Le Matagot

Matagot, créature du folklore (Occitanie), illustration

Sur le seuil des bastides d'Occitanie, un chat noir dépose une pièce d'or et attend son dû. Le matagot, qu'on appelle chat d'argent en Bretagne et mandragot en Gascogne, est le plus rentable des animaux fantastiques français : bien traité, il rapporte chaque nuit de quoi enrichir la maison. Mais comme tout ce qui vient du diable, il a ses conditions, et le contrat se termine rarement bien.

La légende

Le matagot est un chat généralement noir, d'origine diabolique, qu'un particulier peut s'attacher à condition de suivre le rituel à la lettre. La version la plus répandue se joue à un carrefour, la nuit : on y dépose une poule morte en guise d'appât, on capture le chat qui vient la prendre, puis on rentre chez soi sans se retourner une seule fois, quoi qu'on entende derrière soi. Le moindre regard en arrière annule tout.

Une fois installé, l'animal obéit à un contrat tacite d'une précision toute notariale. À chaque repas, son maître doit lui servir la première bouchée, avant quiconque à table. En échange, le chat disparaît la nuit vers des lieux que nul ne connaît, et revient à l'aube avec des pièces d'or, des louis dans les versions classiques. La fortune de la maison est faite, tant que personne n'oublie la règle.

Car le matagot ne pardonne pas la négligence. Privé de sa bouchée ou maltraité, il s'offense et se venge cruellement. Et le pacte a une clause finale redoutable : il faut se défaire du chat avant de mourir, le donner à un héritier ou à un imprudent, faute de quoi le maître connaît une agonie interminable. Certains récits comptent même neuf maîtres successifs, le dernier étant traîné en enfer.

Origines et histoire

Le matagot est un enfant de la grande peur du chat noir. À partir du XIIIe siècle, des textes pontificaux associent le chat noir au diable et aux hérétiques, et cette méfiance, réactivée à la fin du XVe siècle au moment des grandes chasses aux sorcières, colle à l'animal pour des siècles. Le familier des sorcières, ce chat qui assiste aux sabbats, en est l'avatar savant ; le matagot en est l'avatar paysan, et intéressé.

Sa géographie dessine la France des veillées : on le rencontre en Provence et en Languedoc sous le nom de matagot, en Gascogne sous celui de mandragot, en Bretagne sous celui de chat d'argent. Les rituels varient avec les terroirs : ici un carrefour de cinq routes où l'on invoque le Malin, là une capture possible une seule nuit par an, autour de la Saint-Jean en Béarn.

Le nom gascon de mandragot vend la mèche : certains folkloristes le rapprochent de la mandragore, la racine magique qui, elle aussi, enrichit son possesseur à condition d'être servie et respectée. Chat d'or et plante d'or racontent la même chose : dans l'économie du folklore, la fortune facile est un emprunt, jamais un don, et les intérêts se paient en âme.

Du carrefour au tribunal

Les folkloristes du XIXe siècle ont noté les recettes, et elles changent d'un pays à l'autre. En Haute-Bretagne, Paul Sébillot rapporte qu'il fallait se rendre à un carrefour de cinq routes et y invoquer l'Abominable : le chat noir arrivait escorté d'autres bêtes, et le marché se concluait contre l'âme du demandeur. Une autre version, plus paysanne, veut qu'on guette plusieurs nuits à la croisée de quatre chemins, qu'on attire l'animal avec une poule morte, qu'on le fourre dans un sac et qu'on rentre sans se retourner, avant de le garder au coffre jusqu'à ce qu'il s'apprivoise.

Le contrat non plus n'est pas le même partout. Là où la Provence exige la première bouchée de chaque repas, d'autres récits demandent du lait de nourrice, et certains remplacent le don par un change : une pièce d'or déposée le soir, plusieurs récupérées au matin. Le vocabulaire lui-même relie le chat à sa cousine végétale, puisque au sud de la Loire l'herbe du matagot n'est autre que la mandragore. Sébillot reprendra le dossier dans « Le Folk-lore de France », dont le volume consacré à la faune et à la flore paraît au tout début du XXe siècle.

La croyance a même laissé une trace judiciaire. En 1856, à Belle-Isle-en-Terre, une femme vend un mandragot trois cents francs, une petite fortune pour l'époque. Huit nuits de guet plus tard, l'acheteur n'a toujours pas vu la couleur du moindre louis ; il porte l'affaire devant le juge de paix, qui lui fait rendre son argent. Le dossier dit deux choses à la fois : que l'on croyait au chat d'or assez fort pour y engager des économies, et que l'on n'y croyait déjà plus assez pour renoncer à se plaindre au magistrat.

Variantes et cousins

Le matagot appartient à la famille des pourvoyeurs domestiques, ces créatures qu'on loge et qu'on nourrit contre services : cousins des lutins et korrigans qui soignent l'étable, ou du kobold germanique attaché à la maison. Sa particularité est d'être un pur mercenaire : ni affection ni espièglerie, un contrat.

Dans les terres occitanes du jeu, il partage l'affiche avec la mandragore, son double végétal, et avec des voisins d'une autre envergure : le drac qui hante le Rhône à Beaucaire et le géant qui enjambe les Pyrénées. Face à eux, le matagot rappelle une vérité de conteur : les créatures les plus dangereuses ne sont pas les plus grosses, ce sont celles qu'on invite à sa table.

Dans la culture

Le matagot a discrètement conquis la culture contemporaine. La fantasy et les jeux l'ont adopté parmi les familiers de sorciers, et son nom est devenu celui d'un éditeur français de jeux de société bien connu des joueurs. Le vieux chat des veillées occitanes se retrouve ainsi, sans l'avoir demandé, sur les boîtes des ludothèques.

Il incarne aussi, pour les amateurs de folklore, un motif universel : celui de la richesse pactisée. Entre le chat botté qui fait la fortune de son maître par la ruse et les familiers démoniaques des procès de sorcellerie, le matagot occupe une place médiane très française : ni tout à fait conte de fées, ni tout à fait démonologie, juste un arrangement discret entre un foyer et l'au-delà, dont on ne parle pas trop fort au village.

Ce que la légende raconte

Le matagot est la réponse du village à une question qui fâche : d'où vient l'argent du voisin ? Expliquer une prospérité soudaine par un chat diabolique nourri en cachette, c'était dire, sans procès, qu'elle n'était pas honnête. On peut y lire un instrument de contrôle social : dans l'économie serrée des campagnes, la fortune inexpliquée devait avoir un prix caché, et le conte le lui fabriquait.

Le contrat du matagot, d'une précision toute notariale, porte la deuxième leçon : première bouchée à chaque repas, transmission obligatoire avant la mort, agonie interminable pour qui garde le chat trop longtemps. Les folkloristes y lisent l'économie récurrente du folklore : la richesse pactisée est un emprunt dont les intérêts se paient en âme, et le neuvième maître solde le compte en enfer.

Le chat d'argent hérite enfin d'une longue méfiance : dès le XIIIe siècle, des textes pontificaux associent le chat noir au diable, et les chasses aux sorcières en font le familier des accusées. On peut voir dans le matagot l'avatar paysan, et intéressé, de cette vieille peur : au sabbat des savants, les veillées ont préféré un pacte domestique dont on ne parle pas trop fort.

Le Matagot existe-t-il vraiment ?

Créature de légende Créature de récit jamais observée, avatar paysan de la diabolisation du chat noir amorcée au XIIIe siècle.

  • Le matagot prolonge la diabolisation du chat noir : dès le XIIIe siècle, des textes pontificaux l'associent au diable et aux hérétiques, méfiance réactivée lors des chasses aux sorcières.
  • Certains folkloristes rapprochent le nom gascon mandragot de la mandragore : chat d'or et plante d'or racontent le même motif de la fortune pactisée, jamais donnée. Au sud de la Loire, l'herbe du matagot désigne d'ailleurs la mandragore elle-même.
  • La croyance servait aussi de commerce : en 1856, à Belle-Isle-en-Terre, la vente d'un mandragot trois cents francs s'est terminée devant le juge de paix, qui a ordonné le remboursement.

Dans les archives

Sorcières et leurs esprits familiers, gravure d'un libelle anglais sur le procès de Windsor, 1579 : le chat familier des procès de sorcellerie, dont le matagot est la version paysanne et intéressée.
Sorcières et leurs esprits familiers, gravure d'un libelle anglais sur le procès de Windsor, 1579 : le chat familier des procès de sorcellerie, dont le matagot est la version paysanne et intéressée. Auteur inconnu, domaine public

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un matagot ?

C'est un chat noir magique du folklore du sud de la France, aussi appelé chat d'argent en Bretagne et mandragot en Gascogne. D'origine diabolique, il enrichit son maître en rapportant des pièces d'or la nuit, à condition de recevoir la première bouchée de chaque repas.

Comment obtient-on un matagot ?

Les rituels varient selon les régions : le plus souvent, il faut l'attraper de nuit à un carrefour, avec une poule morte comme appât, puis rentrer chez soi sans jamais se retourner. D'autres traditions parlent d'un carrefour de cinq routes où l'on invoque le diable, ou d'une capture possible une seule nuit de l'année.

Le matagot est-il dangereux ?

Oui, à sa manière : négligé ou privé de sa première bouchée, il se venge cruellement. Surtout, son maître doit s'en défaire avant de mourir, sous peine d'une longue agonie ; certaines versions racontent qu'il sert neuf maîtres et emporte le dernier en enfer.

Pourquoi le chat noir est-il associé au diable ?

L'association remonte au Moyen Âge : dès le XIIIe siècle, des textes de l'Église lient le chat noir aux cultes diaboliques, et la fin du XVe siècle en fait le familier des sorcières. Le matagot est la version populaire et domestique de cette vieille méfiance, retournée en promesse de fortune.

Ses cousins dans le monde

  • MandragoreLanguedocSon double végétal : la plante de fortune qu'on sert et respecte comme on nourrit le chat.
  • KoboldAllemagneEsprit domestique attaché au foyer par habitude ou affection, pas par contrat.
  • KorriganBretagnePetit peuple qui aide ou punit selon l'humeur, sans pièce d'or ni clause d'héritage.
  • LutinFranceFarceur domestique qui rend service par jeu : le matagot, lui, est un pur mercenaire.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Chat d'argent (matagot)
  2. 450.fm : Le Matagot, ou l'art dangereux d'apprivoiser la richesse
  3. Monde Fantasy : le matagot, le compagnon de la sorcière
  4. Wikipédia : Chat d'argent (rituels régionaux, pacte, affaire de 1856)
  5. Internet Archive : Paul Sébillot, « Le Folk-lore de France », tome III, La faune et la flore
  6. Wikipédia (EN) : Matagot, le chat pourvoyeur du folklore du Midi

Matagot dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Matagot y coûte 1 chandelle pour 0 de puissance, avec cette capacité : « +1 Encre au prochain tour. » Pour 1 énergie, le Matagot ne se bat pas mais vous rend +1 énergie au tour suivant : c'est le chat d'argent au travail, qui rapporte chaque nuit sa pièce d'or à condition d'avoir été payé d'avance, première bouchée oblige.

On peut la croiser sur Clairière du Sabbat, lieu de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 0 : Matagot frappe plus fort que 0 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Matagot : La Chaîne, Tió de Nadal, UtburdMatagot