La Vila

Vila, créature du folklore (Balkans), illustration

Dans les Balkans, quand on trouvait au matin un cercle d'herbe couchée dans une clairière, on savait que les vile avaient dansé là. Ces nymphes slaves du Sud, belles à se damner, cheveux dénoués dans le vent d'orage, mènent des rondes nocturnes auxquelles il ne faut surtout pas se joindre : qui entre dans leur kolo danse jusqu'à la mort. Elles ont fini par conquérir les scènes d'opéra de Paris sous le nom de wilis, dans le ballet Giselle.

La légende

Les vile (au singulier vila) sont les nymphes du monde slave du Sud, présentes dans les traditions serbes, croates, bosniaques, bulgares et jusqu'en Tchéquie et en Pologne. On les décrit comme de très belles jeunes femmes aux longs cheveux, vêtues de voiles blancs, souvent liées au vent et à l'orage : certaines chevauchent les nuées, se changent en tourbillon, en cygne, en faucon, en cheval ou en louve. Les traditions distinguent celles des forêts, celles des eaux et celles des airs.

Leur danse est leur signature. La nuit, elles forment le kolo, la ronde en cercle des Balkans, et l'herbe reste couchée ou fauchée en anneau là où elles ont tourné. Le danger est proportionnel à la beauté : les récits tchèques disent que celui qui entre dans leur danse n'en rentre pas, et la tradition veut que rejoindre la ronde sans y être invité condamne à la maladie ou à la mort. Offenser une vila, piétiner son cercle, trahir sa confiance, ne pardonne pas davantage.

Elles ne sont pourtant pas de simples tueuses. Dans les chants épiques serbes et croates, les vile sont aussi des alliées : elles soignent les héros blessés, leur donnent des chevaux et des armes magiques, deviennent leurs « sœurs de sang ». La plus célèbre, Ravijojla, est la compagne du prince Marko, le grand héros de l'épopée serbe. La vila donne ou détruit, selon l'égard qu'on lui montre : c'est une puissance, pas un monstre.

Origines et histoire

L'origine des vile se perd dans les couches anciennes du paganisme slave. Une tradition très répandue en fait les esprits de jeunes femmes mortes avant leurs noces, des fiancées fauchées entre la promesse et le mariage, restées entre deux mondes avec leur passion de danse inassouvie. Selon les régions, on parle aussi de vierges damnées en Serbie ou de filles mortes sans baptême en Bulgarie, où on les nomme samovily.

Cette généalogie funèbre explique leur double visage : la vila est une morte jeune, belle comme le souvenir qu'on garde des mortes jeunes, et dangereuse comme un deuil mal fermé. Les folkloristes y lisent le vieux dossier slave des défuntes sans repos, le même qui produit les rusalki des rivières russes : des figures nées d'une mort injuste, que la communauté transforme en puissances à ménager.

Les vile ont imprégné la toponymie et la langue des Balkans : des sources, des grottes, des sommets portent leur nom, et la poésie populaire serbe les invoque si souvent que la vila y devient une sorte de muse nationale. Les recueils de chants épiques du XIXe siècle, ceux de Vuk Karadžić en tête, les ont fixées dans la littérature européenne.

Variantes et cousins

La parenté la plus proche est russe : la rusalka, elle aussi morte prématurée devenue esprit, elle aussi danseuse nocturne dont les rondes marquent l'herbe. La poludnitsa, dame de midi des moissons, partage avec la vila le fond slave des femmes surnaturelles qui punissent l'imprudence, l'une en plein soleil, l'autre à la nuit. Et l'oiseau-femme sirin, qui tue par la beauté de son chant comme la vila tue par la beauté de sa danse, appartient à la même famille d'idées : le sublime qui coûte la vie.

Hors du monde slave, on pense aux elfes danseurs des traditions germaniques et scandinaves, dont les ronds dans l'herbe portent le même avertissement, et aux fées des cercles du folklore celtique. Le Roi des Aulnes de la ballade de Goethe, dont les filles veulent entraîner l'enfant dans leur danse, puise au même imaginaire : la danse des esprits est une invitation qu'on ne refuse pas et qu'on ne survit pas.

Dans la culture

Le destin culturel des vile passe par Paris. En 1835, Heinrich Heine décrit dans De l'Allemagne les wilis, fiancées mortes avant leurs noces qui dansent les hommes à mort ; Théophile Gautier s'en empare et en tire, avec Vernoy de Saint-Georges, le livret de Giselle ou les Wilis, créé à l'Opéra de Paris le 28 juin 1841 sur la musique d'Adolphe Adam, avec Carlotta Grisi dans le rôle-titre. L'acte blanc des wilis, spectres en tutu qui condamnent les hommes à danser jusqu'à l'aube, est devenu l'image même du ballet romantique.

La lignée ne s'arrête pas là : Puccini fait ses débuts à l'opéra avec Le Villi en 1884, sur le même thème, et l'imaginaire des fiancées mortes dansantes irrigue jusqu'au cinéma fantastique contemporain. Peu de créatures folkloriques ont si bien voyagé : partie des clairières balkaniques, la vila a fini étoile de l'Opéra.

Dans les Balkans, elle n'a jamais cessé d'exister : la poésie, la chanson et la culture populaire serbes et croates continuent d'invoquer la vila, tantôt muse, tantôt beauté dangereuse. Et les cercles d'herbe couchée, où qu'on les trouve, gardent leur vieux nom de ronds de danse.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une vila ?

Une nymphe du folklore slave du Sud, surtout serbe, croate et bulgare : une très belle jeune femme aux voiles blancs, liée au vent et à l'orage, qui danse en cercle la nuit. Bienveillante avec les héros qu'elle adopte, elle est mortelle pour qui rejoint sa ronde ou l'offense.

Pourquoi la danse des vile est-elle mortelle ?

La tradition veut que celui qui entre dans leur kolo, leur ronde nocturne, ne rentre pas chez lui : il danse jusqu'à l'épuisement et la mort, ou dépérit dans les années qui suivent. Les cercles d'herbe couchée trouvés au matin passaient pour la trace de ces rondes.

Quel lien entre les vile et le ballet Giselle ?

Les wilis de Giselle (Paris, 1841) viennent directement de cette tradition : Heinrich Heine avait décrit ces fiancées mortes avant leurs noces qui font danser les hommes à mort, et Théophile Gautier en a tiré le livret du ballet. Le mot wili est la forme germanisée de vila.

Les vile sont-elles bonnes ou mauvaises ?

Les deux, selon l'égard qu'on leur montre. Dans les épopées serbes, elles soignent les héros, offrent chevaux et armes magiques, deviennent leurs sœurs de sang, comme Ravijojla avec le prince Marko. Mais offensées ou dérangées dans leur danse, elles tuent, détruisent les récoltes et déchaînent l'orage.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Wili
  2. Wikipedia (EN) : Vila (fairy)
  3. Mythologica : les Wilis dans la mythologie slave
  4. Wikipédia : Giselle ou les Wilis (ballet, 1841)

Vila dans Crie au loup

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On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 3 : Vila frappe plus fort que 33 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Vila : Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaineVila