Grendel

Grendel, créature du folklore (Danemark), illustration

Au Danemark des rois légendaires, une grande halle résonne de chants et de festins : Heorot. Mais chaque nuit, une créature monte des marais pour y semer la mort. Grendel, le monstre du poème anglo-saxon Beowulf, est l'un des plus anciens croque-mitaines de la littérature européenne : un rôdeur des ténèbres que seule la poigne nue d'un héros pourra arrêter.

La légende

Le poème raconte que le roi danois Hrothgar a fait bâtir la plus belle halle du Nord, Heorot, « le cerf ». On y boit, on y chante, on y récompense les guerriers. C'est précisément ce bruit de vie qui rend fou Grendel, la créature qui hante les marécages voisins. Une nuit, il pousse la porte, saisit trente guerriers endormis et les emporte dans sa tanière pour les dévorer.

Douze années durant, dit le poème, Grendel revient dès la nuit tombée. Nulle arme ne mord sur lui, nul guerrier ne lui résiste, et la plus belle halle du monde reste vide dès que le soir descend. Le poète en fait un descendant de Caïn, le premier meurtrier de la Bible : une créature née du côté maudit du monde, condamnée à rôder loin des joies des hommes, et que leur bonheur met en rage.

Arrive alors Beowulf, champion venu du pays des Geatas. Sachant les armes inutiles, il choisit d'affronter le monstre à mains nues. La nuit venue, Grendel force la porte, dévore un premier guerrier, puis se heurte à une poigne comme il n'en a jamais connu. La lutte fait trembler la halle entière et s'achève par un arrachement : Beowulf lui déchire le bras et l'épaule. Le monstre s'enfuit en hurlant vers ses marais pour y mourir, et son bras est suspendu sous le toit de Heorot en trophée. La vengeance viendra pourtant : la mère de Grendel, surgie de son lac, tuera le conseiller Æschere avant d'être vaincue à son tour.

Origines et histoire

Grendel vit dans un seul document : le manuscrit du poème Beowulf, dit codex Nowell, conservé à la British Library sous la cote Cotton Vitellius A XV. Il a été copié vers l'an 1000, probablement sous le règne d'Æthelred le Malavisé, et a frôlé la disparition dans l'incendie de la bibliothèque Cotton en 1731, qui en a roussi les marges. Le poème, plus de 3 000 vers en vieil anglais, s'articule en trois combats : Grendel, la mère de Grendel, puis un dragon.

L'action, elle, se passe au Danemark, et les chercheurs ont proposé d'identifier le site de Heorot avec Lejre, près de Roskilde, ancien siège des rois danois : les archéologues y ont mis au jour les vestiges de grandes halles seigneuriales, dont certaines remontent au VIIe siècle. Rien ne prouve évidemment qu'un monstre y rôdait, mais le décor du poème, lui, a bel et bien existé.

Quant à Grendel lui-même, le poète reste volontairement vague : ombre, marcheur des confins, créature des marais. Cette imprécision fait sa force. Les commentateurs y ont vu tour à tour un démon, un géant, une personnification de la nuit ou de la violence que la civilisation tient à sa porte.

Variantes et cousins

Grendel est le grand ancêtre littéraire des rôdeurs nocturnes, cousin de tous les croque-mitaines qui punissent ceux qui traînent hors des murs après la tombée du jour. Sa parenté nordique est évidente : le troll des montagnes scandinaves partage sa masse, sa laideur et sa haine des hommes, au point que certains lecteurs modernes décrivent simplement Grendel comme un troll.

Dans le jeu, il rejoint les autres terreurs de Scandinavie : le kraken qui monte des profondeurs comme lui monte des marais, ou le nøkken qui guette dans les eaux noires. Et il fait un contrepoint parfait au minuscule nisse danois : deux créatures du même pays, l'une qui protège la ferme endormie, l'autre qui massacre la halle endormie.

Dans la culture

Beowulf étant l'un des textes fondateurs de la littérature anglaise, Grendel n'a jamais quitté la scène. Le roman « Grendel » de John Gardner, en 1971, a osé le geste inverse du poème : raconter toute l'histoire du point de vue du monstre, devenu philosophe amer de la condition monstrueuse. Le livre est un classique des campus américains.

Le cinéma s'est régulièrement emparé du poème, avec des Grendel tour à tour bestiaux, pitoyables ou numériques. La British Library, de son côté, a numérisé l'intégralité du manuscrit et le met en ligne : chacun peut aujourd'hui feuilleter les pages millénaires où le rôdeur des marais fit sa première apparition.

Ce que la légende raconte

Grendel incarne ce qui rôde hors des murs quand la halle chante : les commentateurs du poème y lisent la violence que la civilisation tient à sa porte, la nuit contre laquelle on bâtit, boit et chante ensemble. Que le monstre soit rendu fou par le bruit de la joie dit l'essentiel : il est l'exact envers du lien social, l'exclu que le bonheur des autres met en rage.

Sa généalogie biblique va dans le même sens : descendant de Caïn, Grendel appartient à la lignée des bannis, condamnés à errer loin des feux. On peut y lire la manière dont le poème chrétien relit les terreurs païennes : le rôdeur des marais devient un paria théologique, et le combat de Beowulf une lutte de la communauté bénie contre la part maudite du monde.

La littérature moderne a retourné le miroir : le roman de John Gardner raconte toute l'histoire du point de vue du monstre et fait de Grendel une figure de l'exclusion elle-même, philosophe amer que la lumière des halles laisse dehors. Preuve que le rôdeur du poème n'a jamais cessé de poser sa question : que met-on dehors quand on ferme la porte ?

Grendel existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Monstre connu par le seul poème Beowulf ; son décor danois est réel, la créature relève de la littérature.

  • Les commentateurs ont vu dans Grendel un démon, un géant ou une personnification de la nuit et de la violence que la civilisation tient à sa porte.
  • Le décor du poème a bel et bien existé : les archéologues ont mis au jour à Lejre, près de Roskilde, de grandes halles seigneuriales dont certaines remontent au VIIe siècle.

Dans les archives

Le premier feuillet du manuscrit de Beowulf, copié vers l'an 1000 (codex Nowell, British Library).
Le premier feuillet du manuscrit de Beowulf, copié vers l'an 1000 (codex Nowell, British Library). Scribe anglo-saxon anonyme, domaine public
Grendel rôde vers Heorot, illustration de Joseph Ratcliffe Skelton, 1908.
Grendel rôde vers Heorot, illustration de Joseph Ratcliffe Skelton, 1908. Joseph Ratcliffe Skelton, domaine public

Sur les traces de Grendel

  • LieuSite archéologique de Lejre, près de Roskilde (Danemark)Les archéologues y ont mis au jour les vestiges de grandes halles royales danoises, dont certaines remontent au VIIe siècle ; le site est volontiers identifié à Heorot.
  • MuséeBritish Library, LondresLe codex Nowell, seul manuscrit de Beowulf, copié vers l'an 1000, y est conservé et intégralement numérisé en ligne.

Questions fréquentes

Qui est Grendel dans Beowulf ?

C'est le premier des trois monstres affrontés par le héros Beowulf. Créature des marais présentée comme un descendant de Caïn, il attaque chaque nuit la halle Heorot du roi danois Hrothgar, pendant douze ans, jusqu'à ce que Beowulf lui arrache le bras à mains nues.

À quoi ressemble Grendel ?

Le poème ne le décrit jamais précisément : c'est une ombre massive, un « marcheur des confins » venu des marécages, insensible aux armes. Cette imprécision voulue a permis toutes les interprétations, du démon au troll en passant par le géant.

Où se passe l'histoire de Grendel ?

Au Danemark. Les chercheurs identifient volontiers le site de la halle Heorot avec Lejre, près de Roskilde, où les archéologues ont retrouvé de grandes halles royales dont les plus anciennes remontent au VIIe siècle.

De quand date le manuscrit de Beowulf ?

Le seul manuscrit conservé, le codex Nowell (Cotton Vitellius A XV), a été copié vers l'an 1000. Endommagé par un incendie en 1731, il est conservé à la British Library, qui l'a entièrement numérisé.

Ses cousins dans le monde

  • TrollScandinavieMême masse hostile aux hommes, mais le troll appartient à la montagne et au conte, pas à un unique poème.
  • OgreFranceDévoreur d'hommes lui aussi, mais figure de conte domestique, quand Grendel est un monstre littéraire et théologique.
  • Croque-mitaineFranceIl menace les enfants qui traînent dehors la nuit ; Grendel exécute la menace, à l'échelle des guerriers.
  • KrakenNorvègeAutre terreur qui surgit de l'eau pour happer les hommes, mais en haute mer et sans haine : le kraken n'a pas de rancune.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Grendel
  2. British Library : Beowulf online (le manuscrit numérisé)
  3. Wikipédia (en) : Heorot et le site de Lejre

Grendel dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Grendel y coûte 5 chandelles pour 8 de puissance, avec cette capacité : « +3 la nuit (tours pairs). » Grendel gagne +3 la nuit (les tours pairs) : c'est le rythme même du poème, où la halle vit le jour et appartient au monstre dès que tombe l'obscurité.

La carte parmi les 252

Coût 5, puissance 8 : Grendel frappe plus fort que 83 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Grendel : Ankou, Djinn, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, NessieGrendel