Le Sirin

Sirin, créature du folklore (Russie), illustration

Sur les estampes populaires de Russie, un oiseau au visage de femme chante, et une légende en dessous avertit le lecteur : qui écoute ce chant oublie sa vie entière et meurt de l'avoir trop aimé. C'est le Sirin, descendant direct des sirènes grecques passé dans les livres puis dans l'imagerie russe. On le dit aujourd'hui « oiseau de tristesse », jumeau sombre de l'Alkonost : un rôle que lui a taillé la fin du XIXe siècle, plus que les vieux textes.

La légende

Le Sirin a la tête et la poitrine d'une très belle femme et le corps d'un oiseau, souvent proche du hibou dans les descriptions. Il vient du paradis ou des terres proches du paradis, et son chant est l'arme la plus douce du folklore russe : les hommes qui l'entendent oublient tout de la vie terrestre, le boire, le manger, les leurs, et se laissent mourir en suivant la voix. Pour les âmes saintes, disent les traditions, le même chant devient promesse : il annonce les joies futures.

Cette dualité fait tout le personnage : le Sirin n'est pas un monstre, c'est une beauté excessive. Les textes qui le décrivent hésitent entre la merveille céleste et la tentation mortelle, et les commentaires religieux en ont fait tour à tour une image de la parole divine entrant dans l'âme, ou une figure de la séduction qui perd les faibles.

Les images populaires le montrent perché dans un arbre du paradis, souvent un pommier, couronne ou nimbe au front. Sur certaines estampes, on tirait le canon ou l'on sonnait les cloches pour le faire fuir avant qu'il ne charme tout un équipage : la précaution en dit long sur la confiance qu'on accordait à son chant.

Origines et histoire

Le nom ne cache pas sa généalogie : sirin est la forme russe ancienne du grec seirên, la sirène. La créature est entrée dans le monde slave par les livres, traductions de textes byzantins, bestiaires et recueils savants, avec son signalement antique : l'oiseau à tête de femme dont le chant perd les marins. Les chronographes russes la mentionnent au XVIIe siècle, et les lexiques savants de la même époque en font une notice merveilleuse parmi d'autres.

C'est le loubok, l'estampe populaire, qui l'a rendu familier : à partir du milieu du XVIIIe siècle et pendant tout le XIXe, les images du Sirin et de l'Alkonost se vendent par milliers, souvent en paire, punaisées dans les maisons. La représentation conjointe des deux oiseaux de paradis y est un sujet traditionnel, mais sans le partage symbolique qu'on leur prête aujourd'hui : les légendes des estampes décrivent deux merveilles voisines, aux chants également dangereux ou également célestes.

Le duo « oiseau de joie, oiseau de tristesse » est une cristallisation tardive. Il se fixe à la fin du XIXe siècle, quand Viktor Vasnetsov peint en 1896 Sirin et Alkonost, chant de joie et de tristesse : le tableau installe la répartition des rôles, Sirin sombre et endeuillé, Alkonost clair et rayonnant, et Alexandre Blok la reprend en poésie. Les sources médiévales, elles, ne connaissent pas cette opposition nette. L'histoire est belle deux fois : une créature née des livres, et un symbole né d'un tableau.

Variantes et cousins

Son double inséparable est donc l'Alkonost, l'autre oiseau-femme du loubok, né pour sa part d'une erreur de copiste sur l'alcyon grec. Le troisième membre de la volière russe est Gamayun, l'oiseau prophétique qui sait tout du passé et de l'avenir. Trois oiseaux à visage de femme, trois généalogies livresques différentes, et une même carrière dans l'imagerie populaire.

En remontant sa lignée, on retrouve les sirènes antiques, ses ancêtres directes, chanteuses des écueils au corps d'oiseau bien avant d'avoir une queue de poisson. Et par la fonction, le chant qui tue en donnant du bonheur, le Sirin rejoint la vila des Balkans, dont la danse est aussi irrésistible que mortelle : le folklore slave aime les beautés dont on ne revient pas.

Dans la culture

Le tableau de Vasnetsov de 1896, conservé à la galerie Tretiakov, reste l'image de référence : deux oiseaux jumeaux sur une même branche, l'un couleur de cendre et de deuil, l'autre couleur d'aurore. Il a fait du Sirin le visage russe de la mélancolie, au point que l'opposition joie/tristesse est aujourd'hui répétée partout comme un fait de folklore ancien, alors qu'elle date de l'époque symboliste.

Le Sirin a ensuite essaimé dans toute la culture russe : poèmes de Blok, imagerie des vieux-croyants, artisanat, et jusqu'au pseudonyme littéraire de Vladimir Nabokov, qui signa « V. Sirine » ses romans russes d'émigration. L'oiseau du chant fatal servait d'emblème à l'écrivain virtuose : le choix n'était pas innocent.

Aujourd'hui, le Sirin niche dans la fantasy slave, les jeux et l'illustration, presque toujours en duo avec l'Alkonost et presque toujours en oiseau du chagrin. C'est le destin des symboles réussis : ils réécrivent leur propre passé. Les vieilles estampes, elles, se contentaient d'avertir que la beauté, à trop forte dose, ne se survit pas.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Sirin ?

Un oiseau merveilleux des légendes russes, à corps d'oiseau et tête de femme, héritier direct des sirènes grecques par les textes byzantins. Son chant fait oublier toute la vie terrestre à qui l'écoute, jusqu'à la mort. L'imagerie populaire russe l'a représenté pendant deux siècles, souvent en paire avec l'Alkonost.

Le Sirin est-il vraiment l'oiseau de la tristesse ?

C'est une lecture tardive : le partage « Sirin oiseau de tristesse, Alkonost oiseau de joie » se fixe à la fin du XIXe siècle, notamment avec le tableau de Vasnetsov de 1896. Les textes et estampes antérieurs présentent deux oiseaux de paradis voisins, sans cette opposition nette.

Quel lien entre le Sirin et les sirènes ?

Le nom lui-même : sirin vient du grec seirên, la sirène. La créature est entrée en Russie par les traductions de textes byzantins, en gardant la forme ancienne des sirènes antiques, femmes-oiseaux au chant fatal, antérieure à l'image de la femme-poisson.

Pourquoi Nabokov signait-il Sirine ?

Vladimir Nabokov a signé « V. Sirine » ses romans russes d'avant-guerre, empruntant le nom de l'oiseau au chant irrésistible de la tradition russe. L'emblème convenait à un styliste réputé envoûtant, et rattachait l'émigré à l'imaginaire de son pays perdu.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Sirin
  2. Wikipédia russe : Сирин (origine grecque, attestations du XVIIe siècle, loubok)
  3. Idemvmuzei : Images of the paradisal birds Sirin and Alkonost in Russian art (le sujet conjoint dans le loubok, Vasnetsov 1896)

Sirin dans Crie au loup

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On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 4 : Sirin frappe plus fort que 44 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Sirin : Áine, Alkonost, Ammit, Baku, BarbegaziSirin