combine lièvre et cornes depuis des siècles.
Dans les archives

Sur les traces de Jackalope
- StatueStatue géante de jackalope, Douglas (Wyoming)La « capitale mondiale du jackalope » expose en ville une statue géante de la créature, étape photo obligée des visiteurs.
- À voirPermis de chasse au jackalope, chambre de commerce de DouglasDes milliers de permis sont délivrés chaque année aux touristes ; la chasse n'est ouverte que le 31 juin, de minuit à deux heures du matin.
Questions fréquentes
Le jackalope existe-t-il vraiment ?
Non : le jackalope est un canular assumé, matérialisé dans les années 1930 par les taxidermistes Douglas et Ralph Herrick à Douglas, Wyoming. Une maladie réelle, le papillomavirus de Shope, qui donne aux lapins des excroissances en forme de cornes, a probablement nourri la légende.
D'où vient la légende du jackalope ?
Sa forme moderne vient de Douglas, Wyoming, où les frères Herrick ont monté le premier trophée de lièvre à bois de cerf vers 1932-1934. Mais le motif du lièvre cornu est bien plus ancien : les bestiaires européens décrivaient déjà un lepus cornutus, et la Bavière a son wolpertinger.
Peut-on obtenir un permis de chasse au jackalope ?
Oui, et c'est même une tradition : la chambre de commerce de Douglas en délivre des milliers chaque année aux touristes. La chasse n'est toutefois ouverte que le 31 juin entre minuit et deux heures du matin, une date qui n'existe pas : tout est dans l'esprit du canular.
Que sait faire un jackalope selon la légende ?
L'essentiel de sa réputation tient à sa voix : il imiterait parfaitement la parole humaine et reprendrait les chansons des cow-boys autour des feux de camp. On lui prête aussi une vitesse phénoménale, un caractère féroce quand il est acculé, et un goût pour les orages.
Ses cousins dans le monde
- WolpertingerBavièreL'hybride bavarois cumule cornes, ailes et crocs dans les auberges : plus baroque que le sobre lièvre cornu.
- DahuAlpes françaisesAutre animal impossible que l'on fait chasser aux naïfs, de nuit et avec un sac : la même farce, versant alpin.
- SkvaderSuèdeMoitié lièvre, moitié tétras, né lui aussi d'une taxidermie fantaisiste exposée comme un vrai spécimen.
- Drop bearAustralieLe koala tueur australien sert le même rite : éprouver la crédulité des nouveaux venus, sans même un trophée à l'appui.
Légendes voisines
Sources
Jackalope dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Jackalope y coûte 1 chandelle pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Bondit vers un autre lieu. » À la révélation, le Jackalope bondit vers un autre lieu : la carte rejoue l'esquive légendaire du lièvre cornu, qui n'est déjà plus là quand le chasseur épaule.
On peut la croiser sur Bayou, lieu de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 1, puissance 2 : Jackalope frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.